vendredi 29 décembre 2006

Inégalité devant l'enfance.

Tous les enfants ne sont pas égaux.

Louise, huit ans, est ma nièce et filleule. Sa meilleure amie s'appelle Yasmine.

Le papa de Yasmine est chanteur, et sa maman est princesse. Elle a un grand frère, et aussi un chat qui s'appelle Penny. Elle préfère son chat, car son grand frère, elle ne le voit presque jamais.
Enfants de pauvres, enfants pauvres.

Pourquoi faut-il des enquêtes qui ont coûté la peau des fesses pour découvrir ce que tout le monde peut savoir en se penchant par la fenêtre de chez lui ? Il y a en France 16 000 enfants qui sont sans domicile fixe ; 15% des enfants de familles monoparentales et 25% des mineurs dont les parents sont étrangers (hors UE) sont pauvres. "Les difficultés d'emploi des parents constituent le premier facteur de risque de pauvreté", énonce doctement ce rapport du CERC daté de 2004.

Comme je préfère les petites histoires aux rapports anonymes, en voici une : Marwan a vingt ans, il est au lycée, son papa est au chômage et sa maman, après avoir fait des ménages, est tombée malade et ne peut plus travailler. Depuis quelques années, les agios de son découvert bancaire (au départ, même pas 100 euros), un impayé de 200 euros à la FNAC (ah, les avantages de la carte FNAC), et une facture téléphonique explosive font de lui un jeune homme endetté de trois mille euros. Inutile de dire que chaque jour qui passe alourdit sa dette.

Comment peut-il faire pour s'en sortir ? m'a-t-il demandé. Creusez-vous un peu la tête, amis lecteurs ; et sachez que tout est possible, hélas.

PS : ce n'est certainement pas une solution. Mais tout de même : 3000 euros, ça fait 30 personnes qui donnent 100 euros.

jeudi 28 décembre 2006

Projet de mariage.

Ils ont décidé de se marier, après pas mal d'années de vie commune, la naissance de deux enfants, et l'achat d'une maison. Et, comme nous sommes de vieux copains (aumônerie, rencontres européennes de Taizé, pélerinage à Lourdes...), ils me demandent de célébrer ce mariage. Car ça se passera à l'église.

A l'église ? La décision, pour eux, n'était pas évidente. Les années de caté et d'aumônerie n'ont pas fait d'eux des catholiques pratiquants et convaincus... La remise en cause est même assez radicale. Pourtant, cette rencontre avec Dieu a laissé des traces qui ne s'effacent pas. Elle a contribué à faire d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui. Ils sont semblables à ceux dont parle l'Evangile, qui se sont laissé toucher par une rencontre avec le Christ, et dont la vie en est marquée pour toujours.

Mais à vrai dire, c'est le mariage tout court qui n'était pas évident. Tant il est vrai que la vie d'aujourd'hui, sous des dehors pleins de spontanéité et de liberté, a perdu de la simplicité d'autrefois. Ce n'est pas parce qu'on s'aime qu'on va se marier. Ce n'est pas parce qu'on est baptisé qu'on va se marier à l'église. Tout cela est affaire de choix délibéré, la décision n'est prise qu'après mûre réflexion, consultation, débat familial.

Dans un tel contexte, notre Eglise, avec son amour de la tradition, son respect des formes, le légalisme de sa hiérarchie, perd de son rôle traditionnel (pour ne pas dire de sa crédibilité). Elle est forcée de se laisser interroger par l'Evangile, qui nous montre un Jésus peu soucieux du nombre et de l'efficacité. Elle devient un signe, le lieu dans lequel hommes et femmes rencontrent Dieu et sont invités à se mettre à la suite de Jésus. Cette transformation la force à se remettre en cause, à s'ajuster face à une telle obligation : est-elle bien le lieu de cette rencontre ? L'invitation y est-elle audible ? Le Christ y est-il visible ?

Pas encore vu mais ça ne saurait tarder.

Même si je n'ai pas encore eu le temps d'y aller, je vous y encourage : Le grand appartement, film de Pascal Thomas dont Thomas Roussel est co-compositeur, ça ne peut être que bien... Profitez-en pour faire un tour sur le blog de Thomas, et goûter un peu de ses dernières compositions.
Absurde.

Encore jeunes mariés, ils viennent à peine de donner le jour à un petit garçon. Et voilà qu'ils sont confrontés, l'un et l'autre, en même temps, à l'épreuve de la maladie : cancer pour l'un, maladie rare pour l'autre. La vie est bizarre... A nouveau, je pense à ce que m'avait dit cette dame, dans la sacristie, le jour où je célébrais les obsèques de mon frère : "Il y a des fois, on se demande où le bon Dieu a la tête".

Dans cette épreuve, ils se découvrent plus forts qu'ils ne le pensaient. Sans doute aussi qu'ils ont beaucoup d'amis, et c'est quelque chose de précieux. Ils prennent la mesure de la force qu'apporte la foi.

Impossible en tout cas de trouver les mots justes. Quelques paroles de la Bible me reviennent en mémoire : Dieu ne permettant pas que Job soit tenté au-dessus de ses forces ; toujours chez Job, l'impossibilité de comprendre, qui force à consentir à l'absurde.

Oui, c'est absurde. Cet absurde empêche-t-il de rechercher un sens à ce qui se passe ? Si rechercher du sens signifie essayer de comprendre, alors inutile d'aller plus loin, c'est impossible. Si cela signifie : regarder en soi et autour de soi, découvrir ce que l'épreuve traversée change en positif, alors je crois qu'on peut trouver du sens.
Rencontres.

Pendant les congés de Noël, les ex-dijonnais rappliquent ; c'est l'occasion de retrouver ceux qu'on a connus à l'aumônerie, à l'occasion d'une préparation au mariage ou d'un baptême. Occasion aussi de vérifier la justesse de ce que dit l'Evangile : la foi, plus que jamais, est l'histoire d'hommes et de femmes qui ont croisé Jésus un jour sur leur chemin, et qui se sont laissé toucher par lui d'une manière ou d'une autre. Ce qu'ils font de cette rencontre n'appartient ensuite qu'à eux. Jamais Jésus ne se demande ce que sont devenus l'aveugle, le paralytique, les rois mages ou la femme hémoroïsse. Tout au plus se réjouit-il de ce qu'un des lépreux vient le remercier pour sa guérison.

Mieux vaut donc ne pas être trop préoccupé d'efficacité si on ne veut pas sombrer dans le découragement... Mais plutôt se réjouir de ces retrouvailles et prendre le temps de contempler le travail de l'Esprit dans ces vies si différentes.
Noël est passé...

...et n'a pas encore laissé de traces dans mon blog. Dieu sait, pourtant, qu'il est difficile de passer à côté : ville illuminée depuis la fin novembre, vitrines en fête, débauche de victuailles dans les magasins, comme chaque année on a mis le paquet. Bien entendu, inutile de chercher où que ce soit des voeux de "Joyeux Noël" : la municipalité nous souhaite "Bonnes fêtes", tout simplement, sur la façade illuminée de la mairie. Occasion de se rappeler que c'est également Hanoukkah et que le 31 on fêtera l'Aïd. Mais ce n'est sans doute pas la raison pour laquelle les voeux d'autrefois se sont laïcisés.

Bilan des célébrations : beaucoup de monde à Varois pour la messe des familles (il a fallu emprunter la salle municipale, l'église étant trop petite) ; affluence plus modérée à Sainte-Bernadette pour la messe de minuit, les gens ont sans doute eu peur de recevoir des bombes ; le lendemain jour de Noël, foules dans les petites églises, grand vide glacé à Sainte-Bernadette.

dimanche 24 décembre 2006

Attentes.

Aujourd'hui n'est pas seulement la veille de Noël : c'est le quatrième dimanche de l'Avent. L'Evangile nous y raconte l'histoire de la rencontre de Marie et d'Elisabeth, chacune attendant la naissance de leur enfant : Marie, dont l'enfant est quasiment sans père ; Elisabeth, dont on nous dit que c'est "dans sa vieillesse" qu'elle a conçu un fils. L'Evangile nous apprend que ces deux naissances n'ont pas été sans difficultés.

Devant l'histoire de ces deux femmes, je pense à toutes celles à qui semblable aventure est arrivée. Grossesse tardive pour Elisabeth ; grossesse non désirée pour Marie. Je ne peux m'empêcher d'évoquer les pressions que subissent alors celles qui se trouvent dans ces situations. L'enfant sera-t-il normal ? Ne vaut-il pas mieux qu'il grandisse dans une famille où il aurait été attendu et désiré ? La responsabilité du médecin n'est-elle pas de prévenir tous les risques qu'on encourt en donnant naissance à un enfant après quarante ans ?

L'Evangile vient à point pour nous rappeler que la "Sainte Famille" n'a pas été, plus que les nôtres, préservée des risques qu'on court toujours lorsqu'on décide d'accueillir un enfant. "Sainte", ici comme ailleurs, ne veut pas dire "parfaite", ni "idéale".

samedi 23 décembre 2006


A propos du roi David et de Salomon.

A la demande d'un fidèle lecteur, voici une référence permettant de mieux comprendre ce qu'on sait aujourd'hui des "rois" David et Salomon :
Données archéologiques sur le règne de David...", article de Wikipedia.

A ce propos, qui lancera un WikiThéo ?
La bonne mort.

Polémique sur l'euthanasie en Italie. A nouveau, l'Eglise y est présentée comme la puissance obscurantiste qui empêche toute évolution. Je voudrais simplement rappeler ici ces phrases de Pie XII, qui conservent toute leur actualité : à des médecins lui demandant s'il était légitime d'administrer des analgésiques à un malade qui souffre, au risque de le plonger dans l'inconscience et d'abréger sa vie, le pape répondait : « S’il n’existe pas d’autres moyens et si, dans les circonstances données, cela n’empêche pas l’accomplissement d’autres devoirs religieux et moraux : oui ». Affirmation reprise à son compte par Jean-Paul II en 1980...

Il paraît que des chrétiens ignorent ce texte : certains protestent parce que des soins intensifs, apportés sans aucun espoir de guérison ni de retour à une vie normale, ont été interrompus sur un malade qui en avait fait la demande...
Trente ans de retard (au moins)

Pour une fois, ce n'est pas l'Eglise qu'on peut accuser d'être en retard : il y a de cela plus de vingt ans, mes professeurs d'exégèse (à Dijon, puis à Rome) m'apprenaient que le Roi David n'était sans doute qu'un modeste potentat établi sur les rives de la Méditerranée... Et beaucoup d'autres choses, que découvriront les lecteurs du Monde II cette semaine. Comment se fait-il que, régulièrement, des médias présentent comme des conquêtes de la science sur une religion obscurantiste ce qui est en réalité déjà enseigné depuis longtemps dans les séminaires et facultés de théologie ?

Peut-être cet agacement est-il partagé par tout specialiste lorsque sa discipline commence à être vulgarisée ?

vendredi 22 décembre 2006

Dur d'être soi-même.

C'était le sujet d'une discussion hier dans un groupe dont je fais partie : l'Eglise prend son parti de la déchristianisation. Ne gagnerait-elle pas à être davantage combative, à espérer davantage ? Qui dit que demain les chrétiens seront vraiment peu nombreux ?

Evidemment, personne ne sait de quoi demain sera fait. Mais ce qui est sûr, c'est que les "sans-religion" ne peuvent qu'être de plus en plus nombreux, et que le rapport au religieux, et le religieux lui-même, ne peut que se transformer. Ce serait un peu long à développer sur ce blog, car il faut conserver aux billets qui le composent leur concision. Si vous voulez aller plus loin, allez faire un tour sur le chapitre de mon cours qui traite de ce sujet ; je ne prétends pas y apporter toutes les réponses... Mais si vous avez des idées pour que nous avancions ensemble dans la réflexion, elles sont les bienvenues.

Il n'y a pas de désespoir, ni de pessimisme : juste la prise en compte réaliste d'une transformation inéluctable de ce qu'est le religieux dans notre monde. Et la nécessité, inéluctable elle aussi, d'anticiper le plus possible sur cette transformation.

Plus ça va, plus je le pense, allez : La fatigue d'être soi, d'Alain Ehrenberg, est un maître livre qui permet de comprendre bien des choses sur le monde d'aujourd'hui et celui de demain. Il traite des conséquences de l'accession du sujet à son autonomie, et des difficultés qui en résultent pour l'homme d'aujourd'hui :
" L’homme souverain, semblable à lui-même, dont Nietzsche annonçait la venue, est en passe de devenir une réalité de masse : il n’y a rien au-dessus de lui qui puisse lui indiquer qui il doit être, car il se prétend le seul propriétaire de lui-même. Pluralisme moral et non-conformité à une forme unique, liberté de se construire ses propres règles au lieu de se les voir imposer : le développement de soi devient collectivement une affaire personnelle que la société doit favoriser".
Il est difficile, fatiguant, d'être soi-même. Mais c'est en même temps l'idéal indépassable d'aujourd'hui et sans aucun doute celui de demain. Dans un tel monde, notre Eglise catholique, avec sa hiérarchie, ses dogmes, son universalisme, son souci de la tradition, ne pèse pas lourd.
Sur le vif.

Hier soir, courses de dernière minute au Shopi pour acheter du papier-cadeaux. Eh bien sûr, il y a la queue à la caisse, et les gens arrivent de tout le magasin donc pas moyen de savoir qui est devant qui. Bien sûr aussi, pas de deuxième caissière pour soulager celle qui est là et qui s'embrouille dans ses comptes. Bien sûr enfin, à deux places dans la queue devant moi, une dame aux traits couperosés n'a pas de quoi payer sa bouteille de rouge. Il lui manque vingt centimes. "J'étais pourtant sûre d'avoir retiré de l'argent avant de venir... Qu'est-ce que j'en ai fait?" Tu parles... Et voilà, tout le monde attend, et moi je commence à m'énerver.

Alors, le monsieur maghrébin qui est entre nous deux lui donne les vingt centimes qui lui manquent. La dame se répand en excuses, commence par refuser, accepte car l'homme insiste, ne sait pas comment remercier, paye, et finalement retrouve les deux billets de dix au fond de son sac - donc, nouvelle manoeuvre de la caissière qui recommence tout à zéro, etc.

C'était tout simple, finalement : il suffisait de la dépanner de vingt centimes. La queue a retrouvé le sourire. La dame a payé sa bouteille de rouge. Et le monsieur s'est fait une amie : je les retrouve à la sortie du magasin en grande conversation, puis s'éloignant bras dessus, bras dessous, sans doute dans l'intention de vider ensemble la bouteille si heureusement acquise, avant de mieux faire connaissance.

mercredi 20 décembre 2006

Un peu de poésie dans ce monde de brutes.

Histoire de se donner envie de sortir voir du beau : Le Labyrinthe de Pan, un chef-d'oeuvre de Guillermo del Toro ; c'est l'histoire d'une petite fille qui est en réalité une princesse et essaye de rejoindre le monde d'où elle vient. Mais ce n'est pas facile. Il y a des fées, un faune, des personnages qui ne sont pas humains, et malheureusement aussi des humains, ce sont vraiment eux les pires.

Rien que le site du film vaut le coup !

mardi 19 décembre 2006

Violence, sport, religions, institutions.

Cette fois-ci, c'est le tout neuf CNFPT (sigle sous lequel se dissimule le Centre national de la Formation Territoriale) qui a été la cible de la violence ; mêmes armes, même lâcheté (on vise des locaux que l'on suppose non gardés, on attend que la nuit tombe pour passer à l'acte, on laisse sur place, et par peur, des engins inutilisés), sans doute les mêmes auteurs ?

En tout cas cet événement, qui n'a rien de réjouissant en soi, constitue une très relativement bonne nouvelle : on en veut à tout ce qui dans le quartier peut représenter une institution, et pas spécialement à l'Eglise. C'est une bonne nouvelle car je suis un peu affolé par les réactions racistes, et parfois anti-religieuses, provoquées par l'agression de la paroisse. Tant de gens sont persuadés que nous sommes victimes de la supposée volonté de puissance de nos amis musulmans. Sans doute pour éviter d'être soupçonnés de racisme, quelques-uns font porter le chapeau aux religions dans leur ensemble, censées être des vecteurs de violence et de bêtise. Comment leur dire que plus on dira que les religions sont violentes et inutiles, plus on déchaînera la violence contre leurs adeptes ?

Je ne peux m'empêcher de mettre cela en rapport avec cet article du Monde d'hier, dénonçant la violence qui règne dans les milieux du foot amateur. Il paraît que le foot est "la première occasion de bagarres", et qu'avec les discothèques il est le lieu dans lequel il y a le plus de violence. Qui oserait pourtant prétendre que le sport est violent ?

samedi 16 décembre 2006

Réactions.

Il y a eu vraiment tout plein de messages de sympathie adressés à la paroisse après ce qui s'est passé mercredi soir. Cela fait vraiment plaisir : la réaction des policiers, de la Préfecture qui s'inquiète, des amis, de l'Eglise Réformée, de prêtres et de communautés chrétiennes, de gens loin de l'Eglise, de commerçants du quartier...

Le blog du Bien Public offre un pannel de ces réactions, souvent anonymes. Quelques-unes me paraissent particulièrement emblématiques.

Il y a d'abord ceux qui exploitent l'événement pour tirer la couverture à eux, et dénoncent la municipalité, l'Etat, telle ou telle communauté religieuse... Pas de commentaire, sauf un : ne tombons pas dans le panneau...

Il y a ceux qui essayent de minimiser la chose : ce n'est pas une église, quand même. Certes ; mais ce n'en est pas moins grave.

Il y a ceux qui se demandent si l'indignation est à la mesure de l'événement, et prennent la comparaison avec un acte équivalent dans une mosquée ou une synagogue. Heureusement, à Dijon, je ne crois pas qu'une comparaison puisse se faire avec un événement récent. Sauf peut-être, l'an dernier, la violation de sépultures recouvertes de symboles nazis dans le cimetière de Genlis ; une manifestation avait alors été organisée par divers mouvements, dénonçant entre autres l'antisémitisme et le racisme, ce qui était étrange car les tombes profanées n'étaient ni juives, ni étrangères. Je n'ai pas entendu d'appel à manifester ; quelque part c'est bien, car il faut éviter la surenchère. Mais, c'est vrai, il n'y a pas eu de réactions des groupes qui se mobilisent d'habitude pour des actes de cette nature.

Il y a enfin ceux qui désignent les coupables : ce sont "les musulmans", ou "les maghrébins", ou "les jeunes". Ca, c'est terrible. C'est exactement faire le jeu de ceux qui ont agi ainsi : ils cherchent, pour des raisons que j'ignore, à faire monter la tension entre les personnes et les communautés.

vendredi 15 décembre 2006

Lendemains de cocktails.

Drôle d'impression en entrant chez le marchand de journaux ce matin : en première page, disputant la vedette au passage de Ségolène Royal, le Bien Public (journal local) annonce le mini-bombardement du presbytère.

Dès hier, vu qu'on est passés aux radios et à la télé, ça a été du harcèlement : toute la journée, les journalistes au téléphone... C'est dur de répondre, en pesant ses mots, car il faut dire à la fois l'importance de la chose et faire attention de ne pas en rajouter de peur de mettre de l'huile sur le feu. Et comme il a fallu porter plainte, s'occuper de faire remplacer les vitres, et tout plein d'autres choses, la journée est vite passée.

Plein de messages de sympathie aussi. Merci à tous : heureusement, personne n'est mort, même si symboliquement la portée du geste est considérable.

La question que se pose tout le monde évidemment : QUI ????

Pas de réponse. Toutes les hypothèses sont hélas autorisées. Personnellement, je dis : il faut chercher à qui profite le crime (puisque crime il y a). Et là, les options se resserrent : car qui, entre nous, a intérêt à ce que s'installent la peur et le sentiment d'insécurité ? Sinon ceux qui tirent parti d'un désordre qui favorise les trafics en tous genres. Et ceux qui en font leur fonds de commerce électoral. Ce n'est pas pour rien que les bâtiments publics sont la cible de ces agressions.

jeudi 14 décembre 2006

Une Parole qui tombe juste.

Il y a des fois où la Parole de Dieu tombe bien. L'évangile de la messe ce matin : "Le Royaume de Dieu est en proie à la violence, et des violents cherchent à s'en emparer", dit Jésus. J'ignore de quelle violence il voulait parler... Mais c'est un fait que des gens cherchent à faire de ce Royaume un lieu de violence, et de cette Parole une parole de violence.

mercredi 13 décembre 2006

Cocktails.

Bon, après quelques jours de tranquillité la violence reprend. Mais cette fois c'est l'église qui en est la cible : ce soir, deux cocktails Molotov ont été lancés contre le presbytère, ils sont passés à travers une vitre du couloir et ont commencé à mettre le feu... Rien de grave, seulement des dégâts matériels, jusqu'au jour où ?

C'est mon premier cocktail Molotov. Je peux vous dire que ça fait un sacré bruit. Surtout quand on ne s'y attend pas.

Question : que faut-il faire ? Alerter les médias ? Protester ? Ne rien faire pour ne pas attiser les tensions ? Si vous avez un avis, donnez-le svp !

mardi 12 décembre 2006

Sortie de messe post-téléthon.

Une mise au point sur le Téléthon pendant la messe m'a valu encouragements et questions à la sortie. Une chose est de donner de grands principes, autre chose est de se trouver confronté soi-même à des situations difficiles... soit professionnellement (infirmiers, médecins), soit familialement (à travers les enfants, petits-enfants, frères et soeurs). Comment faire en sorte que les principes aident à faire des choix au quotidien ?

En attendant, la mise au point s'est révélée profitable : un stand de vente au profit du Téléthon a remporté un grand succès...

samedi 9 décembre 2006

Gâchis.

Sur France-Info il y a quelques minutes : "Comment se fait-il qu'il y ait cette polémique autour du Téléthon ?" J'ai une réponse, elle vaut ce qu'elle vaut : le jeu des médias... Après tout ce sont eux qui l'ont créée, la polémique, non ? J'ai beau les aimer, jeudi soir j'ai été témoin, puis victime du harcèlement des journalistes qui ont voulu tout l'après-midi avoir la position de l'Eglise diocésaine de Dijon... Alors qu'il n'y avait rien de plus à dire, puisque évêques et chrétiens de tous bords avaient déjà tout dit et le contraire de tout. On leur a quand même fait savoir que le Téléthon c'était très bien et qu'il fallait donner.

Bon, ceci dit, je persiste et signe : on a quand même le droit de se poser deux questions, même si le moment est mal choisi :
  • Première question : où va l'argent ? Et plus précisément : à quel genre de recherches ? Ces choix sont-ils justifiés ? Merci au Monde d'hier soir d'aborder enfin le sujet de manière exhaustive, en faisant état des doutes qui pèsent sur l'efficacité réelle des traitements à base de cellules-souches embryonnaires - et même en abordant la question du salaire des dirigeants.
  • Deuxième question : pourquoi limiter la recherche aux cellules-souches embryonnaires, alors que d'autres cellules sont semble-t-il aussi prometteuses, sinon plus ? J'ai été affligé par la pauvreté du débat sur France-Info tout-à-l'heure. Comment permettre aux gens de se faire une opinion convenable en simplifiant ainsi les choses ? Les questions posées par la cellule éthique de Toulon portait aussi sur la pratique du tri embryonnaire. On ne peut pas faire croire qu'on soigne une maladie alors qu'en réalité on empêche la naissance de ceux qui en seront -peut-être - victimes...
Allez, une dernière remarque : quel média - à part La Croix - a repris la déclaration de soutien au Téléthon du président de la Conférence des évêques de France ? Qui a vraiment dit que la polémique avait eu comme point de départ la déclaration d'un petit groupe de recherche du diocèse de Toulon, animé par un homme qui a été il y a deux ans sur une liste royaliste aux élections européennes ? Ca aussi, ça fait partie du débat.

vendredi 8 décembre 2006

Tri.

En 2004 (pas de chiffres pour 2005), 34 enfants sont nés après un diagnostic pré-implantatoire. Le professeur Israël Nisand estime qu'il ne faut pas parler à cet égard d'eugénisme et réserver cette expression à la médecine nazie.

Comment alors appeler de telles pratiques, qui consistent à sélectionner parmi un certain nombre d'embryons créés in vitro un ou deux qui sont indemnes de maladies graves ? D'atant plus que ce diagnostic a été étendu à des embryons ayant une prédisposition à certains cancers. On ne voit pas ce qui pourra empêcher dans l'avenir les médecins d'accéder à des demandes de convenance.

mercredi 6 décembre 2006

La mort, et après.

Ces deux jours ont eu lieu à Paris la rencontre annuelle de mon petit club de responsables pastoraux de grandes villes. On s'y retrouve entre amis : il y en a que j'ai connus au séminaire, puis à l'aumônerie étudiante, puis à la formation, et maintenant ils sont là. Chaque année, quelques-uns sont happés par l'épiscopat (le dernier en date étant Jean-Yves Nahmias, évêque auxiliaire de Paris, ça fait partie des choses qui donnent confiance dans l'Eglise).

Notre principal dossier portait sur la mort et la manière dont les rites funéraires se transforment en ce moment dans le milieu urbain. Il est loin, le temps où on mourait chez soi, avant de passer par l'église et de finir au cimetière. Les parcours funéraires partent de l'hôpital, vont vers les dépositoires, et se terminent au crématorium, avec pas mal de variantes, le détour par l'église étant désormais bien souvent un détail onéreux et encombrant. Beaucoup de questions se posent, du coup. Que devient la symbolique chrétienne de l'inhumation ? Quelle catéchèse sur la résurrection reste possible ? Les nouveaux parcours funéraires ne font-ils pas bon marché du temps indispensable au travail de deuil ? Est-il normal que des sociétés de Pompes funèbres aient la maîtrise de l'ordonnancement de cérémonies religieuses ? etc, etc.

Pour les amateurs et les gens curieux de savoir comment ça se passe aux USA : allez jeter un oeil sur Six feet under, la série US complètement déjantée qui se passe dans une entreprise familiale de Pompes funèbres.

dimanche 3 décembre 2006

Difficiles fidélités.

Enorme, sinon principale, difficulté rencontrée dans l'animation de groupes de jeunes (disons ados, mais cela va sans doute plus loin) : les engagements sont éphémères. Un rendez-vous pris ne l'est jamais vraiment : autre chose peut se présenter au dernier moment, pas forcément plus important mais présenté de manière plus pressante. Il faut re-confirmer, rappeler, et quelques minutes avant envoyer un sms sans lequel rien n'est jamais sûr.

Telle est la mésaventure advenue, la semaine dernière, aux animatrices du groupe de confirmands - pourtant pas bien vieilles : elles avaient prévu une réunion, à laquelle elles avaient invité quelqu'un pour parler des aumôneries de prison, et mon confrère de la paroisse voisine. Sur douze jeunes, deux seulement se sont présentés, presque aucun n'avait prévenu d'une absence.

La vie adolescente est fragmentée par une incroyable quantité de sollicitations, entre lesquelles un jeune est sommé de choisir alors qu'il n'en a pas forcément la possibilité (car poser des choix demande une maturité et une liberté qui ne s'acquiert qu'avec l'expérience). Les parents n'aident pas toujours à cela, lorsque, au lieu d'encourager à rester fidèle à un engagement pris, ils le remettent en cause : "Tu es bien sûr que tu veux aller à l'aumônerie ?", "Tu es certaine de vouloir préparer ta confirmation ?" De telles questions, certes, se comprennent dans le contexte actuel : rien ne va de soi, tout doit être objet de construction et de reconstruction. Mais ne faut-il pas agir de manière différente lorsqu'une personnalité est précisément en construction ?
Nouveau voisinage.

Au presbytère, nous avons maintenant deux voisines: Emilie et Barbara sont étudiantes, et elles louent l'ancien appartement du curé qui est devenu lieu de vie communataire pour des jeunes en question sur leur vie. Le diocèse appelle ça Vocapass.

Hier soir, Pierre et moi sommes allés dîner chez elles. Entre autres choses, nous y avons parlé informatique. Apparemment ça ne les passionne pas : Barbara n'a pas d'ordinateur, et Emilie s'en passerait volontiers.

Sont-elles en retard, ou en avance sur leur temps ? Je me rends compte que c'est la première fois que je me pose la question. L'informatique est tellement devenu un prolongement de mon système nerveux que je n'arrive pas à imaginer ma vie sans ; les comportements nouveaux qu'elle génère sont-elles des mutations définitives ou de simples phénomènes de mode ? L'éphémère des relations qui accompagne l'explosion d'Internet, du portable, des sms, est-il appelé à durer ?

samedi 2 décembre 2006


Prière(s).

Le geste de Benoît XVI, dans la mosquée bleue d'Istanbul, a marqué les esprits. Prière ? recueillement ? Il fallait avoir de bons yeux pour le dire... Un petit geste qui redonne envie d'entrer en dialogue, et que l'on espère un geste de réconciliation.

Un rabbin m'a confié un jour combien la question de la diffusion universelle du christianisme, par rapport à un judaïsme aussi confidentiel, l'avait taraudé. Jusqu'au jour où il s'était dit que, peut-être, le christianisme était le moyen que Dieu avait trouvé pour diffuser son message aux extrémités de la terre, sans renier la promesse faite à son peuple.

Et si - attention : c'est une hypothèse - l'Islam était, de la même manière, un moyen que Dieu avait trouvé pour parler de son Fils à des gens qui auraient refusé de l'entendre autrement ? C'est frappant de voir ce que dit le Coran sur Jésus, sur Marie. Frappant également, comme me le disait un jour le Père Claverie, de voir que les Musulmans ne vont pas jusqu'au bout de ce que leur dit leur Ecriture à ce sujet.

Pour aller plus loin : quelques pages de la revue Questions actuelles.

vendredi 1 décembre 2006


Une société juste.

Qu'est-ce qu'une société juste ? Telle est la question posée lors des Semaines sociales de France, qui ont cette année réuni 4000 participants. Quelques amis y étaient et m'en ont fait ce matin un compte-rendu enthousiaste. L'intervention de Dominique Voynet a été paraît-il la mieux ressentie des quatre "politiques" (les trois autres étant Michel Sapin, François Bayrou et l'inévitable Nicolas Sarkosy).

Voilà pas mal de décennies que les Semaines sociales, une invention jésuite, constituent une formidable force de propositions. Cette année, ils ont fait le bilan de ce qui, depuis vingt ans, avait été retenu de leurs idées : le nombre de textes législatifs et réglementaires inspirés par leurs réflexions est impressionnant.

Pour lire les Douze propositions pour une société plus juste, rendez-vous sur le site web de la dernière session ; les propositions seront envoyées aux candidats de l'élection présidentielle pour qu'ils y réagissent, et leurs réactions seront publiées au fur et à mesure. Tout le monde est d'ailleurs invité à participer au travail commun.