mardi 19 janvier 2010

Les morts dont on ne parle pas.

Quelques jours avant la marche pour la vie, qui a rassemblé à Paris plusieurs milliers de personnes, une publication savante avait attiré l'attention sur les questions éthiques posées par les interruptions médicales de grossesse, et sur le caractère bancal des justifications données à ce geste (rappelons qu'il s'agit souvent d'infanticides déguisés, l'avortement pouvant avoir lieu jusqu'à la veille de l'accouchement et provoquant la mort de fœtus parfaitement viables). L'auteur de l'article, le professeur Jean-Christophe Weber, de l'Université de Strasbourg, met en avant les difficultés personnelles des soignants chargés d'accomplir ce geste, et le dispositif qui vise à abolir toute notion de responsabilité personnelle en diluant l'acte dans une multitude de petites décisions anonymes.

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8 commentaires:

Mélanie a dit…

Je tique, sur "'avortement pouvant avoir lieu jusqu'à la veille de l'accouchement", "infanticides déguisés"... je ne tiens pas à débattre de la moralité de l'avortement avec un homme d'église. Restons en à un degré purement intellectuel et logique.

L'avortement peut avoir lieu jusqu'à la veille de l'accouchement? En France, non. Dans d'autres pays, si, au japon par exemple, me semble t'il. C'est une question de définition de ce qu'est une vie humaine, et si pour Dieu, cette définition est unique, l'interprétation qu'en ont ceux qui se considèrent comme humain fluctue selon les époques et les civilisations... rappelons qu'il n'y a pas si longtemps que cela la majorité des Hommes blancs occidentaux considéraient que les noirs étaient des outils, et non des humains...

"infanticide déguisé"? mince alors. Une femme enceinte de deux jours suite à un viol, malade du cancer, qui devrait suivre un traitement médical qui provoquerait l'avortement, devrait donc être jugée comme une mère infanticide dissimulée? Admettons... Alors plus loin, que penser de celles qui utilisent un stérilet, ou une pilule contraceptive qui rend l'utérus impropre à la nidation? Après tout, l'œuf est fécondé, on l'empêche de s'implanter... Poussons encore plus loin, que penser de ces femmes qui "ont la migraine" alors que, si elles avaient eu un rapport sexuel non protégé avec leur mari ce jour là, elles seraient tombées enceintes?
Ça n'a rien à voir? Si! Dans tous les cas il y a une POSSIBILITE d'enfant, plus ou moins probable, qui aboutira à la venue au monde d'un enfant, ou pas. Mais dans aucun de ces cas il n'y a "d'enfant". Donc pas d'infanticide.

Le débat sur le sujet porte trop conséquence pour le traiter à la légère, il y a trop de vies (d'embryons, d'enfants, de mères, de familles) en jeu. Évitons les raccourcis intellectuellement frauduleux.

Emmanuel Pic a dit…

@Mélanie : ce n'est pas parce que je suis un "homme d'Eglise" que mon avis sur l'avortement n'a pas d'intérêt... Dans une démocratie, chacun peut s'exprimer. Et, sur ce sujet, je ne pense pas le faire à la légère. Mais il est vrai qu'il est très difficile de faire entendre une autre voix.

Pour ce qui de l'avortement jusqu'à la veille de l'accouchement : en France, si, dans le cas d'interruption médicale de grossesse, désolé de vous contredire. Je vous renvoie par exemple à l'article cité dans mon billet. Il s'agit alors bien, c'est une expression qui n'est pas la mienne mais que j'ai entendue plusieurs fois dans la bouche de médecins confrontés à ce problème, d'infanticides déguisés puisque les fœtus sont viables. Mais on touche là un des nombreux tabous de notre "consensus" social.

Je conclus en vous donnant la position de l'Eglise catholique sur ce sujet, position qui est la mienne : un avortement n'est pas un infanticide, mais il est la mise à mort d'un être humain, c'est-à-dire d'un être vivant qui appartient à l'espèce humaine - ce qui ne signifie pas nécessairement une personne humaine. Sans doute n'ai-je pas été assez clair, et je m'en excuse ici : il est tout-à-fait évident qu'on ne peut comparer un avortement provoqué par un traitement médical avec la décision d'interrompre la vie d'un fœtus parfaitement viable.

do a dit…

si, Mélanie, on peut avorter jusqu'au dernier jour pour un enfant atteint d'un handicap (trisomie 21) et de plus, lorsqu'on se rend compte d'un handicap trop tard, la plupart des maternités proposent une "euthanasie", avec une piqure sans le cordon juste après la naissance. Je connais des gens qui ont fait ça pour leur fille (malformation légère du coeur) et une soignante qui a travaillé dans une maternité et qui a témoigné être outrée de ce qu'elle y a constaté, et qui dépassait encore ça. Il faut arrêter de croire que les gens sont des anges.

Par ailleurs, lorsque la santé de la mère est en jeu, il est légitime de choisir la mère. ce n'est pas un argument recevable; la plupart des femmes qui avortent étant des étudiantes ou des jeunes professionnelles vivant en couple, mais qui font passer leur vie personnelle avant la vie de cet enfant. (et de plus en plus des lycéennes, ce qui pose d'autres questions en amont)

Par ailleurs, les femmes ne souhaitent pas en général l'avortement, c'est leur entourage qui les y oblige, et les associations qui veulent leur venir en aide sont interdites parce que le planning familial, qui ne propose que l'avortement, veur garder le monopole! ce n'est pas normal! même si on pense que ça doit rester un acte dépénalisé, il faut au moins qu'on laisse toutes sortes d'associations proposer des solutions, librement, et pas un monopole à l'une d'entre elle à cause d'une idéologie anti-enfants.

et on ne parle pas de comment les femmes le vivent, au moins un certain nombre d'entre elles.

On aime beaucoup critiquer les négationnistes de la Shoah, mais comment qualifier ceux qui, aujourd'hui, disent que ce ne sont pas des êtres humains, qu'on tue? ce sont des quoi, alors? des amas de cellules? mais alors nous aussi, on en est et on peut nous tuer...

Anonyme a dit…

Reportage intéressant sur PlaneteTV 'il y a qq mois .Une journaliste danoise enceinte de 8 mois est allée tester en caméra cachée 1 clinique d'1 grande ville espagnole . En Espagne les avortements tardifs sont autorisés quand la mère présente des problèmes psychiques lourds .Après des examens psy bidons (pures paperasses selon le gynéco) l'affaire est conclue moyennant avant 4000 e .Le business marche bien et à grande échelle .<> argumente ce spécialiste MADO

Mélanie a dit…

Je ne souhaite pas débattre de ce qui est moral et ne l'est pas avec un homme d'église, car je crains que nos convictions profondes ne soient profondément heurtées. La foi en Dieu donne des principes de moralités que mon agnosticisme ne peut accepter comme un fait en soi. Je ne souhaite ni heurter vos croyances, ni transiger avec mon besoin de justifications.

Je persiste a dire que l'avortement n'est pas possible jusqu'à n'importe quand. L'avortement médical, oui, effectivement, mais de façon extrêmement encadré. Pourtant il s'agit toujours d'avortement...

j'ai beaucoup de mal à comprendre cette distinction. Soit à un instant donné, l'embryon est une vie humaine, et dans ce cas là, on n'y touche pas : il s'agit d'un homicide, quelque soient les circonstances (viol, maladie de l'embryon ou de la mère, adolescents écervelés, mauvaise gestion de la contraception, peu importe). Soit il ne s'agit pas d'une vie humaine, et je ne vois pas comment il est possible de parler d'infanticide.

je ne prétends pas avoir de réponse, mais je crois que la question est primordiale : à quel moment est ce qu'on devient une vie humaine? un ovule et un spermatozoïdes bien distincts n'en sont pas... un bébé qui vient de sortir du ventre de sa mère en est un. Alors, à quel moment entre les deux devient on une vie humaine? quel est le critère? est ce à partir du moment de la fécondation (auquel cas bon nombre de contraceptifs sont des ustensiles de meurtre)? Est ce au moment de la nidation? est ce quand un sang apparait? est ce quand les membres bougent? quel est le critère qui définit qu'on est un être humain?
Philosophiquement, je dirais qu'on est humain dès lors qu'on est reconnu comme tel, mais reconnu par qui?
je crois que la question de l'avortement, qu'il soit médical ou volontaire, ne peut se passer de cette question. Et je n'ai pas de réponse à apporter. En avez vous une?

"Infanticide déguisé" semble impliquer que pour ces médecins, les embryons étaient déjà des êtres humains.
Individuellement, chacun a plus ou moins sa définition de ce qu'est un être humain, qu'elle soit dictée par la réflexion, la Bible, le pragmatisme, l'intuition, ou une simple obéissance à la loi. Mais au final, c'est la loi qui s'impose. Personne n'est obligé de conformer son avis à celle ci, mais tout le monde doit la respecter.
La loi considère qu'on est un humain à part entière une fois qu'on est né, pas avant. Entre la conception et la naissance, on est... quelque chose mais pas un être humain, ni rien non plus... aussi aberrant que cet état soit pour moi.

Et je crois qu'il est important de respecter ce point. Les avis individuels se valent, la loi s'impose. Ces femmes et leurs familles font un choix en fonction de ce à quoi elles croient et de ce que la loi les autorise à faire. Vu la société dans laquelle on vit, un avortement, qui plus est médical, qui plus est en fin de grossesse, est très probablement un choix des plus douloureux à faire. Inutile d'en rajouter en douleur en les regardant comme des mères infanticides, ce qu'elles ne sont pas, aux yeux de la loi. Même si je considère, à tire personnel, qu'il s'agit d'une vie humaine qui vient d'être supprimée. Qui suis je pour décider que MA conception de la vie prime sur la sienne et celle décidée par la justice humaine? Je comprends qu'on se batte pour faire évoluer les lois, pas qu'on se place à priori au dessus d'elles pour juger autrui.

Emmanuel Pic a dit…

Mélanie, merci pour ces commentaires. Il n'y a pas de problème pour moi pour parler de ces sujets, car mes convictions ne découlent pas seulement de la foi mais plutôt d'une réflexion personnelle qui s'est nourrie au contact de l'Eglise.

La question que vous posez est : à partir de quel moment y a-t-il une personne humaine ? Car on ne peut pas dire que l'embryon ne soit pas une vie humaine (c'est bien un être vivant, et il appartient à l'espèce humaine). Par contre, il est difficile d'affirmer qu'il soit une personne, car il n'y a pas de définition de la personne admise par tout le monde. Est-on une personne à partir du moment où on naît ? A partir du moment où on est autonome (mais quid des malades qui ne le sont pas) ? A partir du moment où il y a un projet parental (mais quid des personnes qui sont nées hors de tout projet de ce type ?) etc. C'est pourquoi, dans l'Eglise catholique, on dit : l'embryon a droit à autant de respect qu'une personne humaine. On n'affirme pas qu'il s'agit d'une personne. Du coup, je ne crois pas qu'on puisse mettre sur le même plan un avortement et un infanticide. D'ailleurs, jamais dans la tradition chrétienne on n'a enterré religieusement les embryons issus par exemple de fausses couches.

Voilà pour ce qu'on dit dans l'Eglise. Pour ce qui est du droit, je vous rappelle que l'avortement reste un crime, que la loi Weil l'a simplement dépénalisé, et que cette même loi proclame dans son premier article le respect de la vie humaine dès sa conception. La loi Weil, à mon sens, était la moins mauvaise loi possible, car nous ne pouvons pas imposer à tout le monde notre manière de voir. Elle vise les femmes en situation de détresse. Mais elle est aujourd'hui détournée de son sens, car il y a beaucoup d'IVG qui ne sont pas liés à une véritable détresse.

Mon billet ne parlait pas de l'IVG en général, mais des problèmes éthiques soulevés par les interruptions médicales de grossesse. Celles-ci peuvent avoir lieu jusqu'à la veille de l'accouchement, vous conviendrez avec moi qu'il s'agit donc bien plus que d'un avortement. Elles interviennent souvent après que des pressions très fortes aient été exercées sur les parents, qui ne me paraissent pas libres de leur décision (d'ailleurs, beaucoup demandent des obsèques religieuses pour cet enfant à qui ils ont pourtant donné la mort, ce qui montre bien l'ambigüité de la situation). Elles mettent énormément mal à l'aise les personnes chargées de pratiquer l'intervention, c'est-à-dire de mettre à mort ce qui est en réalité un enfant viable, car - comme tous ceux qui pratiquent des IVG - ils voient parfaitement ce qui sort et ne peuvent pas dire qu'il ne s'agit pas d'un être humain.

Ce malaise du personnel médical est un sujet tabou. Il est tellement vrai que, dans les faits, on est obligé dans les maternités d'instaurer un roulement pour le personnel médical qui pratique les avortements, et en particulier les médecins : car si on les laissait vraiment se prévaloir de leur clause de conscience, pratiquement aucun médecin n'accepterait de pratiquer d'avortement.

Tout ce que j'écris là vous parait peut-être insensé, et c'est vrai qu'il ne correspond pas au discours "politiquement correct" qui veut que l'avortement soit un droit, au nom de la libre disposition qu'on a de son propre corps. Mais cela repose sur de très nombreux témoignages : plaintes de femmes ayant avorté sous la contrainte, de sages-femmes contraintes de pratiquer des IVG parce qu'aucun médecin ne voulait le faire... J'espère qu'un jour, dans notre pays, un véritable débat, vraiment démocratique, raisonnable et apaisé, pourra avoir lieu sur cette question, en-dehors de l'émotion et des pressions exercées par des mouvements d'opinion.

Delphine a dit…

Mon père bonjour,
Il y a deux semaines de cela, nous avons appris mon mari et moi que la petite fille que nous attendons, bien au chaud dans mon ventre depuis 5 mois 1/2, était atteinte d'un maladie génétique aussi rare que grave.
Une IMG nous a naturellement été proposée...
Avant ce "verdict", le retard de croissance de notre petite puce était tellement important qu'on nous avait dit qu'en dehors de toute pathologie génétique, on pouvait l'extraire de mon ventre même très prématurément pour lui donner toutes les chances de grandir au maximum...
Et là, je ne comprends plus...Il y a encore deux semaines, on pouvait la faire naître et dans ce cas, la loi aurait interdit de mettre un terme à sa vie...tandis que maintenant que nous savons qu'elle est "malade", on peut arrêter son coeur in utero via une piqûre dans le cordon...la différence entre infanticide et foeticide me pose un réél problème éthique. Au même terme, tant qu'elle est dans mon ventre, on peut la tuer, mais si elle est "aux yeux du monde" même née à 6 mois de grossessee, on ne pourrait pas y toucher....
Moi qui la porte, je la sens, je sais qu'elle existe déjà...pas besoin de la voir pour le savoir!

Evidemment, mon mari et moi souffrons de savoir que notre petite fille aura une vie "différente" de celle que l'on aurait espérée pour elle...
Etant déjà maman, je ne pourrai me résoudre à mettre un terme à sa vie...La faire naître dans la mort sachant que c'est moi qui aurait signé les papiers, avalé les cachets, subi cette piqûre dans mon ventre...
Pourtant, la grande majorité de nos proches ainsi que les médecins ne nous comprennent pas vraiment...
On nous laisse le choix, pourquoi ne pas le prendre selon eux?
Nous subissons une certaine pression même silencieuse...On nous prend pour des fous presque inconscients dans cette société où l'on doit tout contrôler ou la différence n'a pas sa place...
Mais qui sommes-nous pour décider de mettre un terme à la vie, qui plus est la vie de notre enfant?

Maintenant que nous avons franchi cette 1ère barrière et que nous avons dit non à l'IMG, les médecins nous parlent d'"acharnement thérapeutique" et jusqu'où nous sommes prêts à aller pour elle dans cette démarche...
Je ne sais plus trop quoi en penser.
Nous nous en remettons seulement à Dieu qui saura nous guider dans cette épreuve.

Emmanuel Pic a dit…

Merci Delphine pour ces lignes à la fois émouvantes et terrifiantes, elles disent mieux que tout le drame que vivent tant de familles. Je ne sais comment vous aider autrement que par la prière. Je peux également, si vous le souhaitez, vous mettre en contact avec des personnes mieux qualifiées que moi, à la fois professionnellement et familialement. Il faudrait que vous me transmettiez votre e-mail en laissant un commentaire (qui ne sera pas publié) à cet article, et je vous répondrai avec leurs coordonnées.

Courage, vous ne regretterez pas le choix que vous avez fait.