mercredi 26 novembre 2008

Petit précis de guerre africaine (suite) : le grain de sable

Dans les mécanismes les mieux huilés, un grain de sable peut perturber beaucoup de choses. Pour les projets rwandais, le grain de sable s'est appelé, en 1998, Laurent-Désiré Kabila : porté au pouvoir par le Rwanda, il ne tarde pas à s'en émanciper et chasse ses "conseillers" rwandais, au premier rang desquels figure James Kabarebe (qui deviendra par la suite chef d'état-major de l'armée rwandaise). La réaction ne se fait pas attendre : le Rwanda soutient et arme une rébellion qui éclate dans l'Est, celle des Banyamulenge qui sont des Tutsis. Renforcée par les troupes ougandaises, la coalition commence à s'emparer des centres miniers : diamants, or, coltan, uranium... et les exploite pour son propre compte (voir le rapport de l'ONU sur ce sujet). La seconde guerre du Congo bat son plein quand, en août 1998, le gouvernement de Kabila reçoit le soutien de ses voisins angolais, namibien et zimbabwéen. On commence à parler de "guerre mondiale africaine" : petit à petit, l'ensemble des pays de la région est emporté par le tourbillon de la violence. Un cessez-le-feu conclu en 1999 n'est pas respecté par les belligérants et provoque l'installation sur place de la MONUC, qui est le plus considérable déploiement de forces de l'ONU depuis 1945.

En 2001, le pays est divisé en trois : le nord est occupé par l'Ouganda, l'est par le Rwanda, et l'ouest est administré par le gouvernement de Kabila. C'est alors que, en janvier de cette année, Laurent-Désiré Kabila est assassiné par un des ses gardes du corps. ce dernier est toujours en fuite, et les véritables commanditaires du meurtre n'ont jamais été identifiés.

4 commentaires:

casilix a dit…

ça ressemble furieusement au processus de guerre dans les Balkans...les pays limitrophes se font la guerre sur un territoire qui n'est pas le leur et les populations locales victimes n'ont aucune maîtrise du conflit.
Côté international, on en est à l'air des frappes chirurgicales...on ne va pas s'embourber dans un conlit africain...on se donne bonne conscience avec l'aide humanitaire qui met des platres sur une jambe de bois. ça fait froid dans le dos.

Emmanuel Pic a dit…

Oui, c'est vrai : nous ne sommes pas loin des Balkans... Ce qui se joue à Goma en ce moment, c'est ce qui était en jeu à Sarajevo : un conflit entre la force brutale et l'état de droit. C'est pour cela que nous ne pouvons pas rester indifférents à la guerre du Kivu.

Thaïs a dit…

Mais il y a en plus des richesses naturelles ce qui n'était pas le cas dans les balkans me semble-t-il

casilix a dit…

dans les Balkans...il y avait -il y a toujours- d'autres enjeux : c'est la frontière occident/orient depuis l'empire Ottoman...ça peut paraître loin mais c'est toujours comme ça que ça fonctionne. Avant que l'on se pré-occupe du sort de la Bosnie, il n'y a longtemps eu que les ONG d'Arabie Saoudite sur place...aide humanitaire, soutien à l'armée bosniaque, envoi de moudjaidins et construction de mosquée à la clef...un prosélitisme qui n'a finalement pas vraiment pris chez les musulmans de Bosnie, de tradition soufiste, et de toute façons très laïcisés sous Tito . Cependant, ça reste une plateforme possible pour implanter un islam radical en Europe. Un peu plus au sud , en Macédoine, Les USA ont implanté une gigantesque base militaire pour garder un pied en europe également...La cacophonie européenne sur ce conflit a permis à la fois aux Russes (soutien des Serbes) et aux USA, de prouver par A + B que l'Europe politique ça n'existait pas et que l'on ne pouvait pas se passer d'eux pour "maintenir l'ordre"...Résultat, la Pologne-entre autre- a choisi de faire confiance aux USA (achat d'armement , soutien militaire...)...Il y a des richesses "naturelle" qui ne sont ni des diamants ni des minerais mais qui rapporte autant.