jeudi 14 février 2008

Contradictions

Excellent, l'éditorial de Jean-Pierre Denis dans La Vie de cette semaine, à propos de l'autorisation donnée à des parents d'accorder un état-civil à leurs enfants morts-nés dès les premiers temps de la grossesse : cette autorisation équivaut symboliquement à reconnaître l'humanité du foetus, jusqu'alors réduit à être un simple "déchet hospitalier".

Excellent, parce qu'il nous replace devant une contradiction bien difficile à résoudre : nos contemporains sont capables dans le même temps de s'émerveiller de la vie qui anime dès ses débuts l'enfant qui va naître, et de chercher comment s'en débarrasser de la manière la moins "traumatisante" possible. Cela évoque les premiers mots, oubliés, de la loi Veil : "La loi garantit le respect de tout être humain, dès le commencement de la vie".

Excellent enfin, parce qu'il relève l'impossibilité dans laquelle nous sommes d'engager un débat démocratique, c'est-à-dire respectueux des opinions de tous, sur ce sujet.

Il est une chose certaine : une immense majorité de Français est favorable à un "droit à l'avortement" qui n'existe dans aucune loi de notre pays ; mais l'immense majorité des professionnels de santé se refuse, en réalité, à pratiquer ces mêmes avortements, car eux voient ce dont il s'agit.

7 commentaires:

catherine a dit…

peut-être un éditorial pas si génial que ça car il révèle une incompréhension profonde de la part de son auteur de ce que disent le droit et en particulier la cour de cassation sur le statut juridique de l'être humain qui n'est pas né vivant et viable. il n'y a pas d'un côté la chambre civile et de l'autre la chambre criminelle, l'une comme l'autre maintiennent l'embryon et le foetus dans la catégorie des choses, ni l'une ni l'autre n'en font une personne. La première chambre civile de la cour de cassation a autorisé que soit reporté sur le registre des décès, et non sur le registre des naissances, l'acte d'enfant né sans vie énonçant les jour, heure et lieu de l'accouchement... mais il faut toujours être né, vivant et viable pour entrer dans la catégorie des personnes juridiques... il y a donc une totale cohérence entre cette décision et celles de la chambre criminelle de la cour de cassation qui ne reconnaît pas l'homicide quand suite à un accident un enfant décède in utero : pour qu'il y ait homicide, il faut qu'il y ait atteinte à la vie d'une personne juridique, ce que n'est pas l'enfant avant sa naissance vivant et viable.

peut-être serait-il bon de ne pas faire dire à la cour de cassation ce qu'elle ne dit pas... elle a simplement fait "sauter" la barrière des 22 semaines ou des 500grammes en-deçà de laquelle l'inscription sur le registre des décès n'était pas réalisé jusqu'à présent,.

Maude a dit…

C'est un débat compliqué!
J'ai travaillé dans un presbytère et depuis 2003 je suis fonctionnaire... les pieds à cheval sur un fossé!
Je crois qu'on ne peux demander au droit français de devenir notre conscience. C'est impossible. Le droit doit pouvoir s'appliquer à tous, or nous avons chacun une histoire différente.
J'oeuvre "quasiment" (car des fois plus que d'autres) à la parole de Dieu parmis nous.
Pour autant je ne mets plus les pieds à l'eglise par dégoût des "grenouilles de bénitiers", mais je suis heureuse lorsque je peux aider des couples, des parents d'enfant mort-né, des veuf ou veuves à vivre mieux; les écouter, recueillir leurs paroles, les aider à cheminer dans leur projet de vie. Officier d'état civil c'est cela aussi.
L'avortement, le statut des foetus, c'est quelque chose de tellement personnel pour chacun. Je ne crois pas que le droit pourra offrir la réponse et la ligne de conduite pour tout à chacun.
C'est l'éveil des consciences et la liberté individuelle qui peuvent apporter une réponse individuelle.
Et surtout il faut que chacun d'entre nous n'oublie pas que JAMAIS nous ne devons nous instituer comme juge par rapport à un autre.
Nous ne sommes que des Hommes imparfaits, nous vivons et survivons comme nous pouvons dans un monde où certains sont totalement abandonné par les autres et ne croient pas...
La tolérance est la clef, enfin ce n'est que mon avis de catholique apatride

Anonyme a dit…

Il ne faut pas faire dire à la cour de cassation ce qu'elle ne dit pas, mais on a le droit de dire que la "justice" ne dit pas tout et qu'elle n'englobe pas tout "l'humain". Pourquoi ne faire référence qu'au droit qui par définition et sur ce sujet n'a rien d'universel? Et je partage avec Emmanuel, alors que nous nous gargarisons de "démocratie participative" et de "liberté d'expression", qu'il n'est pas possible d'aborder sereinement certains sujets, voire simplement d'en signaler les contradictions.
Ce n'est pas -à mon humble avis- signe de maturité démocratique. Claude

JEAN85 a dit…

Oui, et pour résoudre la contradiction qui restera entre un droit à l'avortement qui se comprend humainement dans un certain nombre de cas, malgré tout, et le caractère d'"amorce d'être humain" qu'est un foetus, et même un embryon, je crois que c'est aux parents d'en décider (dans la limite de la période d'autorisation d'I.V.G., bien sûr).

Julien a dit…

Moi aussi je trouve cet éditorial excellent, très bien fait !

Anonyme a dit…

En réalité la législation française reconnait la personnalitée juridique si l'enfant est né vivant et viable, cependant et vous me l'accorderai la justice a une logique rigoriste et ce doit de ne donner une personnalitée juridique qu'à des personne qui on vécu. Cepandant l'attribution d'une personnalitée juridique à un feotus fait toujours débat puisque provoquer la mort accidentel ou volotaire d'un feotus in utero n'est pas un homicide. Cependant je pense qu'il faut encore rappeller que la législation française est la moins "pire" puisqu'elle n'autorise que l'IVG (et non l'IMG) d'embryon c'est à dire à stade trés précause qui selon les définitions scientifiques est hélas ramené à un amas de cellules!

Anonyme a dit…

juste en passant... quelle est donc cette force suprême qui fait peser sur les humains des règles juridiques, si ce ne sont les hommes mêmes qui composent chaque société humaine constituée en état, et, pour ce qui nous concerne en particulier, en état de droit où nous sont en particulier garantis la liberté d'opinion et la liberté d'expression?

Les lois qui nous régissent ne sont pas d'essence divine, elles ne sont que l'émanation de notre société, discutées et adoptées par ceux que nous avons élus pour le faire, députés et sénateurs, à l'issue de débats et d'élections tout à fait démocratiques dans un contexte où la souveraineté est détenue par le peuple qui désigne par vote, de manière régulière ses représentants, reflets des valeurs et des idées portées par la majorité de notre société à un moment donné de son histoire, sur lesquelles elle fonde les réponses aux questions qui lui sont posées...
celle de la nature juridique de l'embryon et du foetus humain lui ayant été adressée à de multiples reprises et sous diverses formes lors de la discussion des textes sur l'interruption de grossesse, sur l'assistance médicale à la procréation, sur la recherche et l'expérimentation biomédicale, sur l'inscription dans les registres d'état civil, les questions d'inhumation et d'incinération, d'atteinte à l'intégrité du foetus ou de l'embryon comme elle a été soulevée à diverses reprises devant la cour de cassation ou le conseil d'état, la société a, par des lois, apporté les réponses "possibles" car faisant consensus pour la majorité des représentants, élus par nos soins, qui ont eu à élaborer les textes juridiques porteurs des normes destinées à manifester et protéger les valeurs et idées de chaque époque.... le droit ne "s'empare" pas d'une question, il porte simplement les réponses élaborées par la société aux questions qu'elle se pose!... et c'est parfois chaotique, comme pour ce qui concerne l'embryon humain, par ce que dans le fracas des idées de tous et de chacun sur la question chaque texte est un texte de compromis et non un texte de consensus.

si le droit n'est pas universel, il est nécessaire à la vie en société afin que ne règne ni la loi du plus fort, ni celle d'une idéologie ou d'une religion qui n'ont, elles n'ont plus, rien d'universel pour ce que nous pouvons en constater jusqu'à aujourd'hui

et, petit clin d'oeil, c'est grace au droit, que, dans notre société, et depuis pas si longtemps que ça, chacune est libre de considérer qu'une grossesse doit ou non être conduite à son terme pendant sa première période ( il renvoie en effet à la conscience et au libre arbitre individuels auxquels il reconnaît la primauté dans cette décision... depuis 1975) dans le respect des modalités attachées à cet acte par la société française ... et cette grossesse peut être interrompue jusqu'à la fin du 9ème mois, sur avis médical, dans certaines circonstances car l'interruption médicale de grossesse est aussi admise en droit français.