vendredi 4 mai 2007

Les catholiques ont-ils des voix ?

(Edito de la lettre "Eglise et société" du 4 mai)

Tout le monde a souligné, depuis le début de la campagne électorale, les références religieuses des trois principaux candidats aux élections présidentielles (pour ne parler que d'eux) : Nicolas Sarkozy se déclarant "catholique croyant", Ségolène Royal dont le discours moral sur l' "ordre juste" est indiscutablement influencé par l'enseignement social de l'Eglise, et François Bayrou qui revendique ses racines démocrates-chrétiennes.

Faut-il voir là le signe d'une importance nouvelle accordée par les hommes et les femmes politiques à un hypothétique "vote catholique" ? D'une prise en compte plus directe et plus franche de la variable religieuse dans les choix politiques des Français, jusqu'à présent officiellement niée (mais en réalité très considérée) au nom de la laïcité ?

Les critères de discernement proposés par les évêques de France ne permettent pas, en tout état de cause, de choisir entre les deux candidats du second tour : l'un apparaissant plus ouvert à la vision chrétienne de la famille, l'autre plus accueillante aux étrangers. Il existe peut-être un "vote catholique", ce qui est discutable, mais aucune consigne de vote n'est donnée pour tel ou tel candidat.

2 commentaires:

Emmanuelle a dit…

Juste un petit bonsoir Monsieur le curé. Je découvre votre blog que je trouve très intéressant et qui me donne de l'espoir en l'Eglise: professeur dans le privé catholique, je suis trop souvent confrontée au "nous avons la seule vérité, nous savons, il faut être un imbécile pour ne pas croire" etc (et je vous assure que je l'ai entendu de mes propres oreilles) de la part des prêtres et laïcs qui assurent la cathéchèse dans mon établissement.Avec les ravages et le rejet que cela provoque chez nos élèves à partir du moment où ils ont un tant soit peu d'esprit critique... Et ma paroisse est si tristounette...
Vos propos me redonnent confiance: la foi, ce sont avant tout des questions, et pas des réponses clé en main.
Merci!

Pierre Ntiama a dit…

Si il est incotestable que François Bayrou est un démocrate chrétien, et même un croyant pratiquant, je ne pense pas que les deux autres soient d'aubédience chrétienne. N. Sarkozy propose clairement une morale humaniste sans référence à une quelconque révélation divine, une sorte de religiosité qui rejoint des spiritualités typiquement laïques, non religieuse, purement immanentes. Ce qui qui rejoint par ailleurs toute son idéologie politique centrée sur LE TRAVAIL. Ce dernier est pour lui la liberté, le travail c'est la citoyenneté, le travail c'est la croissance, etc... Une telle philosophie, qui a montré ses grandes limites il y a quelques siècles et dont les affres se sont prolongés jusqu'à nous, me paraît très dangereuse. Le travail n'a aucune valeur en lui-même, il n'a son sens que lorsqu'il est travail-avec-autrui; autrement on vivrait pour travailler...
Quant à Ségolène, il est vrai que sa doctrine sociale est très proche de l'enseignement social de l'Eglise, et on ne peut que s'en réjouir. D'ailleurs, elle n'arrête pas de parler de l'ordre juste, thème très cher à Benoît XVI. Je crains malheureusement que cela ne soit qu'un concordisme, du fait que l'Eglise propose en effet une morale universelle en laquelle tout homme de bon sens(sans néceraiment être chrétien) peut se reconnaître. Je ne pense pas que Ségolène ait lu un seul document de l'Eglise à ce sujet...