mardi 13 avril 2010

Adoration.

Adoration en Islam, adoration chez les cathos... Pas de doute, il y a de l'adoration dans l'air. Le billet daté d'hier a provoqué des réactions que je résume ainsi : est-il légitime d'adorer Dieu ?

A vrai dire je ne m'étais jamais posé la question, vu que ma grand-mère m'avait toujours dit "On n'adore que le bon Dieu". Mais, c'est vrai : Dieu est Père, adore-t-on un père ? N'y a-t-il pas toujours dans l'adoration un risque d'idolâtrie, car quand on croit adorer Dieu, qui adore-t-on finalement ?

Adorer, c'est ad-orare : chez les païens, porter sa main à sa bouche - os - pour un baiser, dit Job (31,27). Bizarre ? Non : une manière comme une autre de témoigner de l'amour pour la divinité en respectant la distance qui nous sépare d'elle. Adorer, c'est le contraire de toucher Dieu. C'est l'attitude du prêtre qui étend les mains à la messe, de l'orante aux bras tendus, du moine qui se tient au silence (porter sa main à sa bouche, c'est aussi s'empêcher de parler) pour laisser Dieu venir à lui tel qu'Il est. Adorer, c'est être saisi, comme Isaïe dans le Temple, par la grandeur de Dieu.

L'adoration, pour Jésus, doit avoir lieu en Esprit et en Vérité. Esprit ? Il ne s'agit pas du nôtre, mais de l'Esprit-Saint, qui seul prie en nous. Vérité : le Christ, bien sûr. Il est le seul Temple où nous puissions adorer. Adorer "en Esprit et en Vérité" ne signifie donc pas que l'adoration se passe de rites, mais seulement qu'il y faut tout rapporter au Christ et s'y laisser prendre par l'Esprit.

Idolâtrie ? Un risque, sans aucun doute. Je pense aux excès de l'adoration eucharistique : une insistance trop lourde sur la présence du Christ dans le pain et le vin consacrés nous fait parfois oublier que réalité n'est pas réalisme. C'est pourtant bien Dieu qui se donne, vraiment, là. Le temps d'adoration du mercredi soir, à la paroisse, est toujours vécu comme trop court. Preuve qu'il s'y passe bien quelque chose.

20 commentaires:

Edmond Prochain a dit…

Je n'aime pas spécialement faire ça (poser une question rapide sans apporter grand chose au sujet), mais j'aimerais juste t'interroger sur le sens d'une phrase du billet, que je ne suis pas sûr de comprendre : "Je pense aux excès de l'adoration eucharistique : une insistance trop lourde sur la présence du Christ dans le pain et le vin consacrés nous fait parfois oublier que réalité n'est pas réalisme."

Est-ce que tu peux préciser, s'il te plaît ? Merci ! :-)

Emmanuel Pic a dit…

@ Edmond :

Ta rapide question mérite une réponse plus longue que celle que je vais faire... Mais le genre littéraire impose une certaine concision.

Quand je pense à ces "excès", je pense à deux choses.

D'abord, il ne faut pas oublier que le corps du Christ est d'abord là pour être partagé, consommé, et non conservé à l'infini. Et que l'eucharistie nous renvoie à la vie quotidienne avant de nous inviter à l'adoration. Je cite de mémoire une expression lue je ne sais où : "L'adoration eucharistique, prolongement de la messe". Bien sûr que c'est le prolongement de la messe, puisque sans messe il n'y aurait pas d'adoration eucharistique possible... Mais il ne faut pas en conclure quelque chose du genre "la messe aboutit à l'adoration eucharistique", comme j'ai pu l'entendre parfois ici ou là. L'aboutissement de la messe, ce sont les mots du prêtre : "Allez, dans la paix du Christ", et non pas "Restez encore pour prier ici". Ce n'est que comme cela, à mon sens, qu'on peut comprendre vraiment l'adoration eucharistique : un lieu de ressourcement, une prière où on se laisse plus qu'en toute autre occasion baigner par Dieu pour mieux se retrouver dans la vie "ordinaire".

Deuxième chose, "Réalité et réalisme" : l'adoration eucharistique, si elle n'est pas accompagnée d'une solide catéchèse mais seulement d'expressions vagues comme "C'est Moi, c'est vraiment Moi" (lu sur une affiche dijonnaise), risque de laisser croire que la réalité de la présence du Christ devient le réalisme du Christ présent dans son corps physique, et pourquoi pas avec ses yeux et ses cheveux (je n'invente rien, j'ai entendu ces phrases au sujet de l'adoration). Or, le corps eucharistique du Christ n'est pas son corps physique, ni même son corps glorieux. Comme le dit Thomas d'Aquin (III, q.75, art. 2) : "Cela voudrait dire que le Christ cesserait de se trouver au ciel", ou encore (III, q.76, art. 5, Sol. 1) : "Le corps du Christ n'est pas dans ce sacrement comme dans un lieu. Car alors, il ne serait pas ailleurs que sur cet autel où l'on consacre telle eucharistie. Tandis qu'il se trouve au ciel sous son aspect propre, et sur nombre d'autels sous son aspect sacramentel". Le vrai lieu de la présence du Christ, c'est le ciel, où il est élevé à la droite du Père. C'est pourquoi le rituel n'encourage pas l'adoration eucharistique silencieuse, mais recommande de l'accompagner de chants et de lectures de la Parole de Dieu, qui nous aident toujours à mieux entrer dans le mystère.

Tu vas peut-être me répondre : "Mais c'est de la théologie". Et il est vrai que la rigueur, pour ne pas dire la rugosité, du raisonnement théologique, risque toujours d'assécher la richesse de ce que l'on ressent dans la vie de prière. Elle est aussi un précieux garde-fou, qui doit permettre d'être en vérité devant Dieu, et non pas devant une idole que nous nous créons pour correspondre à nos fantasmes spirituels.

Pour conclure : d'abord je me permets de te renvoyer à des ouvrages de théologie plus complets et plus savants que tout ce que je viens d'écrire. Ensuite, je regrette tout de même que notre échange se soit trop situé sur le mode de la mise en garde... Au risque d'oublier l'essentiel : l'adoration eucharistique est un extraordinaire temps de prière et de rencontre avec Dieu, qui produit des effets dont je peux témoigner. Enfin, quand je célèbre la messe, ce qui me touche profondément dans les paroles de la consécration, c'est "Mon corps livré pour vous" et "Mon sang versé pour vous et pour la multitude" : non pas seulement "mon corps", mais "mon corps livré". C'est Le Christ qui se donne vraiment à nous à ce moment-là, et Dieu qui nous livre ce qu'il a de plus cher.

Edmond Prochain a dit…

J'espère que tu n'as pas pris ma question comme un procès d'intention ou une mise en accusation... ce qu'elle n'était certainement pas !
En fait, je ne voyais vraiment pas à quel type d'excès tu pouvais faire référence, et ça m'interpellait.

Si ça peut donc te rassurer : on est bien d'accord ! :-)
Avec une nuance : je me méfie assez de "la richesse de ce qu'on ressent dans la vie de prière". Il me semble que tout ce qui est de l'ordre du ressenti reste comme une surabondance de grâce, qui ne remplace pas la grâce centrale de la prière, qui est invisible à nos yeux, inaudible à nos oreilles, et pourtant limpide à notre cœur. Mille heures de ressenti ne remplaceront pas dix minutes de fidélité (donc répétées... pas dix minutes seules !).

Le risque à mon sens (ou "l'excès") de l'adoration réside dans cette tentation chez certains du "guili-guili mon petit Jésus"...

Et puis, comme tu le dis, on peut bien rester une heure en adoration, mais il faut aussi songer à sortir de l'église pour aller répandre la paix reçue.
Surtout que, pour nous qui ne sommes que médiocrement contemplatifs, passer un peu de temps au cœur du monde nous donne aussi des choses à porter dans la prière ; ce qui est une assez bonne solution à nos sécheresses, non ?

Emmanuel Pic a dit…

@ Edmond (re)

Pas de soucis, quand je parlais de mise en garde je parlais de moi et des phrases du genre "L'adoration doit être accompagnée d'une solide catéchèse", qui sentent un peu son flic de théologie.

Anonyme a dit…

Bonjour,
Allez vous commenter l'ignoble propos du numéro 2 du Vatican ? Le silence des ecclésiastes français est assourdissant...
La visibilité de votre blog ne vous impose-t'elle pas une certaine responsabilité ?
Sincèrement,
Gilles

Nitt a dit…

Après plusieurs mois de diète spirituelle, l'adoration qui a suivi l'office du jeudi saint m'a fait un bien fou.

Même quand on n'a une impression de sècheresse, on en sort tellement apaisé !

@Edmond : Merci d'avoir posé la question qui me titillait aussi !

Emmanuel Pic a dit…

@ Gilles : c'est en rapport avec l'adoration ?

Anonyme a dit…

Non, c'est en rapport avec votre post du 2 avril: on ne peut pas à la fois crier au loup lorsque les médias font l'amalgame entre célibat des prêtres et pédophilie et ne pas s'insurger lorsque l'Eglise fait l'amalgame nauséabond entre homosexualité et pédophilie.
Gilles

Anonyme a dit…

Je ne sais pas si mon premier message est passé. Je me permettais de contester la compatibilité de votre conception de l'Eucharistie avec l'enseignement de l'Eglise, exprimé dans ces articles du Catéchisme :

1373 " Le Christ Jésus qui est mort, qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous " (Rm 8, 34), est présent de multiples manières à son Église (cf. LG 48)... Mais " au plus haut point (il est présent) sous les espèces eucharistiques " (SC 7).

1374 Le mode de présence du Christ sous les espèces eucharistiques est unique. Il élève l’Eucharistie au-dessus de tous les sacrements et en fait " comme la perfection de la vie spirituelle et la fin à laquelle tendent tous les sacrements " (S. Thomas d’A., s. th. 3, 73, 3). Dans le très saint sacrement de l’Eucharistie sont " contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le Sang conjointement avec l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, et, par conséquent, le Christ tout entier " (Cc Trente : DS 1651). " Cette présence, on la nomme ‘réelle’, non à titre exclusif, comme si les autres présences n’étaient pas ‘réelles’, mais par excellence parce qu’elle est substantielle, et que par elle le Christ, Dieu et homme, se rend présent tout entier " (MF 39).

1375 C’est par la conversion du pain et du vin au le Corps et au Sang du Christ que le Christ devient présent en ce sacrement.

1376 Le Concile de Trente résume la foi catholique en déclarant : " Parce que le Christ, notre Rédempteur, a dit que ce qu’il offrait sous l’espèce du pain était vraiment son Corps, on a toujours eu dans l’Église cette conviction, que déclare le saint Concile de nouveau : par la consécration du pain et du vin s’opère le changement de toute la substance du pain en la substance du Corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son Sang ; ce changement, l’Église catholique l’a justement et exactement appelé transsubstantiation " (DS 1642).

1377 La présence eucharistique du Christ commence au moment de la consécration et dure aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent. Le Christ est tout entier présent dans chacune des espèces et tout entier dans chacune de leurs parties, de sorte que la fraction du pain ne divise pas le Christ (cf. Cc. Trente : DS 1641).

1378 Le culte de l’Eucharistie. Dans la liturgie de la messe, nous exprimons notre foi en la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin, entre autres, en fléchissant les genoux, ou en nous inclinant profondément en signe d’adoration du Seigneur. " L’Église catholique a rendu et continue de rendre ce culte d’adoration qui est dû au sacrement de l’Eucharistie non seulement durant la messe, mais aussi en dehors de sa célébration : en conservant avec le plus grand soin les hosties consacrées, en les présentant aux fidèles pour qu’ils les vénèrent avec solennité, en les portant en procession " (MF 56).

1379 La sainte réserve (tabernacle) était d’abord destinée à garder dignement l’Eucharistie pour qu’elle puisse être portée aux malades et aux absents en dehors de la messe. Par l’approfondissement de la foi en la présence réelle du Christ dans son Eucharistie, l’Église a pris conscience du sens de l’adoration silencieuse du Seigneur présent sous les espèces eucharistiques. C’est pour cela que le tabernacle doit être placé à un endroit particulièrement digne de l’église ; il doit être construit de telle façon qu’il souligne et manifeste la vérité de la présence réelle du Christ dans le saint sacrement.

En résumé : toute parcelle de pain et de vin consacré est véritablement le corps tout entier (y compris (pourquoi pas ?) Ses yeux et Ses cheveux), l'âme et la divinité du Christ.

Emmanuel Pic a dit…

@ Anonyme

Je n'avais en effet pas reçu votre commentaire. Il est vrai également que je n'ai pas pour habitude de publier les commentaires anonymes, surtout lorsqu'ils contestent comme vous le faites la foi d'un prêtre en la présence réelle et la compatibilité de cette foi avec l'enseignement de l'Eglise. Un tel soupçon est très grave, mais malheureusement répandu chez un certain nombre de catholiques.

Pour toute réponse, je dirai que je ne vois pas en quoi les articles que vous citez sont en contradiction avec ce que j'ai moi-même écrit. L'enseignement de l'Eglise doit être pris dans son ensemble, et non pas à partir de phrase tirées de leur contexte et interprétées de manière tendancieuse. Il n'y est nullement question du corps physique du Christ, comme vous le dites.

Emmanuel Pic a dit…

@ Gilles

Je préfère laisser au prélat dont vous parlez la responsabilité de ses paroles... Et simplement dire que je ne partage évidemment pas ces préjugés. J'entends également ici et là, et pas seulement dans la bouche d'ecclésiastiques je peux vous le dire, l'amalgame dont vous parlez. C'est complètement con. Mais de là à en écrire un billet, bof... Changeons de sujet. Après tout c'est moi le maître à bord non ?

henri Audemard a dit…

@Gilles et @ Emmanuel:
Les propos du prélat ont pu blesser; cependant il reste à noter les éléments statistiques cités par Mgr Scicluna et rapportés dans La Croix de ce jeudi 15 avril: Sur les cas relevés statistiquement dans le clergé il y 10% de cas de pédophilie au sens strict et 90% de cas d'éphébophilie (adolescents)dont là dessus 60% du même sexe. Ce qui note un certain lien.http://www.la-croix.com/Mgr-Scicluna--L-Eglise-est-rigoureuse-sur-la-pedophilie/article/2418250/4078

Didier Guillion a dit…

Bonsoir M Pic,

Je lis toujours avec plaisir votre Blog. Même si n'ose intervenir qu'avec parcimonie. Je me considère comme athée, et pourtant je me retrouve tellement dans votre questionnement... J'ai toujours crainte de froisser certaines susceptibilités par des questions hors contexte.
Mais, je me lance.
Vous parlez souvent de prière. Qu'est ce que c'est réellement ? Je veut dire, j'ai fait mon catéchisme, j'ai récité le "Notre père" comme on le ferait à l'école pour un devoir. Je n'ai rien ressenti.
Même à la confession lors de ma confirmation, j'ai inventé des péchés imaginaires car je n'en trouvais pas, que peut avoir à se reprocher un mioche de 10 ans ?
Je suis maladroit, mais je veut dire, pouvez vous expliquer à un néophyte ce que c'est que la prière ?

Cordialement

Anonyme a dit…

C'est une expérience à faire .Constater La transcendance de Dieu ,le très Haut, et Son immanence , Le très proche . Silence et écoute .Une simple ouverture du coeur suffit . Alors chiche .. MADO

Didier Guillion a dit…

A anonyme,

Merci de votre réponse. Le silence je connais, je suis resté parfois pendant plusieurs semaines sans prononcer plus de dix mots. Très agréable. L'écoute j'espère l'avoir, mais ce ne n'est pas à moi de juger.
Chiche.. J'adore !

D.

Thibaud a dit…

Je vous présente mes excuses si je vous ai choqué. Je vous assure que je ne suis pas un infâme tradi tentant de casser du curé rouge. Je suis un catholique tout court qui essaye de comprendre avec ses faibles moyens.

La seule raison pour laquelle mon commentaire était anonyme est que je ne parviens jamais à publier des commentaires sur des blogs google autrement. Vous allez me dire personne n'est aussi peu doué en informatique que ça ce à quoi je vous répondrez : si, moi. Les ordinateurs me haïssent. Je vais essayer de publier un commentaire signé, mais je ne promets rien.

La seule raison pour laquelle je m'étais contenté de citer des articles du CEC est l'intense frustration ressentie après avoir préparé un billet où j'exprimais avec mes propres mots à moi mes incompréhensions, qui ne se voulaient pas des accusations, avant de voir ce commentaire apparemment pulvérisé dans le néant de l'internet. Voulant faire passer l'idée sans m'embêter à tout recommencer depuis le début, j'avais juste ouvert mon CEC.

Thibaud a dit…

(suite et fin)

Depuis Dimanche, j'avoue avoir fait le tour des sites cathos (exemple, si vous parlez anglais : http://www.newadvent.org/cathen/05573a.htm) et trouver uniquement de quoi confirmer ma compréhension du Mystère de l'Eucharistie (le pain est transformé par les paroles de consécration en Corps du Christ dans sa totalité (tête, membres, sang (l'article ci-dessous explique ainsi qu'il n'est pas nécessaire de recevoir la communion sous les 2 espèces, puisqu'en recevant le Corps du Christ, on reçoit son Sang, puisque son Sang circule dans son Corps à travers ses veines, que nous recevons en recevant le Corps du Christ) et le seul qu'il ait, qui est uni à son âme et à sa divinité, bien que subsiste l'apparence sensible (image, goût,...) du pain et du vin) et rien pour me permettre de comprendre votre conception de l'Eucharistie (le pain devient par les paroles de la consécration l'autre corps du Christ. Mais quelles sont les caractéristiques de cet autre corps du Christ ?).

Je ne cherche vraiment pas à être agressif, ni à vous traiter d'hérétique (mais je ne suis pas sûr d'y être parvenu). J'aimerais juste comprendre votre point de vue, si possible étayé par des éléments du Magistère qui condamne le mien.

Thibaud

Thibaud a dit…

(Suite du message précédent qui ne pouvait tenir en un seul message)
Ceci expliqué, je réitère mon incompréhension. Je ne comprends pas ce que vous voulez dire par "pas son corps physique, ni son corps glorieux". Le Christ n'a jamais eu qu'un seul corps : un corps mortel avant sa mort, un corps mort (un cadavre sans âme) pendant 3 jours, un corps glorieux immortel depuis sa Résurrection. L'Eucharistie est le corps du Christ. Donc, le Jeudi Saint, ce que les apôtres reçurent fut le corps du Christ, tel qu'il était à ce moment là (un corps mortel, uni à une âme et à sa divinité). Si les apôtres avaient célébré l'Eucharistie le Samedi Saint, ils auraient reçu le cadavre du Christ, sans âme mais uni à sa divinité. Depuis Pâques, l'Eucharistie est le corps du Christ, son seul corps, il en a un qu'un seul comme tout le monde (c'est à dire un corps glorieux uni à une âme et à sa divinité). Chaque parcelle de l'Eucharistie est le corps glorieux du Christ (tête, membres, sang, etc), uni à son âme et à sa divinité. J'aimerais que vous m'avanciez un élément du Magistère qui condamne ce que je viens d'écrire.

Mon incompréhension est renforcé par le fait que je ne partage pas votre interprétation du 1er article de la Somme de saint Thomas que vous citez : saint Thomas n'écrit pas "si l'Eucharistie était le corps glorieux du Christ (tête, membres, sang, etc), le Christ cesserait d'être au Ciel" mais (je paraphrase) "si l'Eucharistie devenait le corps glorieux du Christ par mouvement local, le Christ cesserait d'être au Ciel" (logique : si ce qui se passait dans l'Eucharistie est que le Christ descendait du Ciel pour prendre la place du pain, il cesserait d'être au Ciel), d'où il déduit simplement que l'Eucharistie devient le corps (glorieux) du Christ par anéantissement du pain remplacé par le corps (glorieux) du Christ. Ce n'est pas un déplacement du Christ, mais un cas de multilocation (ubiquité) : le Christ est présent en entier, dans le seul corps qu'il possède (comme tout homme) à la fois au Ciel et dans tous les tabernacles du monde.

La façon dont je vous comprends est la suivante : le Christ a 2 types de corps : un corps glorieux qui est au Ciel ; un corps (ayant quelles caractéristiques ? est-il en pain ? etc) qui est dans tous les tabernacles. Mais Paul VI a écrit dans Mysterium Fidei : "Car l'enseignement constamment départi par l'Eglise aux catéchumènes, le sens du peuple chrétien, la doctrine définie par le concile de Trente et les paroles elles-mêmes par lesquelles le Christ institua la Sainte Eucharistie, nous obligent de professer que "l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a souffert pour nos péchés et que le Père a ressuscité dans sa bonté ". Aux paroles du martyr Ignace Nous joignons volontiers celles de Théodore de Mopsueste, qui est en cela témoin de la foi de l'Eglise: C'est que, écrit-il, le Seigneur parlant aux disciples " ne dit point: ceci est le symbole de mon Corps et ceci est le symbole de mon Sang, mais: ceci est mon Corps et ceci est mon Sang, nous apprenant à ne pas considérer la nature de la chose qui s'offrait à nos sens; en effet par l'action de la grâce cet objet a été changé en chair et en sang ". Et j'ajouterais donc modestement : il n'a pas non plus dit "ceci est mon autre Corps" mais ceci est mon Corps (au singulier). Et j'ai du mal à comprendre comment chair et sang peut signifier autre chose que chair et sang.

(suite à suivre)

Thibaud

Emmanuel Pic a dit…

@ Thibaud

A mon tour de m'excuser, je me suis énervé, ça m'arrive de temps en temps devant des commentaires anonymes et c'est la limite d'Internet aussi, rien ne vaut une explication entre quat'zyeux pour se comprendre.

Les questions que vous posez sont trop fondamentales pour donner lieu à des réponses par voie de commentaire à ce blog. Je vous propose de m'envoyer un dernier commentaire, qui ne sera pas publié, dans lequel vous me donnerez votre adresse e-mail (elle restera entre nous), et je vous ferai une réponse personnelle.

Bonne recherche, n'oubliez pas que "recherche" se dit en grec "Hairesis"...

Wolfram a dit…

Le protestant que je suis se retrouve bien plus dans vos explications de l'adoration eucharistique que dans les citations du catéchisme - qu'en partie j'identifie aussi comme prise de partie contre la Réforme.
Les questions de substance n'étant pas séparatrices entre les chrétiens occidentaux (c'est dans des documents du Vatican, j'ai oublié la référence), je m'abstiens volontiers d'ajouter mon grain de sel à cette discussion, quoique ... mais non.
Par contre, j'aimerais soulever ce que vous évoquez déjà, un souci de profondeur et de connaissance. Car je me souviens de ma tendre jeunesse, quand il y avait encore les mamies gardiennes des églises rurales, une dame balayait l'église d'un petit village en Bretagne, elle balayait de gauche à droite et de droite à gauche, et à chaque fois qu'elle passait le couloir central, elle se tournait légèrement vers l'autel, inclinait un peu son genou et se signait rapidement de la croix.
J'apprécie le geste de saluer le Christ qu'on croit présent au tabernacle - et ne comprenez surtout pas mal le mot croire dans cette phrase, il y est à son sens le plus noble ! - mais il faut que le geste soit empli de sens, que la salutation se fasse d'abord dans le coeur et que cette salutation cordiale s'exprime dans un geste rituel. La brave dame dans cette église, visiblement, n'y était pas de son coeur. Son geste manquait de profondeur, dans le double sens du mot germanique "Tiefe", ce qui veut dire aussi qu'elle ne fléchissait pas assez les genoux, qu'elle restait trop en hauteur. Il était devenu (?) machinal, il était vide. Et vidé de sens.
La catéchèse, c'est bien plus qu'un enseignement. C'est aussi d'apprendre la pratique. De prier ensemble, de méditer, de faire le vide en soi et surtout le silence pour faire place à la Parole vivante. Et me voilà revenu au thème du billet, l'adoration... qui est résonance de ce que nous recevons.

Je ne me souviens pas vous avoir rencontré durant mon année à Dijon, au Bd. de Brosses... c'est dommage.