Quatre flacons, une cellule vidée de son ADN (on n'est pas encore arrivé à la reconstituer complètement, mais ça viendra), et le tour est joué : une équipe de scientifiques américains vient d'annoncer au monde qu'elle avait réussi à créer une cellule vivante artificielle.Pas d'affolement, il paraît que Craig Venter, inventeur de cette nouvelle technologie, a déjà défrayé la chronique par des effets d'annonce spectaculaires ; et que, finalement, toute la cellule n'a pas été créée artificiellement. Mais tout de même, on peut se poser deux ou trois questions.
La première, la plus immédiate : tout ça, c'est pour de l'argent, encore plus que pour le plaisir de la recherche. Car voilà belle lurette que le brevet a été déposé, qui permettra à M. Venter de percevoir, sa vie durant, les royalties de toute création de cellule vivante à venir (sauf, heureusement, les cellules venues naturellement, mais où est la limite entre nature et technologie ?). L'argent comme moteur de la recherche, voilà un principe éthique un peu court.
La deuxième, à plus long terme : la boîte de Pandore s'ouvre de plus en plus. Craig Venter ne s'y trompe pas, lui qui voit dans sa découverte "une étape importante scientifiquement et philosophiquement". Dans sa bouche, l'expression n'est sans doute destinée qu'à donner une plus-value financière à ses travaux. Elle est en même temps terriblement vraie : les implications technologiques sont infinies (pour le meilleur, certes, mais aussi pour le pire), et les présupposés philosophiques qui la sous-tendent (la nature est quelque chose d'imparfait que nous devons et pouvons réparer pour qu'elle corresponde mieux aux attentes de l'humanité) extrêmement discutables, mais jamais discutés.
Quelques liens pour prolonger la réflexion :
ETC, un organisme américain préoccupé d'éthique.
Vivagora, le même genre mais en français.

