mercredi 29 décembre 2010

Nouvelles d'Abidjan.




Banales, ces photos ? Elles ressemblent à tant d'autres en provenance d'Afrique. Elles ont été prises hier à Abidjan. Elles illustrent le drame ivoirien : l'ancien grenier de l'Afrique risque bien de devenir un nouveau Zimbabwe... L'effroi qui gagne petit à petit les habitants, qui a déjà jeté vers la frontière libérienne près de 20 000 réfugiés, tue à petit feu l'activité économique et menace de famine les familles modestes d'Abidjan.

Voici le commentaire qui les accompagne, écrit par un ami de là-bas :

La Côte d'Ivoire, autrefois grenier l'Afrique de l'Ouest compte tenu de son auto-suffisance alimentaire, est aujourd'hui menacée par la famine.
Si des secours d'urgences n'arrivent pas, beaucoup succomberont. "C'est une crise sans précèdent qui exige une réponse sans précèdent".
L'ampleur du désastre qui se déroule actuellement n'a pas été saisie par la communauté internationale.

Il convient de se demander les divers facteurs qui contribuent à la crise actuelle.
  • les conflits armés et l'agitation politique : les rues sont désertes car les uns se méfie des autres à cause des dissensions politiques. Le pays est divisé : deux présidents, nous ne sommes pas loin de la guerre civile.
  • des politiques économiques inadaptées notamment dans le secteur agricole,qui ont abouti,dans le pays à des investissement insuffisant dans la production agricole, dans l'infrastructure rurale ou dans les services sociaux de base.
Ce matin, A... (l'auteur des photos) s'est réveillé en se posant cette question : " Comment vais-je donner à manger aujourd'hui à ma famille ? ".

jeudi 16 décembre 2010

Crèche vs voile.

Cela fait longtemps, dans ce blog, que l'on raconte les menus incidents dont sont victimes les enfants qui osent, dans les écoles, arborer leur médaille de baptême ou la petite croix qu'ils portent en souvenir de leur grand-mère. C'est aujourd'hui de crèche que l'on va parler.

Une première affaire a été pas mal médiatisée : une salariée qui refusait de quitter son voile a été licenciée de la crèche de Chanteloup-lès-Vignes. Juste application de la loi sur la laïcité ? il ne s'agissait pas, ici d'une crèche publique, mais d'une structure associative, tout ce qu'il y a de plus privé, et donc a priori pas concernée par la prohibition des signes ostensibles d'appartenance religieuse. On voit mal en quoi le port du voile par cette personne, dans un tel lieu, pouvait être un acte de prosélytisme.

Les mésaventures du maire de Montiers n'ont pas eu droit aux mêmes honneurs. Dans ce village de l'Oise, le tribunal administratif a interdit l'installation d'une crèche sur la place du village, au nom semble-t-il de la séparation des Églises et de l'État - encore faudrait-il voir de plus près les attendus du jugement. L'ancien maire étant à l'origine de l'action en justice, on est évidemment dans le cadre d'un règlement de compte de politicards locaux et bien loin des lois de laïcité. C'est peut-être d'ailleurs ce que l'affaire a de plus inquiétant : Mme Le Pen n'est pas la seule à instrumentaliser le débat sur les religions. A gauche, on ne s'en prive d'ailleurs pas non plus.

Redisons-le : l'état de droit dans lequel nous sommes heureusement oblige à traiter tout le monde de la même manière ; des lois qui sont provoquées par l'apparition de l'islam dans notre pays s'appliquent évidemment aussi pour le christianisme. C'est déjà un problème en soi, puisque cela aboutit à la volonté d'effacer un pan supplémentaire de notre mémoire collective, déjà passablement mise à mal. Faire des religions un danger pour la vie commune, alors qu'elles en sont au contraire l'un des ciments, est une autre perversion, qui menace le débat politique des années à venir.

samedi 11 décembre 2010

Comment on manipule la parole de l'Eglise.

De temps en temps, je me permets de censurer des commentaires. Lorsqu'ils contiennent de fausses informations. D'autant plus lorsque ces affirmations (c'est souvent le cas) viennent de courageux "anonymes". A ceux qui s'en étonnent, je rappelle que, après tout, c'est moi qui décide. Mais je vais, finalement, en citer ici, ne serait-ce que pour mettre en garde celles et ceux qui accordent trop de crédit à ce qui traîne sur le web.

Premier commentaire : "Immigration galopante, regroupement familial, taux de fertilité sont désormais tels chez les musulmans que les démographes évoquent une France à majorité musulmane dans les prochaines trois ou quatre décennies seulement...." D'où vient une telle information ? De nulle part. C'est une affirmation gratuite et mensongère, qui ne fait qu'alimenter chez quelques-uns le fantasme d'un Islam français violent et conquérant et pousse, insidieusement, à la violence.

Deuxième commentaire (celui où l'auteur s'étonne de ne pas avoir été publié) : "Je ne comprends pas pourquoi vous avez censuré mon message, je me suis pourtant contenté d'énoncer la réalité au sujet de la montée de la religion musulmane dans notre pays. L'homme d'Église, Mgr Jean-Pierre Cattenoz archevêque d’Avignon est encore plus pessimiste que les démographes et affirme même dans Famille chrétienne que la France sera à majorité musulmane dans 20 ou 30 ans. Est-ce mal de dire le réel ?"

Je suis donc allé voir ce que dit Famille chrétienne sur le sujet. Le journaliste, qui relate des profanations commises par des enfants de douze ans contre une église d'Avignon, insiste sur l'attitude ferme mais mesurée du curé du lieu (qui sait bien qu'on ne doit pas confondre les petits vandales avec "les musulmans"), et cite la décision de Mgr Cattenoz de constituer une association rassemblant les représentants des différentes religions, pour créer un lieu de dialogue permettant d'éviter au maximum que ces actes se reproduisent. L'article cité et l'attitude des deux ecclésiastiques est donc à l'opposé des insinuations de mon commentateur. Pour avoir été pendant près de vingt ans prêtre dans une paroisse de ce genre, je crois savoir qu'il ne faut rien laisser passer, qu'on doit faire connaître la difficile situation des communautés chrétiennes dans ces quartiers, mais que la solution passe par un dialogue dans la vérité. Mgr Cattenoz est peut-être pessimiste sur l'avenir religieux de la France, mais le meilleur des évêques n'est ni devin, ni démographe et on est donc en droit de ne pas partager son avis, et même de le critiquer (car il semble au contraire que les musulmans de la seconde génération et des suivantes ont plutôt moins d'enfants que la moyenne des Français).

jeudi 9 décembre 2010

Visite vespérale.

Samedi soir, visite pastorale de Mgr Roland Minnerath à la paroisse Saint-Pierre.
Après pas mal d'essais infructueux pour mettre la vidéo en ligne directement sur ce site, je me résouds à vous en donner simplement le lien sur Youtube...

Pour lire la vidéo, cliquez ici.

mercredi 1 décembre 2010

Le fruit de la persévérance.


Cette belle assemblée de prêtres et ces nombreux fidèles se sont réunis la semaine dernière de l'autre côté de la Méditerranée : l'évêque d'Oran, en Algérie, dédicaçait sa nouvelle cathédrale, installée dans l'ancienne église Sainte-Marie, dans le quartier El-Maqqari (ex Saint-Eugène).

La persévérance porte des fruits. Le martyre aussi, sans aucun doute : lors de la même célébration, la tombe du P. Claverie, l'évêque assassiné lors des années noires, a été particulièrement honorée.


jeudi 18 novembre 2010

La croisade ou le dialogue ?

L'écho suscité par l'assassinat de dizaines de chrétiens à Bagdad révèle notre préoccupation devant ce que le Nouvel Obs appelle "La chasse aux chrétiens" : le christianisme est la religion la plus persécutée au monde. Une inquiétude mesurable à l'importance de la mobilisation lors des manifestations de protestation, et par le grand nombre de personnes assistant aux témoignages de chrétiens convertis de l'Islam (ainsi, à Dijon, la semaine dernière, Joseph Fadelle, dont le livre est un véritable succès de librairie).

Loin de moi l'idée de mettre en cause la sincérité des témoignages recueillis. Mais notre réflexion ne doit pas se limiter aux témoignages et à l'émotion qu'ils suscitent forcément. D'abord, parce que l'émotion, lorsqu'elle est seule à décider, est mauvaise conseillère. Ensuite, parce qu'à ce petit jeu, nous ne tarderons pas à entendre d'autres témoignages, mettant en cause les chrétiens ; quel sera alors le témoignage le plus crédible ? Enfin, parce qu'un témoignage risque d'être l'objet de manipulations et de récupérations, ce qui est le cas pour celui de Joseph Fadelle, à voir le nombre de blogs d'extrême-droite qui le reprennent.

Mais par-dessus tout, il faut se garder de confondre deux situations : celles des chrétiens persécutés en Irak ou ailleurs (n'oublions pas l'Inde et le Pakistan), et la nôtre. Les chrétiens sont certes en France l'objet de tracasseries et le christianisme est souvent tourné en dérision. Il ne s'agit pas pour autant d'une situation de persécution. Et ceux qui se moquent ne sont pas musulmans : si adversaire il y a, en France, l'adversaire est ailleurs, dans l'ignorance et la mauvaise foi de ceux qui caricaturent les prises de position de l'Église. Je suis, personnellement, plus inquiet de ce qui se passe en ce moment dans l'Éducation nationale, ou par le traitement réservé au catholicisme par les grands médias, que de l'attitude des musulmans de France. Et je vois que musulmans et chrétiens sont capables de s'associer, comme je l'ai moi-même souvent vécu dans ma précédente paroisse, pour rendre à Dieu un témoignage commun : c'était le cas hier à Dijon, pour un temps de recueillement après le drame de l'incendie du foyer Adoma. C'était le cas, il y a quelques semaines, après le caillassage d'une église dans le sud de la France.

Pour conclure, une phrase de Jésus tirée de l'évangile de dimanche dernier : "Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage". Le témoignage dont il s'agit est témoignage rendu au Christ, au Royaume de paix et de justice. Le seul témoignage qui tienne est celui qui peut aider au dialogue et à la réconciliation.

A lire :

mercredi 17 novembre 2010

Le drame et les belles choses.

Tout le monde est au courant du drame qui a eu lieu dimanche matin à Dijon. Un drame d'autant plus injuste que le foyer incendié accueillait un bonne part des demandeurs d'asile dijonnais : pour eux, c'est la double peine, ils sont arrivés ici avec rien et on leur a pris le peu qu'ils avaient.

Les médias ont d'abord titré sur les visites des politiques : un ministre, et non des moindres ; des élus, et c'est bien normal. Aujourd'hui vient le temps de la recherche des responsabilités, et des inévitables polémiques. Bien peu ont parlé du formidable élan de solidarité qui a eu lieu, dans le quartier et autour : dévouement des bénévoles du Secours populaire, mobilisation des paroissiens de l'église Bienheureuse Elisabeth de la Trinité.

Voici le communiqué invitant aux dons, et à un temps de recueillement forcément multi-confessionnel :

Invitation au recueillement et à la prière

Suite au drame survenu lors de l'incendie du Foyer ADOMA de Fontaine d'Ouche dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 novembre, de nombreux élans de solidarité nous ont permis de recueillir des vêtements et autre matériel permettant d'aider les familles touchées par ce malheur.

Pourtant, ces gestes de soutien ne peuvent suffire à exprimer notre tristesse devant l'ampleur de ce désastre humain touchant une fois de plus les plus démunis, nos frères et sœurs immigrées. Nos mots ont peine à se former, le silence et la communion s'imposent alors.

C'est pour cela que notre communauté s'associera au temps de recueillement rassemblant élus, acteurs sociaux et représentants des religions catholique, musulmane et protestante de Dijon le mercredi 17 novembre à 18h00 devant la résidence ADOMA. Chacun peut venir avec un fleur.

Nous sommes aussi invités à un temps de prière qui aura lieu samedi prochain, 20 novembre, à 18h15, à l'église Élisabeth de la Trinité lors de la messe dominicale. Les prêtres qui le peuvent sont invités à venir concélébrer et se joindre à la messe du samedi soir. Il ne s'agit pas d'annuler vos offices respectifs, mais s'il y a des prêtres disponibles, vous serez les bienvenus. il serait bon qu'il y ait quelques prêtres. Merci à vous"

Les besoins des sinistrés sont multiples mais dans l'immédiat, il semble que chaussettes et chaussures, vaisselle et nécessaire de toilette soient le plus urgent (voir le site du diocèse).

Vos dons peuvent être déposés :

-A la paroisse Élisabeth.

-Au CCAS de Dijon, 61 rue des Godrans à Dijon.

-A l'entrée du Palais des Sports Jean-Michel Geoffroy, 17 rue Léon Mauris à Dijon.

-A la Cathédrale de Dijon

-Au secrétariat de la paroisse Saint Bénigne, 6 rue Danton.

- Au secours Populaire, 3 Rue Jean Poncelet Jeudi jusqu’à 17h30

jeudi 11 novembre 2010

L'esprit de sacrifice.

Il y a des coïncidences stimulantes.

Aujourd'hui, 11 novembre, n'est pas seulement le fête de Saint Martin. A quelques dizaines de mètres de chez moi va se dérouler la traditionnelle cérémonie en mémoire des morts de toutes les guerres. Restes d'une religion civique aujourd'hui désertée, encore vivace dans mon enfance où les survivants de la Grande Guerre étaient nombreux ; ce qui était alors célébré était l'esprit de sacrifice : ces hommes avaient donné leur vie pour la patrie.

En même temps sort le troisième volume de la vaste fresque de Marcel Gauchet sur l'avènement de la démocratie : A l'épreuve des totalitarismes, 1914-1974. Livre touffu, dont l'idée maîtresse est de relier les totalitarismes du XX° siècle à l'immense boucherie qu'a été la première guerre mondiale, creuset diabolique où se sont constituées, pour la première fois, ces communions qui ont permis l'adhésion de millions d'hommes et de femmes à des idéologies destructrices. L'esprit de sacrifice a justifié, alors, bien des horreurs.

Enfin, plus modestement : une rapide passe d'armes entre confrères, hier, a opposé deux compréhensions de l'eucharistie : l'une, présentant la messe comme le mémorial du dernier repas du Christ ; l'autre - qui est ma manière de voir - considérant que l'eucharistie est le mémorial de sa passion et de sa mort, et que c'est à travers cela qu'elle se relie à la Cène de Jésus et à notre propre vie. Il ne s'agit pas là d'une fascination morbide ; mais de comprendre sa mort comme le moment par excellence où le Christ donne sa vie, où Dieu se donne à nous, et comme une ouverture sur la résurrection. Non pas un sacrifice, mais le sacrifice ultime qui dispense de tous les autres, et qui affirme de manière définitive que le seul sacrifice qui plaise à Dieu, c'est l'amour.

Du coup, à la suite de la discussion, nous sommes allés visiter, avec les deux laïcs missionnés pour la catéchèse sur la paroisse, les manuels destinés aux enfants qui préparent leur première communion. La messe y est présentée comme un repas. Il est bien difficile, à partir de là, d'expliquer pourquoi elle s'appelle Eucharistie, c'est-à-dire action de grâces, remerciement. De rendre compte de toute sa dimension proprement sacrificielle, qui est centrale tout au long de la prière justement appelée eucharistique. De la situer dans une logique de don et de contre-don, pour reprendre l'expression de Marcel Mauss.

Sans doute sommes-nous gênés aujourd'hui par l'idée de sacrifice, par la manière dont on l'a utilisée pour justifier tant de choses terribles, un tel écrasement de l'humain. Elle est pourtant bien là, la force du christianisme : affirmer, preuves à l'appui, qu'une vie réussie est une vie donnée, et que rien n'a de sens en-dehors de ce don, quand il est vécu comme une communion à l'unique sacrifice du Christ.

jeudi 4 novembre 2010

Rester avec eux.


Je me contente de reproduire ici le bref appel lancé par les évêques d'Irak aux chrétiens de France.

Notre Calvaire est lourd et il nous paraît long. Le carnage qui a eu lieu à la cathédrale Notre Dame du Perpétuel Secours de Bagdad, avec 58 morts, parmi lesquels deux jeunes prêtres et 67 blessés dont un prêtre, nous a profondément secoués. Nous perdons la patience, mais nous ne perdons pas la foi et l'espérance. Cet événement d'une telle ampleur qui se produit juste après la tenue du Synode nous choque encore plus. Ce dont nous avons besoin c'est de votre prière et de votre soutien fraternel et moral. Votre amitié nous encourage à rester sur notre terre, à persévérer et à espérer.

Sans cela nous nous sentons seuls et isolés.

Nous avons besoin de votre compassion face à tout ce qui vient toucher la vie des innocents, chrétiens et musulmans. Restez avec nous, restez avec nous jusqu'à ce que soit passé le fléau.

Que le Seigneur nous protège tous.

Le 2 novembre 2010

Mgr Athanase Matti MATOKA, archevêque de Bagdad des Syriens
Mgr Louis SAKO, archevêque de Kirkouk des Chaldéens
Mgr Emil NONA, archevêque de Mossoul des Chaldéens
Mgr Basile Geoges CASMOUSSA, arxchevêque de Mossoul des Syriens
Mgr Bashar WARDA, archevêque d'Erbil des Chaldéens

Source : site de la CEF.

dimanche 31 octobre 2010

Violence Noire.

Je suis allé voir un film encensé par une critique quasi-unanime. Désolé, je suis sorti avant la fin.

J'avais plutôt aimé La graine et le mulet, malgré un rythme parfois très, très lent. Le sujet de Vénus noire, le nouveau film d'Abdelatif Kechiche, est intéressant, l'histoire de cette femme qu'on a exhibée en Europe au début du XIX° siècle parce que les scientifiques de l'époque ne savaient où la classer dans l'arbre généalogique des espèces - il paraît qu'on pouvait la voir encore il y a trente ans au Musée de l'Homme, et qu'il a fallu attendre le XXI° siècle pour que sa dépouille soit rendue à ses ancêtres, en terre sud-africaine.

Ça commence dans un cirque de Piccadilly. Sara est en cage, exhibée comme une bête de foire. C'est dur, et en plus, c'est long. On découvre ensuite qu'il ne s'agit que d'un spectacle, accordé aux mœurs de l'époque : la dame, qui a un penchant pour l'alcool et le tabac, n'est pas si maltraitée que cela par son maître. Plutôt moins, même, que les prostituées londoniennes qu'elle croise dans les bars où elle s'arsouille à l'envi.

Le spectacle se répète plusieurs fois, à la fin on finit par le connaître par cœur et on serait envahi par l'ennui si on n'était pas aussi profondément écœuré. Il faut dire qu'il n'y a pas grand-chose à raconter dans la vie de cette malheureuse, à part le procès intenté dans un tribunal crasseux par une ligue de pères-la-pudeur, finalement déboutés par des juges mal perruqués. Heureusement, la petite équipe décide de partir pour Paris ; on quitte les bas-fonds londoniens pour les petits salons privés des bordels de la fin de l'Empire. Ça se renouvelle un peu, mais toujours pas dans le genre léger. Une fois, deux fois. La deuxième est de trop : c'est un viol, ma parole, perpétré par une vingtaine de personnes curieuses de découvrir les particularités anatomiques de Sara. Pendant ce temps, son nouveau maître lui tape copieusement dessus. Ensuite, nouvelle scène de bordel, qui commence par l'épilation intime d'une des pensionnaires de la maison et se poursuit par un plan à trois. C'est là que je suis sorti, dégoûté mais plus encore affreusement mal à l'aise : il y avait derrière moi un monsieur qui avait emmené son petit garçon voir une histoire qu'il pensait édifiante. Car rien ne prévient le spectateur qu'il va être affrontée pendant plus de deux heures à autant de violence crue. Il paraît que j'ai raté le découpage et la mise en bocal des organes génitaux de Sara. Je ne regrette pas.

samedi 30 octobre 2010

Politiques cherchent petites mains.

On commence à s'agiter, en Côte d'Or comme ailleurs sans doute, autour de la prochaine échéance électorale : au printemps prochain auront lieu les élections cantonales. Des paroissiens commencent à m'en parler : "On m'a encore demandé de rejoindre l'équipe d'Untel". Un tel -plus rarement une telle-, c'est le candidat officiel d'un des grands partis. Dans un petit canton, en général quelqu'un qui connaît bien son monde (il y a souvent moins de mille électeurs). Dans une circonscription urbaine, le candidat est susceptible de siéger un jour dans une de nos assemblées nationales, ou d'être élu maire d'une importante commune. S'il veut y arriver, c'est un travail à plein temps, qui nécessite une ambition et une patience à toute épreuve. La politique devient un métier. Et, quand on veut y faire carrière, on perd le contact avec les électeurs. C'est pourquoi nos élus ont un si grand besoin de petites mains, qui vont leur permettre de sentir la température, de les conseiller, de façon à ce qu'ils puissent s'acquitter correctement de leurs tâches de gouvernement et s'y consacrer totalement.

Seulement voilà : les petites mains en ont marre. Au parti, ce n'est pas elles qui ont voix au chapitre, mais les grandes gueules. Au conseil municipal, elles se taisent devant les ténors. A l'Assemblée nationale, elles n'ont aucune chance, et au Sénat encore moins. Du coup, un tas de gens très bien se détournent de la politique : quand on est un commerçant qui se bat pour que le magasin reste ouvert, un chef d'entreprise qui réussit, un responsable associatif qui se donne pour l'idéal qu'il défend, il faut une bonne dose d'abnégation pour accepter d'avaler les couleuvres imposées par ceux qui ont décidé de consacrer leur vie à leur carrière.

Je fais un rêve : celui d'une démocratie où les élus ne le seraient que le temps d'un ou deux mandats, où ils siègeraient aux assemblées forts d'une véritable expérience du monde du travail, et où ils n'exerceraient qu'un seul mandat à la fois. Un monde où les ministres seraient ce qu'ils devraient être : des serviteurs. Ce rêve est réalité dans un certain nombre de pays européens. Il semble que chez nous ce soit impossible.

samedi 23 octobre 2010

Les chanteurs, pas la chanson.

De Jean-Paul II, on disait : les jeunes aiment le chanteur, mais pas la chanson... Quand je vois sous mes fenêtres les lycéens d'Hyppolite-Fontaine descendre leur boulevard pour aller chercher leurs congénères de Saint-Jo, je me dis : on est un peu dans le même cas de figure.

Voyez ce reportage de France 2. Un jeune héros, dont les parents sont journalistes, qui étudie dans un des plus prestigieux lycées parisiens, et qui vient d'être élu président de la FIDEL. Il est sympa, super à l'aise à la télé, un aplomb désarmant et toujours la réponse aux questions politiques et sociales qu'on lui pose. Séduit, on l'est. Enfin un jeune qui s'engage. On aime le chanteur.

La chanson ? Là, Victor est plus court. "Un million de chômeurs en plus à cause de cette réforme". Ah bon ? Passons. Il n'a peut-être pas eu le temps d'affûter ses arguments. Manifestement, personne ne lui en demande plus, d'ailleurs.

Les chanteurs : des jeunes qui s'engagent. Voilà qui devrait faire taire tous ceux qui désespèrent de cette jeunesse, soi-disant sans idéal. Engagement : mais lequel, au juste ? Dans un syndicat, avant de passer dans un autre (les grands frères de l'UNEF ne s'y sont pas trompés, d'ailleurs : une fois le bac en poche, Victor, tu ne devrais pas tarder à avoir une promesse d'embauche). Et après l'UNEF... Devinez quoi ? Victor, Victor... Fais gaffe : tu vas devenir comme les autres, un professionnel de la politique, qui a perdu le contact avec la réalité. Pendant ce temps, d'autres essayent de faire vivre, dans un lycée, une association au service des autres, un club théâtre ou un journal : ça aussi, c'est de l'engagement, et ça mérite qu'on en parle plus.

La chanson : celle de la réforme des retraites, on a du mal à y croire. D'autres voix se font entendre, dans ce même reportage : angoisse de l'avenir, inquiétude dans un monde qui n'a plus de repères, méfiance vis-à-vis des partis politiques. Tout ça, alimenté par un rejet massif qui vise plus les personnes qui gouvernent que leurs décisions. Des choses autrement fondamentales, qui évoquent le rapport du médiateur de la République l'an dernier sur l'état de "fatigue psychique" des Français. Du psychique au spirituel, il n'y a guère de distance, sinon celle du politiquement correct. On est loin de la question des retraites.

samedi 9 octobre 2010

Vies bouleversées.

C'est une famille sympa, normale, que celle de ce monsieur dont je vais célébrer les obsèques. Au nom que m'ont donné les Pompes funèbres, j'avais juste compris qu'il s'agissait d'un de ces immigrés italiens, qui sont venus au siècle dernier se nourrir du bonheur français, dont on s'est tellement moqué quand ils sont arrivés et qui font maintenant partie du paysage.

Une famille ordinaire, mais un défunt qui ne l'était pas. Monsieur M... est de ces gens qui ont été emportés, plus que d'autres, dans les tourmentes du siècle passé. Ses enfants n'ont peut-être pas vraiment conscience de cela ; ils me racontent, simplement, l'histoire d'une vie bouleversée. A vingt ans, la guerre, dans les troupes de Mussolini. Après la campagne de France, l'Afrique du Nord ; et, donc, puisque l'Italie ne comptait pas pour grand-chose, l'Afrika Korps de Rommel, où ont été versés, pour plus de facilité, un certain nombre de soldats des pays de l'Axe ; son bateau bombardé, voilà notre jeune Italien qui choisit le côté des Alliés plutôt que la prison. Il débarque en France dans l'armée de Patton, remonte jusqu'à Dijon, et là, enfin, il rencontre celle qui allait devenir sa femme.

Je rencontre, de temps en temps, de ces baroudeurs devenus de tranquilles pères de famille. C'est la grâce du sacerdoce de pouvoir écouter ces récits de la part de ceux qui les ont vécus ou de leurs enfants. C'était hier. Pourquoi cela nous semble-t-il aussi lointain ?

samedi 2 octobre 2010

Droit à des "soins médicaux légaux" et liberté de conscience.

Mme Mc Cafferty est membre du groupe socialiste au Conseil de l'Europe. Une assemblée "parlementaire" qui est aussi représentative des Européens que l'étaient les parlements de l'Ancien Régime. Elle est à l'origine d'une résolution, qui doit être mise en discussion le 7 octobre prochain, dont le but est de limiter la possibilité, pour un membre du corps médical, de refuser un acte qu'il estime contraire à sa conscience. Il s'agit, tout le monde l'aura compris, de l'IVG, ici désigné comme un "soin médical légal" - comme si le fait d'attendre un enfant était une maladie que l'on devrait soigner. La loi prévoit en effet la possibilité pour tout médecin de refuser de pratiquer cet acte, s'il l'estime contraire à ses convictions.

Premier motif d'étonnement : Mme Mc Cafferty relève que "l'objection de conscience se développe dans le domaine des soins de santé". Elle pourrait se demander pourquoi. Est-ce le résultat de l'influence grandissante de l'Église catholique ? Qu'il me soit permis d'en douter. J'y vois plutôt la manifestation d'une évidence : un gynécologue, une sage-femme, voient bien ce que c'est qu'un avortement, et savent qu'un embryon n'est pas une simple tumeur que l'on opère.

Deuxième motif : la proposition du groupe socialiste invite à distinguer entre les "personnes prestataires de soins de santé", dont le droit à l'objection de conscience resterait garanti ; et les "institutions publiques de l'Etat", qui (évidemment) ne peuvent se prévaloir de ce droit. Jusqu'à nouvel ordre, ce sont des personnes humaines qui pratiquent les IVG.

J'ignore ce que va devenir ce projet. Il permet de redire deux choses, qui sont bien souvent complètement occultées du débat public (enfin, si on peut parler de débat) sur l'avortement :

1) L'immense majorité des citoyens européens semble aujourd'hui favorable à un accès le plus facile possible à l'IVG, au mépris de la lettre de la loi qui réserve, chez nous, cette intervention aux situations de détresse. Mais, dans les faits, de plus en plus de praticiens s'y opposent. Il y a là une question morale importante : la morale n'est pas seulement une affaire d'idéal (tout le monde doit avoir accès à ce que la loi prévoit), elle est aussi une question de réalisme (personne ne veut pratiquer certains "soins").

2) Dans les faits, l'objection de conscience, qui est un droit absolument imprescriptible et doit être protégée, n'est plus respectée en France. Dans les hôpitaux publics, les médecins sont obligés, sous peine de sanctions, de pratiquer à tour de rôle des IVG, qu'ils le veuillent ou non. Je n'ose parler du sort réservé aux autres personnels, sage-femmes et infirmiers, qui n'ont en pratique jamais le droit à rien.

Le texte du projet de résolution
Pour signer la pétition qui s'oppose au projet

mercredi 29 septembre 2010

Une expérience liturgique.

Pendant les vacances, j'ai osé : je suis allé à la messe, un dimanche, comme tout le monde, en pékin (in negris, disait-on autrefois), dans une ville inconnue. C'était la première fois depuis vingt ans, je pense, en tout cas en France (une fois aux USA).

Premier essai, premier échec : les horaires indiqués sur le Net oubliaient de mentionner que, dans cette église-là, il n'y avait pas de messe durant le mois d'août. Dommage, elle était intéressante, avec ses allures de bunker au milieu d'un quartier d'immeubles mornes. Me voilà reparti, sous la pluie de ce dimanche humide, en direction d'un clocher que j'apercevais au loin.

Bien vu : un couple âgé se dirige d'un pas hésitant vers l'entrée. La messe est dans un quart d'heure. J'entre.

Me voilà dans un lieu improbable. Quelques tables en vrac y sont recouvertes de feuilles de papier sans rapport les unes avec les autres : dépliant touristique, horaires de messe, feuille d'annonce du mois précédent, livre de chants fatigué. Au loin, dans une espèce de désordre de chaises de paille, il y a le chœur, au beau milieu duquel trône un buffet d'orgue massif qui aurait besoin d'un bon coup d'encaustique. Difficile de repérer l'autel, modeste table de bois verni écrasé par ce monstre tout en tubes d'acier et en moulures tarabiscotées. Tout autour, ce sont sans doute des chapelles, encombrées d'un bordel de statues et d'épaves diverses.

Le pire est à venir. Il est dans ces personnes qui se hèlent sans façon dans la nef. On les devine habituées du lieu : "Les corbeilles !" "Qui va faire la première lecture ?". Ce sont elles qui accueillent, enfin qui pètent la bises à ceux qu'elles connaissent. L'inconnu que je suis ne compte guère, les mots de bienvenue sont réservés aux seuls habitués : "Alors, de retour de vacances ?" "Tu as réussi à vendre ton appartement ?" " Quand est la prochaine réunion du conseil économique ?" Je connais la raison de cette décontraction : à la messe, il faut se dire bonjour, c'est là qu'on retrouve les amis. Moi, pendant ce temps-là, je pense : et les autres ?

J'arrête là : à la fois parce que ça m'énerve, et que je m'inquiète : quelle impression retire un étranger débarquant dans ma paroisse ? Que doivent penser ceux qui ne savent rien du christianisme, et qui tombent par hasard dans ce bazar ? J'ai encore en mémoire cette question posée par Samir, étudiant algérien logé un temps dans mon ancien presbytère : "Quand est-ce que vous priez, exactement ?"

mardi 21 septembre 2010

Petits crimes entre amis.

Pile poil au moment où sort l'extraordinaire film de Xavier Beauvois (voir les critiques des Sacristains, et surtout foncer au ciné si ce n'est déjà fait), juste au moment aussi où sort Katiba, excellent roman de Jean-Christophe Rufin qui a précisément pour sujets les méfaits d' AQMI et les manipulations des services secrets en tous genres, voici que nous assistons en direct à l'enlèvement de malheureux concitoyens au Niger et aux efforts qui sont faits pour les récupérer en bon état.

En regardant, ou plutôt en contemplant, Des hommes et des dieux, je ne pouvais m'empêcher de penser à celles et ceux que je connais et qui ont été mêlés de si près aux drames que traverse aujourd'hui l'Islam. Michel, prêtre de Côte d'or, pris en otage à deux reprises aux Philippines. Jean-Marie, prêtre de Dijon également, qui a opté pour la nationalité algérienne. Monique, religieuse de mon quartier qui rentre de six ans passés "là-bas". Surtout, celui qui n'est plus là : le frère Pierre Claverie, évêque d'Oran, mort en rentrant un soir chez lui il y a près de quinze ans.

Ma dernière rencontre avec le P. Claverie remonte à 1995. Il était venu pour une conférence, et nous l'avions ensuite entraîné dans une cave dijonnaise, autour d'une bière, avec quelques amis. Il avait réussi à remplir l'amphi de la fac où nous l'avions invité, tenant en haleine un public pas entièrement convaincu sur le thème des incompréhensions qui entachent le dialogue entre christianisme et islam. Terminer la soirée de cette manière, c'était une grâce pour moi, jeune vicaire d'une paroisse majoritairement peuplée de musulmans. Il tenait à me partager deux convictions : la première, que l'islam tel qu'il était (et est encore) imposé à tant de citoyens de pays "musulmans" finirait par produire un rejet massif de la religion, à l'image de ce qui s'est passé dans tant de régions du monde dans lesquelles l'Église catholique s'était comportée en régente des âmes et des corps. La seconde, qui me sert toujours quand je réfléchis à ce qui se passe autour de moi : il faut chercher à qui le crime profite. En l'occurrence, dans l'Algérie alors plongée dans l'horrible guerre civile qu'on sait, il profitait, selon lui, à un gouvernement corrompu qui avait tout intérêt à laisser la terreur s'installer pour se poser en recours contre une violence qu'il avait lui-même contribué à créer.

Ce que je ne savais pas, c'est que ce second point allait servir de thème à l'ultime éditorial qu'il allait écrire dans sa revue diocésaine. Quelques semaines après (encore un hasard du calendrier), il était assassiné en même temps que son chauffeur. Les vrais coupables courent encore. Inutile de dire que les sous-entendus insistants de Des hommes et des dieux, qui montre bien que le gouvernement d'alors n'avait aucun intérêt à laisser en l'état le monastère, trouvent là un écho plus que troublant.

Alors ? A qui profite l'enlèvement des Français d'Areva ? En attendant, peut-être, que la vérité soit connue -mais je doute qu'elle le soit jamais complètement, rappelons-nous que si la France n'a pas organisé le raid de l'AQMI (qui n'a toujours rien revendiqué semble-t-il), elle a largement fait en sorte de créer là-bas une situation détestable, exploitant depuis 40 ans un site stratégique sans que jamais les populations locales n'en retirent le véritable bénéfice, et polluant au-delà du raisonnable les villes et villages environnant. "Imouraren, un désastre annoncé" : ce titre n'est pas d'hier, il a été publié l'an dernier par l'un des organismes qui continue à nous alerter sur le pillage dont l'Afrique est victime depuis sa découverte par l'homme blanc. Peut-être ferait-on bien d'entendre ces voix-là, plutôt que ceux qui essayent de tirer un profit politique de situations aussi dramatiques.

vendredi 10 septembre 2010

Rentrée de parents.

La rentrée, c'est aussi la rentrée des parents.

Il y a ceux qui laissent échapper une larme, parce que c'est la première fois qu'ils abandonnent leur petit bout dans la cour de l'école : "Ca va bien se passer", disent-ils le coeur serré. Ils ont raison : les chères têtes blondes ne mettent pas longtemps à comprendre que les copains passent avant les parents. Je me souviens de mes nièces, rentrant d'une année aux USA ; mon frère et ma belle-sœur s'étaient imaginés qu'en parlant anglais à la maison, elles allaient rester bilingues. Peine perdue : en classe, ça cause français, vous ne vous imaginez tout de même pas qu'on va faire des efforts juste pour le temps qu'on passe avec vous ?

Il y a ceux qui sont à l'autre bout de la chaîne : les enfants quittent la maison. Attention, les vieux : ça vient vite ! A peine ils ont fait leur entrée en 6° qu'ils en sont déjà à passer le bac. Et voilà qu'on se retrouve en tête-à-tête tous les deux. C'est dur de se retrouver comme il y a vingt ans, de découvrir que le projet qu'on a si patiemment mené à terme fait maintenant place à un grand vide. Au début, le coup de blues ; parfois, ensuite, le coup de grisou, l'idée qui vient de se lancer dans une autre aventure, tout seul ou avec quelqu'un d'autre.

A ceux-là, j'ai envie de dire : souvenez-vous de l'Evangile. De l'appel de Jésus, qui invite à laisser père et mère, maison et travail, mais pas son conjoint. De son unique enseignement sur le mariage : "tous deux ne feront plus qu'un". De l'amour, qui, avant d'être un projet, est un don. De ces mots que vous avez échangés il y a si longtemps : "Je me donne à toi, et je te reçois". Si le contrat des débuts ne marche plus vraiment, inventez-en un autre ; mais ne laissez pas tomber, justement maintenant où ça commence à devenir intéressant, cet amour qui ne meurt jamais.

mardi 31 août 2010

Belles choses de l'été (4) - Plus de vérité sur l'Afrique.


Quatrième belle chose de l'été - elle vient d'arriver, mais elle couvait depuis longtemps : au moment où les Africains victimes de la guerre ont tant de mal à trouver refuge chez nous, l'ONU, par la voix de son Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme, recense dix années (1993-2003) de crimes de guerre en République Démocratique du Congo. Le mot de "génocide" est enfin prononcé à ce sujet, ce qui déclenche évidemment l'ire du minuscule et puissant voisin rwandais, désigné comme principal responsable de ces crimes et qui revendique pour lui seul l'usage du mot qui fait trembler les États.

Rien de nouveau, bien sûr, dans ce rapport. Cela fait des lustres que les évêques du Congo dénoncent une situation qui n'a fait qu'empirer. Et, hélas, rien ne s'est terminé en 2003. Au Rwanda, Paul Kagamé vient d'être réélu Président avec 93% des suffrages, les observateurs de la même ONU déclarant sans rire qu'ils n'avaient constaté aucune irrégularité dans le scrutin (normal, il avait éliminé tous les autres candidats dangereux pour lui). Le même Kagamé conseille aujourd'hui, non sans cynisme, d'enquêter plutôt sur les agissements des soldats de l'ONU, et menace de retirer ses propres troupes des contingents onusiens actuellement en opération. Mais ce rapport, lorsqu'il sera définitivement approuvé, ouvre la possibilité d'un futur tribunal pénal international pour juger des crimes terribles commis alors par les belligérants. Un peu d'espoir, donc, pour les habitants de ce pays et pour tous ceux qui, en Afrique, souffrent autant des guerres que de l'impunité de ceux qui les déclenchent.

PS : Petite pensée pour le Père Pierre Ntiama, longtemps vicaire à la paroisse Sainte-Bernadette de Dijon, et qui s'est vu refuser cette année, pour une raison obscure, son visa pour la France.

samedi 28 août 2010

Belles choses de l'été (3) - Ministres et serviteurs.

Troisième belle chose de l'été : la session de formation des futurs diacres de Bourgogne. Ils étaient treize, avec leurs épouses, plus des diacres déjà expérimentés pour les accompagner et aider éventuellement les intervenants à ajuster le tir.

Je me répète : c'est un nouveau visage de l'Eglise, une révolution silencieuse, qui commencent là. Le diaconat prend lentement sa place dans les diocèses français : on y découvre une nouvelle figure du ministère ordonné. Ce qui saute aux yeux en général est qu'il s'agit d'hommes mariés (pas toujours) ; mais quand on prend la peine d'aller un peu plus loin, on dépasse cette première impression pour découvrir autre chose : des hommes au travail ; des hommes qui manifestent que l'Eglise est là fondamentalement pour un service de l'humanité, et qui sont là pour rappeler que tout ministre de l'Eglise est là pour ce même service ; des hommes qui partagent, davantage que les prêtres, les conditions de vie de leurs contemporains, leurs questions, leurs difficultés et leurs joies. De plus en plus, ce sont ces mêmes hommes qui marient, baptisent, célèbrent des funérailles : c'est-à-dire qu'ils se manifestent en public dans le rôle qu'on attribue le plus souvent aux prêtres.

Quand ils ont restauré le diaconat comme "degré permanent du sacrement de l'ordre", les évêques à Vatican II n'avaient sans doute absolument pas mesuré l'impact de cette décision ; en tout cas, ils n'avaient guère d'idée précise sur ce qu'allait devenir le diaconat - et n'ont pas donné beaucoup de détails sur le contenu de ce qui s'avère être un nouveau ministère. C'est pourquoi on entend souvent les gens se demander ce que c'est qu'un diacre : normal, on est en train d'inventer (de réinventer ?) le diaconat. Cette réinvention se fait pas à pas, au plus près des préoccupations et des besoins des Églises.

jeudi 26 août 2010

Belles choses de l'été - 2 : coup de rouge dans le Médoc.



Dans la série "belles choses de l'été", un événement qu'on ne pouvait pas manquer : en plein coeur des vacances, 10 000 scouts et guides de France se sont retrouvés à Fort-Médoc, au bord de la Gironde, pour un jamboree rassemblant pionniers et caravelles (14 à 17 ans).

Une gageure ; et pourtant ils l'ont fait. La dame de l'office de tourisme en était tout émue : "Quand je les ai vus arriver sur le bateau, en chantant à tue-tête, j'ai eu envie de pleurer..." Et de ne point tarir d'éloges sur la gentillesse, la bonne éducation, et patati et patata, j'aurais aimé que les responsables du mouvement entendent ça. Car réunir autant de garçons et de filles de cet âge, les faire camper ensemble, leur donner à manger et de quoi se laver... Pas évident. Peut-être bien qu'il n'y a que les cathos à le faire, chez nous, avec aussi peu de moyens.

Moi, j'y allais avec un boulot bien précis : témoigner à deux reprises de ce que cela veut dire, être prêtre dans la cité des hommes. Ah oui, parce que le thème du rassemblement, c'était justement : l'engagement au service de la Cité, d'où le nom, vous l'avez compris. Avec une couleur écolo : chacun devait rejoindre le lieu du jamboree avec le moyen de locomotion le moins crade possible (perso, j'ai commencé en bateau et fini en vélo).

Une question, depuis, me trotte dans la tête. Après le témoignage du curé de service, il y avait un temps de questions. Et là, ça y allait sur l'Eglise ringarde, le pape qu'on ne comprend pas, la messe où on s'ennuie, et tout ce qu'on peut trouver à la fois comme poncifs sur l'Eglise dans le monde des jeunes et comme interpellations auxquelles on ne peut échapper.

Alors, deux questions dans la question.

La première : oui, c'est vrai, ce sont des poncifs, c'est superficiel, ça ne rend pas justice à la vérité de ce que vit l'Eglise, à la complexité des sujets sur lesquels elle intervient, tous ces jeunes répètent trop ce qu'ils lisent et entendent dire et ne parlent pas de l'expérience de foi qu'ils vivent au sein de leur mouvement. Ca, c'est un problème : le décalage entre ce que vivent ces croyants en Eglise, et le retour qu'ils en ont à travers le filtre des médias et des copains de lycée. D'un côté, une formidable expérience de foi qui les construit et les marque pour la vie. De l'autre, un injuste dénigrement. Comment amener ces jeunes à parler d'abord de ce qu'ils vivent, avant de porter une parole critique sur l'institution ?

La deuxième : les questions posées - quelques-unes en vrac : célibat des prêtres, accès des femmes au ministère ordonné, pertinence des prises de position éthiques dans l'Eglise, place des jeunes dans les communautés chrétiennes, liturgies mal vécues - le sont avec tant d'insistance qu'on ne peut pas passer à côté. A cet âge-là, et dans ce mouvement-là, ce sont des garçons et des filles, bientôt des hommes et des femmes, engagés dans l'Eglise, qui les posent. Il y a, là, un débat interne à l'Eglise, qui reprend les interpellations et les incompréhensions de la société française à son égard. Ce débat pourra-t-il se poursuivre pour eux au sein de cette Eglise qui les a portés jusque-là ? Ou bien choisiront-ils de le mener d'un autre lieu, du-dehors de l'institution ? Il y a bien, aujourd'hui, des lieux de débat au sein de l'Eglise. Mais ces lieux ne sont guère fréquentés que par des gens de mon âge et au-delà. Les jeunes, eux, en grandissant, préfèrent se sauver sur la pointe des pieds, et ça me pose un problème.

PS 1 : Une vidéo, parmi d'autres :


Le grand Récap' de CitéCap - 26/07/2010
envoyé par scoutsetguides. - Regardez les vidéos des stars du web.

PS 2 : Petit clin d'oeil à Jacqueline, cheftaine qui m'a accompagné pendant ces journées à Cité Cap, et lectrice fidèle du Blog du Curé...

lundi 23 août 2010

Belles choses de l'été - 1 : Roms.

Pour reprendre l'activité en douceur, quelques billets évoquant rapidement ce qui s'est passé d'intéressant cet été. Aujourd'hui : les Roms.

Non pas, bien sûr, que je me réjouisse des déclarations d'un certain nombre de nos élus (et non des moindres). Mais entendre la France se faire rappeler à l'ordre successivement par l'ONU (droits de l'homme), la commission européenne (liberté de circulation), le pape (souci des pauvres et des étrangers), ca fait du bien même si ça fait aussi de la peine. Découvrir que les catholiques, dont il paraît que la moitié avait voté à droite dès le premier tour, commencent - enfin - à se poser des questions, ca donne de l'espérance. Apprendre que le ministre de l'Intérieur veut parler de tout ça avec l'archevêque de Paris, on se prend à penser que les gouvernements ne s'intéressent pas aux cathos que pour la messe du 11 novembre, et que des fois ils prennent au sérieux ce que dit l'Eglise.

Bref, je me sens moins seul. Car, à l'intention des nouveaux lecteurs de ce blog, je rappelle que mon premier article sur le sujet date de mars 2006 ; que c'est grâce au lobbying des chrétiens de la paroisse Jean XXIII, et à l'intelligence d'un maire sensible au sort des pauvres, que des Manouches avaient pu bénéficier d'un logement décent ; et que, depuis que Sergiu est devenu enfant de choeur à la paroisse, pour les gens du quartier les Roms ont maintenant un visage : celui d'un enfant de dix ans et de sa gentille maman qui fait ce qu'elle peut pour lui donner à manger et le vêtir décemment.

Pour conclure sur le sujet : je me souviens d'une réunion avec les paroissiens et le père Pierre, qui était alors mon vicaire congolais. On y parlait, déjà, des Roms. Et je voyais, sur le visage de Pierre, s'épanouir le sourire de l'Africain qui n'arrive pas à comprendre de quoi on parle. Alors, je lui ai expliqué : il y a en Europe plusieurs millions de nomades, dont on se préoccupe finalement assez peu et dont on dit beaucoup de mal, qui n'ont pas les mêmes droits que les sédentaires. Depuis dix ans qu'il était là, Pierre n'en avait jamais entendu parler. Un silence qui en dit long.

samedi 10 juillet 2010

Petits soucis caniculaires.







Avec la canicule, il n'y a pas que les fleurs qui ont soif. Les gens aussi. Le quotidien de la vie d'un curé passe par là : gérer les conséquences imprévisibles du comportement imprévisible d'alcooliques, eux, très prévisibles. C'est ainsi que la place Wilson, si coquette le jour, devient la nuit le théâtre d'apéros prolongés, qui laissent des traces le matin revenu.

Ce matin, outre les traditionnelles rivières d'urine dans lesquelles les mariées feront tremper leurs robes, la porte donnant accès au presbytère a été forcée.

La police nationale demande de contacter la police municipale ; la police municipale recommande d'écrire au maire, qui renvoie en général au préfet. La préfecture signale qu'on peut prévenir la police (c'est le 17, au cas où je ne connaîtrais pas). Moi, je ne réparerai pas la porte, tant pis si les salles paroissiales sont squattées la semaine prochaine.

dimanche 27 juin 2010

Ministère, sacerdoce, service...

Joli billet de Jean-Baptiste B. sur son saint patron, qu'il bombarderait volontiers patron des prêtres, et moi aussi d'ailleurs : "Il faut qu'il croisse et que je diminue", pour moi le voilà l'idéal de la vie sacerdotale.

Ca me donne quand même envie de préciser une ou deux petites choses sur le ministère sacerdotal. A cause de ce que j'entends, ou de ce que je lis, ici ou là, sur ce blog ou dans d'autres, et qui a tendance à insister lourdement sur le prêtre, homme pas comme les autres, différents des autres baptisés, supérieur à eux pourquoi pas...

Dans "ministère sacerdotal", il y a deux mots : "ministère", et "sacerdoce". Ces deux mots ne sont pas synonymes. "Ministère", allez on va faire le malin, c'est du latin et ça veut dire "service". Ce mot renvoie d'abord au Christ serviteur des hommes. Tout ministre de l'Eglise est donc serviteur de tous (et non pas, je me répète, serviteur des seuls baptisés, et encore moins chargé de faire fonctionner une paroisse par exemple).

"Sacerdoce", c'est autre chose. En latin, toujours, le mot signifie "prêtre". Le prêtre, dans la culture antique, c'est celui qui a la charge du sacré, par opposition au commun des mortels qui se cantonne à la dimension profane de l'existence. Il a en particulier un rôle d'intercesseur, dans sa fonction cultuelle.

Dans le christianisme, il n'y a qu'un seul prêtre : le Christ. Je ne veux pas trop m'étendre là-dessus, car dans un blog il faut être bref. Mais jetez un oeil sur la lettre aux Hébreux, ça vaut mieux que tous les baratins des théologiens et c'est dit en toutes lettres : il est le seul médiateur entre Dieu et les hommes. Le moment par excellence où le Christ apparaît comme le vrai prêtre, c'est quand il donne sa vie. Mais toute la vie de Jésus n'est qu'un immense don de lui-même, de multiples manières mais toujours dans l'amour (car le don de soi est l'autre nom de l'amour).

Par le baptême, tous les baptisés participent au sacerdoce du Christ. Dans le jargon du christianisme, ça s'appelle le sacerdoce commun. Cela veut dire deux choses essentielles :
  • la première, c'est que tout le monde participe à ce sacerdoce de la même manière ; il n'y a pas des gens qui sont plus près de Dieu que d'autres, ou bien à qui on va s'adresser pour parler à Dieu parce qu'on ne sait pas faire.
  • Deuxièmement : cela signifie des choses très concrètes pour notre vie ; si les baptisés sont alter Christus, configurés au Christ par le baptême, leur vie, à l'image de celle du Christ, doit être une vie donnée.
Parmi ces baptisés, certains sont ordonnés au ministère sacerdotal (ou au sacerdoce ministériel, ces deux expressions sont à peu-près équivalentes). Le concile Vatican II, dans un texte fondamental, nous dit qu'entre les deux sacerdoces, il y a une différence "de nature et non seulement de degré" ; cela veut dire qu'il n'y a pas un sacerdoce supérieur à un autre, ou que le sacerdoce ministériel n'est pas un degré supérieur du sacerdoce commun ; mais qu'il s'agit de deux manières différentes de participer à l'unique sacerdoce du Christ. Cette ordination, qui est un sacrement, les situe de manière particulière au sein du peuple de Dieu : ils manifestent que l'Eglise ne se constitue pas d'elle-même, mais qu'elle est constituée par le Christ. C'est pourquoi ce sont eux qui ont la charge de convoquer la communauté, en particulier lors de l'eucharistie qui est le moment essentiel de la vie de l'Eglise - et dont ils président toujours la célébration. Ils sont "in persona Christi", ce qui veut dire qu'ils remplissent cette fonction pour permettre aux baptisés d'être rassemblés par le Christ. Comme le dit JBB, ils s'effacent complètement alors devant le Christ.

Il n'y a donc pas de raison de dire du prêtre qu'il est seul configuré au Christ, qu'il est comme un intercesseur entre Dieu et les hommes, qu'il a un "pouvoir" surnaturel de transformer le pain et le vin en corps et sang du Christ. Il est normal qu'on attende d'un prêtre que son comportement soit exemplaire ; mais cette exemplarité ne fait pas partie, pourrait-on dire, de l'essence du ministère. Dans l'Eglise d'Occident, on demande aux prêtres de signifier qu'ils donnent leur vie en restant célibataire ; mais ce n'est qu'une des dimensions du don de soi, qui peut être envisagé de bien d'autres manières.

samedi 26 juin 2010

La liberté selon mon banquier.

Vous n'avez pas pu la louper, cette pub hilarante qui invite les jeunes à conquérir leur indépendance en accédant au crédit. Sous-entendu : l'argent, c'est la liberté. Omission nécessaire (on ne parle pas des choses qui fâchent) : un de ces jours, il faudra rembourser, et si tu ne peux pas alors crac, zéro pour cent on oublie, et c'est le couteau sous la gorge jusqu'à ce que tu aies remboursé jusqu'au dernier sou.

Du coup, la Parole de Dieu de ce dimanche nous parait sacrément ringarde : si tu veux être libre, dit Jésus, laisse tomber tous ces trucs-là et préfère la vie sans toît ni loi. Si tu veux être libre, déclare Paul, laisse-toi conduire par l'Esprit (attention, l'Esprit-Saint, pas ton petit esprit à toi) et tourne le dos à tout ce qui peut ressembler à de l'égoïsme et au souci de toi-même.

Ringard ? Ca vaut quand même le coup de s'interroger : la liberté, ça passe par la libération. Oui, mais de quoi ? Et à quel prix ? L'Evangile, qui enracine sa sagesse dans la sagesse antique, nous le dit : un esclave, ça se rachète. Il y a toujours un prix à payer pour la liberté. Choisis ton prix : un autre esclavage ? Ou bien une autre vie, peut-être plus exigeante, mais bon ?

Merci à Agnès Varda pour le titre d'un film que je n'ai même pas vu...

vendredi 25 juin 2010

François Bayrou, lecteur du Blog du Curé ?

Un article sur la démocratie chrétienne dans Sacristains, deux billets sur le foot parus dans le Blog du Curé, une déclaration de François Bayrou larguée sur le site de l'AFP et admirablement reprise par à peu-près tous les grands médias (il est, quand même, le seul qui ose l'ouvrir, à contre-courant de la démagogie ambiante) : au-delà de la performance d'un service de com' parfaitement huilé et bien plus efficace que la connexion Internet d'un humble ecclésiastique de province, signalons ces coïncidences qui confirment l'ancrage catho de l'ex-troisième homme (enfin, deuxième) de la présidentielle de 2007.

Mais n'en déduisons pas que ce blog fait campagne pour un candidat de 2012 : on attend les programmes.

jeudi 24 juin 2010

Culte vs. évangélisation.

Homme du sacré ou héraut de l'Evangile ? sur ce sujet, les débats se font vifs dans les presbytères. Car on ne badine pas avec les prêtres, quand il s'agit de leur ministère. C'est un peu la limite du célibat : nous, les curés, on n'a que ça dans la vie, notre ministère, et chacun a son idée sur la question ; alors que quelqu'un vienne la remettre en cause, et nous sommes atteints au plus profond de nous-mêmes, bien plus profondément que n'importe qui quand il a un problème de boulot.

Dans la vie de l'ancien que je deviens tout doucement, c'est bien l'une des questions qui est revenue le plus souvent : la crainte d'être réduit au rôle, comme disent certains, de "distributeur de sacrements". Encore une petite messe, monsieur le curé... Madame Une telle est en fin de vie, sa famille demande l'extrême-onction... Pourquoi est-ce qu'il n'y a personne au presbytère le lundi ? Ah bon, vous prenez des vacances ? Et vous allez dans quel monastère ? Vous êtes en robe toute la journée, ou seulement pour la messe ? Des questions dont je perçois aujourd'hui la naïveté, mais aussi la pertinence, dès lors qu'il s'agit de résoudre l'impossible équation actuelle (moins de prêtres et toujours autant de choses à faire) : on va se partager le travail avec les laïcs, il y a des choses que tout le monde peut faire, et d'autres que seul le prêtre peut faire, alors laissons le prêtre faire son travail et déchargeons-le au maximum du reste. Et voilà comment un curé se retrouve confiné dans son église, dans laquelle on s'étonne parfois qu'il n'ait pas son lit.

"Le reste", c'est : les soucis matériels, bien sûr. Mais aussi : l'organisation de la catéchèse. La préparation des célébrations. L'accueil des familles et du tout-venant. La solidarité. La visite des malades (le prêtre ne passera que s'il y a une demande de sacrements).

Et donc, le rôle du prêtre, c'est : la messe (pardon, les messes) ; les confessions ; les célébrations de mariages et de baptêmes, en attendant que les diacres s'y mettent puisqu'ils ont le droit de le faire aussi ; l'onction des malades, qui, rappelons-le, remplace l'extrême-onction depuis bientôt cinquante ans. Tout le reste, monsieur le curé, laissez-nous faire.

Le problème, c'est d'abord que, quand le Concile parle du ministère des prêtres, il commence par l'annonce de la parole. Il poursuit en rappelant que le prêtre est aussi celui qui collabore au ministère de présidence de l'évêque diocésain, et que cette présidence est étroitement liée à la célébration de l'eucharistie et des sacrements, et qu'elle signifie concrètement l'animation effective de la communauté à laquelle il est envoyé. Et, donc, que réduire la mission du prêtre à sa dimension sacramentelle, ou même partir de cette dimension pour parler des prêtres, c'est se tromper lourdement sur la nature du sacerdoce ministériel.

Mais ce foutu concile nous dit aussi que, par le baptême, nous sommes tous prêtres, prophètes et rois ; que les baptisés ont une mission d'évangélisation qui n'est pas facultative ; qu'ils participent au sacerdoce du Christ par la prière et la célébration des sacrements ; et en plus, il insiste lourdement sur la centralité de l'eucharistie dans le ministère et la vie des prêtres. Comment voulez-vous vous y retrouver si tout le monde se mêle de tout, sauf de la messe qui est réservée au prêtre ?

La seule solution que j'entrevoie, c'est le partage de la mission, non pas comme des convives qui se partagent un gâteau (chacun son petit morceau), mais comme des parents qui portent ensemble la responsabilité de leur famille. Car c'est cela qu'essaye de nous dire le concile : vous les prêtres, vous n'êtes pas chargés plus que les autres baptisés d'évangéliser, ou de prier, ou de je ne sais quoi encore. C'est toute l'Eglise qui est appelée à cela. Vous n'en êtes pas dispensés non plus. Vous portez donc, avec toute l'Eglise, le souci du service que l'Eglise rend à l'humanité. Ce souci, vous le portez à la place qui est la vôtre : vous êtes au service du service de l'Eglise. C'est dans l'exercice du ministère sacerdotal que vous évangélisez.

Et ça marche. Une belle célébration (mariage, baptême, obsèques, eucharistie...), bien foutue, avec au milieu une bonne vieille homélie qui montre comment la Parole de Dieu est là pour nous faire vivre aujourd'hui, c'est bien plus qu'un enseignement : c'est une expérience en live de la grâce de Dieu qui vient besogner en nous, comme disait Calvin. Ces gestes, ces chants, ces paroles, ce pain qu'on partage, ces mains qu'on tend, cette bouche qui s'ouvre, on ne s'en rend pas compte, mais ça vous change les hommes. Trois soirées de préparation au mariage ou au baptême, avec des échanges, des partages d'expériences, la méditation de la Parole de Dieu, et le sacrement qui va avec, ça vous marque une famille pour toute une vie.

mardi 22 juin 2010

Ce n'est qu'un jeu.

"Ce n'est qu'un jeu", disait ma grand-mère lorsque nous nous disputions avec mes cousins pour savoir qui avait triché et qui avait vraiment gagné. Peut-on encore dire cela à des enfants aujourd'hui, alors que le jeu rapporte des millions d'euros à ceux qui s'y adonnent, et que les frasques adolescentes des champions font la Une des médias les plus austères ? Comment expliquer, quand les collectivités publiques s'apprêtent à investir des sommes énormes pour satisfaire à ce qui est de l'ordre de la pulsion incontrôlée, que le monde réel est ailleurs, et que la richesse des nations ne se bâtit pas autour des stades de foot ?

L'amnésie dont souffre notre société, volontiers oublieuse de son histoire, n'aide pas à porter un jugement serein sur ce qui est en train de se passer. Il serait bon, pourtant, de rappeler qu'un empire passé assujettissait ses peuples en lui offrant des jeux ; et qu'un régime de chez nous s'est écroulé entre autres à cause de la passion du jeu, qui contraignit l'épouse du souverain à accepter les dons d'un couple d'escrocs.

C'est pourtant vrai, ce n'est qu'un jeu. Ce n'est pas la France qui perd, mais une poignée de millionnaires qui seront de toutes façons toujours aussi grassement payés, et dont on semble découvrir aujourd'hui la grossièreté. Et si nous perdons, c'est de voir autant d'argent gaspillé de cette manière, alors que nos finances sont au bord de la banqueroute et que des gens, chez nous, ne vivent pas dans des conditions dignes d'un pays civilisé. Encourager le sport, c'est bien, évidemment : mens sana in corpore sano. En faire un moyen de gouvernement, c'est de la démagogie, et c'est catastrophique pour l'avenir.

mercredi 16 juin 2010

Le ministère de l'Eglise.

Dimanche dernier, ordination diaconale d'Etienne, 28 ans, séminariste en fin de formation et en insertion à Genlis. L'an prochain, si Dieu achève en lui ce qu'il a commencé, il sera ordonné prêtre. Deux autres diacres devraient normalement être ordonnés cette année, plusieurs autres se préparent ; ceux-là ne sont pas appelés en vue du ministère presbytéral, mais exerceront leur ministère à titre permanent.

Le diaconat est une des réalités très dynamiques de l'Eglise de France. Sans faire de bruit, son développement d'aujourd'hui participe à la révolution silencieuse qui est en train de se vivre chez nous : il y a, certes, moins de prêtres, et c'est une question. Mais il y a davantage de diacres, davantages de catéchumènes, davantage de chrétiens qui prennent des responsabilités dans les mouvements et les territoires. Ces changements sont une des nombreuses raisons d'espérer pour les catholiques de France, même si on ne voit pas encore bien où ils vont nous mener.

Un de mes professeurs de théologie parlait du diaconat comme du degré zéro du ministère. Il ne voulait pas dire par là que le diaconat était nul ; mais qu'il était le socle sur lequel était construit l'édifice ministériel de l'Eglise. Le diaconat, c'est le ministère - d'ailleurs c'est le même mot, l'un en latin et l'autre en grec. En français, cela signifie : "service". Tout ministère est un service. Et c'est là-dessus qu'il convient de s'expliquer.

Un des commentaires du précédent billet parlait du ministère comme d'un service des baptisés. Ce n'est pas tout-à-fait exact, et c'est me semble-t-il une des raisons du malaise que vivent actuellement beaucoup de ministres ordonnés (je pense surtout aux prêtres). Car cela peut sous-entendre que le ministre ordonné, quel qu'il soit, est au service de sa communauté : ainsi, le prêtre administre sa paroisse, y célébre les sacrements, préside la prière, assure la catéchèse et (s'il a le temps) visite les malades et s'occupe un peu des pauvres. Pour que ce service soit correctement assuré, comme il ne peut pas tout faire tout seul et qu'il n'est pas compétent en tout, il délègue une part de sa responsabilité à des baptisés. Finalement, pour reprendre la terrible expression d'Eugen Drewermann, il est un "fonctionnaire de Dieu", et c'est bien là que le bât blesse.

Pour bien parler des ministères de l'Eglise, il faut commencer par parler du ministère de l'Eglise. L'Eglise est dans ce monde pour un service : service de l'humanité, service de Dieu d'abord. Vatican II parle de l'union à Dieu et de l'unité du genre humain, dont les baptisés sont en même temps le signe (exigence de vie) et le moyen (devoir d'agir pour changer le monde). C'est toute l'Eglise qui est en charge de ce service, et un ministère de l'Eglise est d'abord exercice de ce ministère premier. Un prêtre, un diacre, ne sont pas là d'abord pour organiser la communauté à laquelle ils sont envoyés : ils sont là pour aider cette communauté à accomplir sa mission. Et, bien sûr, pour y participer eux-mêmes, selon leur charisme propre.

C'est en tout cas ma manière à moi de comprendre et de vivre le contenu du ministère sacerdotal. C'est d'abord pour cela que j'ai été ordonné diacre avant d'être prêtre : non pas pour gravir les échelons d'un cursus honorum, mais parce que le Christ choisit les prêtres parmi les ministres de l'Eglise. Cela marque profondément le ministère du prêtre : il est là pour le service de tous, et pas seulement de ses paroissiens. Chacun des actes de son ministère doit être marqué de cette exigence de service, et non seulement les actes caritatifs. Comme le disait un autre de mes professeurs (encore un...), faire du catéchisme, c'est un acte citoyen. Je rajoute volontiers : marier, baptiser, enterrer, c'est un immense service qu'on rend aux hommes en même temps qu'une louange à Dieu. Si on ne comprend pas de cette manière le ministère sacerdotal, on ne le comprend pas du tout. Si je ne vivais pas la vie sacerdotale de cette manière, je trouverais insupportable de baptiser et de marier des gens qui n'ont aucun lien avec la communauté paroissiale et n'en conserveront aucun.

Pourquoi cette insistance ?

Parce que je suis extrêmement perplexe devant les solutions qui sont le plus souvent évoquées pour pallier le manque cruel de prêtres sous nos latitudes. Ces solutions sont d'ordre institutionnel : on attend d'un changement des structures de l'Eglise qu'il vienne remédier à la crise actuelle. Or, dans la vie chrétienne, le changement a un nom : il s'appelle la conversion. Plutôt que de changer l'organisation, je préfère parler de conversion : c'est-à-dire, d'un retour à l'essentiel que l'on a perdu de vue. Cet essentiel, je le vois dans la mission de l'Eglise, à laquelle tous les baptisés sont attelés. Il me semble que beaucoup de difficultés seraient aplanies si nous nous mettions devant cette responsabilité commune, plutôt que d'envisager les choses sous l'angle de la répartition des pouvoirs.

vendredi 11 juin 2010

L'éclatement de la bulle sacerdotale.

Il y a eu la bulle Internet, la bulle immobilière, les bulles islandaise et grecque (qui préfigurent, paraît-il, la bulle des Etats surendettés). A Dijon (Cote d'Or), une autre bulle vient d'éclater : la bulle sacerdotale.

En quelques mois, cinq prêtres en activité se sont retrouvés frappés par de sérieux problèmes de santé ; deux d'entre eux ont moins de cinquante ans. On doit faire appel, pour que la mission soit encore assurée, à des prêtres retirés et parfois eux-mêmes de santé fragile. Quant aux "encore jeunes" - ce qui signifie moins de 75 ans, âge où les curés prennent leur retraite - les charges qui pèsent sur eux ne cessent de croître, car s'il y a moins de monde à la messe le dimanche, il y a toujours autant de choses à faire dans l'Eglise. C'est rassurant dans un sens : ça veut dire, comme disait Georges Suffert, que "le cadavre de Dieu bouge encore". C'est inquiétant pour l'équilibre et la santé de ceux qui restent.

Certes, il y a eu depuis vingt ans d'énormes efforts de faits : réorganisation des territoires, appel à des baptisés pour exercer des missions jusqu'alors dévolues aux prêtres, développement du diaconat. Mais l'Eglise catholique ne peut être une Eglise sans prêtres. Alors, on continue à se bercer d'illusions : "On ne sait jamais, les vocations vont peut-être repartir" ; "Pourquoi ne faites-vous pas appel à des prêtres retirés ?" ; "Il faut inviter des missionnaires africains, il y en a beaucoup". Voilà des phrases que j'entends souvent dans la bouche de bons chrétiens. C'est se bercer d'illusions : les vocations ne vont pas repartir de sitôt (il faut dix ans pour faire un prêtre, on sait donc qui sera là dans dix ans) ; on fait déjà appel au-delà du raisonnable aux prêtres retirés ; quant aux prêtres africains, ils sont 29 000 pour tout le continent, alors que la France en compte 20 000... Et on a besoin d'eux là-bas aussi.

Il y a, malgré tout, une différence de taille entre les clergés français et africain : ici, la moyenne d'âge excède 70 ans ; là-bas, elle est inférieure à cinquante. C'est entre ces deux chiffres que s'est entretenue la bulle sacerdotale : l'illusion que nous allions continuer à vivre sur le même rythme.

jeudi 10 juin 2010

Les no foot.


56% : ils ne sont plus que ça à aimer le foot et à s'intéresser à la coupe du monde. Du coup, je me sens moins seul. Bientôt, une majorité de Français fermera son téléviseur quand il entendra parler du ballon rond.

Le foot, je n'ai jamais trop aimé. Mais là, on atteint les limites du supportable. Le salaire de Thierry Henry : 1,4 millions d'euros. Par mois. Il faut que je travaille 1421 mois, c'est-à-dire 118 ans, pour en gagner autant. Ca représente trois vies professionnelles de smicard. En un mois, il se bouffe trois prolos, le Thierry Henry.

La masse salariale des clubs européens : 7 milliards d'euros. Leur endettement : 6 milliards. Ca veut dire une chose simple : les sommes folles gagnées par les stars du foot viennent d'un pari risqué - on va gagner beaucoup d'argent en investissant dans les équipes qui gagnent. Résultat : aucun club n'étant rentable à cause des salaires mirobolants à verser aux joueurs, ceux qui sont cotés en bourse ont perdu en moyenne 25% de leur valeur en dix ans. Tout ça ne durera évidemment pas autant que les impôts.

Enfin, cerise sur le gâteau : on va construire de nouveaux stades pour accueillir la coupe d'Europe en France. Pendant ce temps, on ferme les petits hôpitaux de campagne et les écoles primaires, et les établissements scolaires crient misère. Là, personne ne s'interroge. C'est pourtant un choix éthique, de privilégier le sport au détriment de la formation et de la culture. C'est aussi, évidemment, un choix politique. On verra s'il aura été payant.

mardi 1 juin 2010

Rita ne fait pas que prier pour nous.

Désormais, Rita n'est plus seulement une sainte que l'on invoque dans des moments difficiles : c'est un organisme, sous les auspices du diocèse de Dijon, qui permettra à ceux qui désirent créer leur emploi au travers d'un projet professionnel de bénéficier d'une offre de micro-crédit sans intérêt.

Retrouvez Rita sur le site Internet dédié :

La démocratie chrétienne : une idée neuve ?




















Alors que vient de se clore à Rome l'assemblée annuelle du Conseil pontifical pour les laïcs, avec un vigoureux appel de Benoît XVI à prendre part à la vie politique, les Sacristains lancent le débat : quid de la démocratie chrétienne, dans notre pays où la désaffection vis-à-vis des partis politiques traditionnels devient criante ?

Rendez-vous sur www.sacristains.fr.

samedi 29 mai 2010

Provocation anti-laïque.


Ces derniers temps, une croix a été apposée sur les grilles de la mairie de Dijon, par les soins des services municipaux semble-t-il.

Aucune protestation n'a encore été enregistrée à ce jour, le climat se ferait-il meilleur pour les chrétiens ?

samedi 22 mai 2010

Petit curé.



Vous l'avez reconnu ?

Un (petit) pas en arrière pour l'humanité.

Quatre flacons, une cellule vidée de son ADN (on n'est pas encore arrivé à la reconstituer complètement, mais ça viendra), et le tour est joué : une équipe de scientifiques américains vient d'annoncer au monde qu'elle avait réussi à créer une cellule vivante artificielle.

Pas d'affolement, il paraît que Craig Venter, inventeur de cette nouvelle technologie, a déjà défrayé la chronique par des effets d'annonce spectaculaires ; et que, finalement, toute la cellule n'a pas été créée artificiellement. Mais tout de même, on peut se poser deux ou trois questions.

La première, la plus immédiate : tout ça, c'est pour de l'argent, encore plus que pour le plaisir de la recherche. Car voilà belle lurette que le brevet a été déposé, qui permettra à M. Venter de percevoir, sa vie durant, les royalties de toute création de cellule vivante à venir (sauf, heureusement, les cellules venues naturellement, mais où est la limite entre nature et technologie ?). L'argent comme moteur de la recherche, voilà un principe éthique un peu court.

La deuxième, à plus long terme : la boîte de Pandore s'ouvre de plus en plus. Craig Venter ne s'y trompe pas, lui qui voit dans sa découverte "une étape importante scientifiquement et philosophiquement". Dans sa bouche, l'expression n'est sans doute destinée qu'à donner une plus-value financière à ses travaux. Elle est en même temps terriblement vraie : les implications technologiques sont infinies (pour le meilleur, certes, mais aussi pour le pire), et les présupposés philosophiques qui la sous-tendent (la nature est quelque chose d'imparfait que nous devons et pouvons réparer pour qu'elle corresponde mieux aux attentes de l'humanité) extrêmement discutables, mais jamais discutés.

Quelques liens pour prolonger la réflexion :
ETC, un organisme américain préoccupé d'éthique.
Vivagora, le même genre mais en français.

jeudi 20 mai 2010

Phobies.

Chaque époque a ses phobies, qui durent ce que dure l'époque. Quand j'étais petit, c'était le spectre de la guerre nucléaire -ah, le vieux prof d'histoire qui ne manquait jamais une occasion de nous annoncer la venue prochaine des chars russes dans la rue de la Liberté ! Aujourd'hui, c'est tout ce qui tourne autour de l'intolérance, avec de temps en temps une journée mondiale pour alerter l'opinion, et d'amicales pressions pour signer des pétitions et inonder la blogosphère, la facebooksphère et la twittosphère.

Dernièrement, j'ai résisté aux pressions : je ne me voyais pas participer à une campagne médiatique initiée par des mouvements dont le fonds de commerce est l'anticléricalisme le plus mesquin. Mais je n'ai pu m'empêcher de me demander : à quand une journée mondiale contre l'anticléricalisme et la cathophobie ? Car j'en ai marre d'entendre des gens ricaner quand je sors de mon église revêtu des modestes insignes de mon état ecclésiastique. Marre, plus encore, d'entendre tant de témoignages de jeunes catholiques qui se plaignent de l'intolérance de leurs petits camarades de cours. Antisémitisme, racisme, homophobie, anticléricalisme et cathophobie, ce sont les mêmes mécanismes qui sont en oeuvre et qui nient à l'autre le droit d'exister tel qu'il est. Mais, comme me le disait une étudiante tout récemment : ça, on n'a pas le droit de le dire. Il y a là plus que de l'intolérance : un manque de respect, inquiétant pour l'avenir de notre vivre ensemble.

mardi 11 mai 2010

Un polar qui tombe à point nommé.

Pas la peine de se payer une agence de pub, le Saint-Esprit fait très bien le boulot quand ça vaut le coup : au moment où des journalistes de France 2, en prenant quelques libertés avec l'éthique professionnelle, infiltrent une école liée à la communauté traditionaliste bordelaise du Bon Pasteur, le père Francis Ayliès, curé d'une paroisse populaire de la même ville, sort chez JC Lattès Le corps du crime, roman policier qui met en scène la rivalité entre catholiques intégristes et partisans de l'"Eglise de Vatican II".

Rien à dire encore sur le roman, que je n'ai pas lu... Mais un confrère qui publie, ça vaut bien un petit coup de pub. Une interview dans Sud-Ouest, le quotidien aquitain, ne donne pas l'impression que le P. Ayliès regarde d'un très bon oeil ce qui se passe à Saint-Eloi et aux alentours. Il faut dire que le clergé de Gironde n'a pas été tendre, ces temps-ci, pour les prêtres du Bon Pasteur. A Bordeaux sur France 2, à Dijon dans La Gazette : les écoles traditionalistes seraient-elles dans le collimateur des médias ? De mon côté, je persiste : c'est bien beau de dire que les tradis ne sont pas gentils, mais qui se donne vraiment la peine de se demander pourquoi on en voit tant ?

samedi 8 mai 2010

Quelle menace, au juste ?

La semaine dernière, une vingtaine de jeunes de collège se retrouvaient à la paroisse pour préparer leur profession de foi. Qui dit "profession de foi" dit évidemment affirmation de convictions religieuses. Et là, la discussion s'enflamme : de l'avis de tous ceux qui sont présents, il est interdit d'aborder cette question dans l'enceinte de l'établissement. Le principal obstacle, c'est bien sûr l'attitude des copains qui se moquent. Mais il en est un autre : celle des enseignants, qui exigent que disparaisse absolument tout signe d'appartenance religieuse, aussi discret soit-il. On demande donc aux élèves de dissimuler médailles de baptême et petites croix portées en souvenir de la grand-mère qui les a offertes ; inutile de préciser que cela n'est pas exigé pour les signes du zodiaque de plus en plus souvent arborés par les innombrables convaincus des horoscopes. Par contre, il est utile de rappeler que ces exigences sont contraires à la loi et à sa circulaire d'application, qui autorisent absolument les signes religieux discrets.

A l'intolérance des jeunes fait donc pendant celle des adultes, qui préparent ainsi l'intolérance de la société de demain. Quoi de plus naturel, en effet, que de faire de l'école l'atelier dans lequel se prépare l'avenir de notre vivre ensemble ? Un jeune père de famille, baptisé il y a trois ans, me confiait son inquiétude pour sa petite fille, pas encore scolarisée : "Je ne veux pas qu'elle ait honte, plus tard, d'être baptisée". C'est pourtant la situation dans laquelle se trouvent, hélas, bien des jeunes scolarisés aujourd'hui dans l'enseignement public.

Ce qu'en pense l'association des maires de France.