mercredi 28 mai 2008

Espérance (suite)

Nombreuses réactions suites au billet sur l'espérance posté ce 15 mai.

Pourquoi les jeunes Français paraissent-ils aussi désespérés, en comparaison des autres pays et bien qu'ils fassent partie des rares populations extrêmement favorisées de la planète ?

Je me risque à une explication : c'est que notre pays est touché, plus que d'autres, par le désenchantement du monde annoncé au siècle dernier par Max Weber. Il est le premier en Europe, et le seul à persister dans cette voie, à avoir donné à la modernité - rupture avec le passé, critique radicale de la religion - une expression politique, qui persiste aujourd'hui sous la forme particulière de laïcité que nous connaissons ; et qui se manifeste par une volonté, affirmée publiquement dans de nombreux milieux et parfois même utilisée comme un argument politique, de réduire la vie religieuse à l'espace purement privé. Cette volonté pouvait se comprendre lors de la première affirmation de la modernité, où il s'agissait de sortir d'un religieux omniprésent. Elle ne saurait se justifier aujourd'hui, car nous sommes plongés dans une seconde modernité, qui critique les institutions créées en remplacement du monde précédent : école, famille, Etat... La religion que critiquent les intégristes de la laïcité est morte.

En cette seconde étape des temps modernes, à chacun de se construire son propre système de valeurs, ses convictions et, en dernière analyse, sa destinée. Un tel effort n'est possible que pour ceux qui ont la chance de pouvoir s'appuyer sur des bases solides, sur une éducation qui leur permet d'aller de l'avant. La foi chrétienne est ainsi un bagage précieux pour ceux qui l'ont reçue. Décourager des jeunes de la vivre n'est pas un service à rendre à la société.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonsoir,

Je suis tout à fait d'accord avec ce que viens de publier Emmanuel.

J'irai même plus loin.

Il nous faut ABSOLUMENT reposer tout acte de catéchèse sur les trois piliers fondamentaux que sont la Tradition, la Parole, et le Magistère.

Nous ne pouvons pas en faire l'impasse, même si il est plus"facile" pour certains de parler du vent.
Cela entraîne nos enfants et ceux qui nous sont confiés sur le chemin de sa "propre petite religion" où je fais ce que je veux, dans mon coin, en me donnant bonne conscience...

Non. La Foi a ses propres exigences qui nous sont pas toujours faciles à porter.
Dans notre diocèse, bons nombres de formations sont mises en place afin que chacune et chacun puisse avancer dans la Foi commune de l'Église du Christ...

Avant que nos enfants puissent parler de leur ressentis personnels, donnons-leurs des bonnes biscottes afin que, eux-aussi appuient leur vie sur et la Tradition, et la Parole, et le Magistère...

A bientôt..
DIDIER.

jiem a dit…

je ne suis pas sûr que ce genre de réaction (le commentaire de Didier) encourage les jeunes à vivre leur foi chrétienne....et si on leur parlait d'un Dieu Amour plutôt que de magistère,....
sinon Je suis tout à fait d'accord avec ce que viens de publier Emmanuel.

Anonyme a dit…

L'un n'empêche pas l'autre. Au contraire. Nous professons un Dieu d'Amour -avec un grand A tellement cet Amour ne peut être défini par nos propres mots humains-
Et c'est bien cela que et la Tradition et la Parole, et le Magistère nous enseigne, nous propose comme chemin de Vie.

DIDIER

Thaïs a dit…

J'ai le sentiment que comme le dit Didier, on peut leur donner de bonnes biscottes mais aussi le plaisir de les manger. Autrement dit, une bonne base certes mais s'il n'y a pas l'Amour et la joie c'est fade et cela ne sert pas à grand chose !

Emmanuel Pic a dit…

Les jeunes, ça fait toujours causer. C'est comme un bouton sur lequel on appuie : tout le monde a envie de réagir !
Je trouve assez juste ce que Thaïs vient de dire : des biscottes, oui, mais des bonnes, et avec un éducation au goût pour donner du plaisir à les manger.
Il y a une manière de parler de tout ça affreusement indigeste : magistère, tradition... Ca fait peur, enfin c'est pas très sexy. En même temps, sans ces bases sur lesquels on peut construire, pas de vie possible.
Il y a quelque temps j'entendais un enseignant déclarer à la radio : nous ne sommes pas là pour transmettre des valeurs, mais pour enseigner à nos élèves l'esprit critique. Certes. Mais, monsieur le professeur, pas d'esprit critique s'il n'y a rien à critiquer. Et d'autre part, pour ce qui concerne les valeurs, je pense que vous êtes comme tout le monde : vous transmettez les vôtres, et c'est très bien comme ça, à moins que vous ne soyez un pur esprit qui parle à un autre pur esprit...

Alix a dit…

...et pour faire passer les "biscottes"...peut-être serait-il nécessaire d'apporter un peu plus d'explications sur le bien-fondé des valeurs et exigences d'une vie chrétienne...en quoi , cela permet de vivre mieux, d'être plus heureux et pourquoi le contraire est moins vrai...notamment à long terme.
Un jeune ça fonctionne souvent très logiquement mais plutôt dans l'instant...du coup, c'est souvent très compliqué d'expliquer que tel ou tel comportement puisse conduire à l'épanouissement plus tard à condition d'en accepter les contraintes aujourd'hui...

Anonyme a dit…

Je vais me laisser aller à un peu de catastrophisme: je suis jeune et d´après l´enquête en question j´ai le droit de me le permettre. Je vais du coup m´éloigner du débat sur les biscottes et les Magister, mais je suis arrivé un peu en retard sur cette page pour m´y intégrer:
En temps que jeune, ce qui me fait peur, c´est plutôt le monde comme il est et vers quoi il se dirige. Commençons par la crise écologique, qui, vu les tendances individuelles et gouvernementales actuelles, ne risque pas d´aller en s´arrangeant. Crise alimentaire ensuite, qui me pose, moi petit occidental, en spectateur de l´agonie d´une partie substantielle de la planète.
On explique que c´est le système économique mondial qui est responsable de tout cela, qu´il dépassé et inégalitaire, mais que c´est le "moins pire de tous" et que de toute façon maintenant on a tout construit là dessus et qu´on ne ne peut plus en changer. Seule une crise économique ou financière pourrait remettre ce système en question.
Et moi le jeune dans tout ça, qu´est ce que je peux faire pour changer tout ça? Un grand sentiment d´impuissance... c´est de là que vient pour moi le désespoir.
En résumé, comme l´a dit je ne sais plus qui, la grande différence entre ma génération et celle de mes parents, c´est qu´eux espéraient encore pouvoir changer le monde alors que nous nous sentons condamnés à attendre la crise qui le changera.
Ca ne respire pas l´optimisme tout ça, mais après de nombreuses discussions je pense pouvoir assurer de ne pas être le seul à partager ce point de vue.
Kévin