jeudi 29 janvier 2009

Le silence des pasteurs.

La Croix n'a pas manqué de le relever : bien peu de mes confrères blogueurs se sont exprimés sur le début de pardon accordé par le pape aux évêques lefebvristes... Bien peu, à commencer par votre serviteur, qui n'a pas manqué d'être interpellé par quelques-uns de ses lecteurs.

Pourquoi les pasteurs ne disent-ils rien ?

Je ne veux pas parler à leur place, mais puisque j'ai la parole, je la prends, comme dirait l'autre. Voici donc les raisons de ce silence :
  • D'abord parce que j'étais à Paris et ne suis revenu que mardi soir ; et que, hier, il m'a fallu écrire un petit billet pour La Croix qui prépare un blog dédié à l'événement, sur le modèle de ce qui avait été fait pour la venue en France de Benoît XVI.
  • Aussi, parce qu'une sortie de messe un peu houleuse dimanche m'a fait réaliser à quel point le sujet était sensible, et donc le recul difficile à prendre, sur ce sujet. Surtout avec le choc provoqué par les déclarations de Williamson.
  • Aussi, parce que je trouve qu'il y a des choses plus importantes à dire sur l'Eglise que cet épisode, qui n'est qu'une étape (symboliquement importante, j'en conviens) dans la négociation qui s'ouvre, et qui ne concerne qu'une petite poignée de gens.
  • Mais surtout, surtout, parce que je pense que les excommunications ne règlaient pas la question de fond à laquelle nous sommes affrontés : on n'en a pas fini avec les fondamentalismes, ni chez les catholiques, ni ailleurs ; ils sont une expression structurelle de la modernité, et ce n'est pas en disant que nous n'avons rien à voir avec ces gens-là (ce qui est un peu vrai, quand même, mais aussi un peu faux) qu'on résoudra le problème. J'aimerais bien qu'on entame la conversation sur ce sujet.
Pour conclure, une petite histoire qui date de mardi soir : ça se passe lors d'une rencontre de chrétiens où nous avions providentiellement décidé de parler de Vatican II. Marielle, mariée avec un divorcé, me pose la question, en toute innocence : "Alors, si je comprends bien, ils n'avaient plus accès aux sacrements, et maintenant ils l'ont ?"

Que voulez-vous dire après une telle question ? Que l'Eglise entende la souffrance des chrétiens qui ne se reconnaissent pas dans toutes les orientations prises par l'Eglise après Vatican II, soit. Mais je ne peux être sourd à cette autre souffrance qui s'est exprimée, une fois de plus, ce soir-là, sans avoir été entendue. Les grandes souffrances sont muettes : c'est aussi pour cela que je n'ai pas envie de parler.

Merci à Caran d'Ache pour son involontaire participation

14 commentaires:

Anonyme a dit…

La vraie question est bien pointée:à "une expression (entre autres) structurelle de la modernité", nous avons besoin d'autres réactions que le rejet,l'arrogance, les certitudes, ...C'est nouveau et c'est une exigence pour l'avenir et pour un avenir construit et apaisé. Nous avons à entendre toutes les souffrances et à reprendre avec humilité et détermination ce qui fonde nos convictions ... avec foi et raison et pas l'une sans l'autre.
Je crois de plus en plus que nous avancerons d'autant plus vite que nous troquerons la perpétuelle contestation -souvent résumé en « pour » ou « contre »- pour une dialogue musclé, consistant et ouvert.
Chiche!
Claude

Anonyme a dit…

comme je crois être pour quelque chose dans "la sortie houleuse" de la messe de dimanche, je profite de ce blog pour m'exprimer plus calmement en répondant aux arguments de ceux qui voudraient lisser cet épisode
- un épisode, la levée d'une excommunication ? alors l'excommunication de quatre évêques par le pape précédent était un épisode aussi ? pourquoi l'avoir fait ?
-cette affaire n'agite que la France ? elle n'a donc aucun intérêt au vu de l'universalité de l'Église ? L'universalité c'est tous et chacun.et chacun est important
et puis si "ils" veulent prier selon un rite ancien... Alors pourquoi tant de réflexions, textes et reformes sur la liturgie pendant Vatican II, si ce n'est qu'un détail ? et puis un évêque négationniste est un pur scandale....et puis qui peut croire à la volonté de dialogue des lefebvristes (cf courrier de la Croix), mais dire cela n'est pas correct, je sais.
MARION

Pinpin a dit…

Au delà des discutions sur la validité, la licéité, le latin, l'œcuménisme,le prosélytisme.... (il est vrai qu'aller rechercher des gens qui pour la majorité pense que mr Lepen est un homme de gauche ne semblait pas urgent !) Où est le visage,la parole la douceur de l'homme de Nazareth, qu'en est-il de ses rencontres avec la femme adultère, Matthieu, Zachée, le jeune homme riche...et les pharisiens.....? La lumière est là, de façon sûre.

do a dit…

Quand on excommunie, ça déplait.
Quand on dés-excommunie, aussi.
On ne peut pas satisfaire toutes les sensibilités à 100%.

voici peut-être ce que Jésus en dirait:(de mémoire)
“Jean est venu, il jeûnait et vous avez dit “c’est un possédé”;
Le Fils de l’Homme (Jésus) est venu, il mangeait et il buvait, et vous avez dit “c’est un ivrogne et un débauché”…”

Les évêques “lefebvristes” ont sûrement fait un pas coûteux, le Pape aussi, ils n’ont pas fait tous les pas d’un seul coup …
comment se réconcilier autrement?
il suffit de voir certaines querelles de couples ou de famille pour savoir que le premier pas coûte beaucoup, mais qu'il est indispensable.

Maintenant, que d'autres gens souffrent d'être écartés des sacrements, c'est lourd aussi;
mais chacun porte une croix, plus ou moins lourde, et ce qui compte, c'est l'amitié avec le Christ au coeur de tout ça. Cette souffrance très intime, si elle est l'empreinte du désir que l'on a d'être uni à Jésus, nous rapproche plus de lui que tous les intégrismes.
Mais les intégristes sont souvent des gens blessés par le manque d'amour, et il faut aussi prendre leur souffrance en compte.
Pourquoi les intégristes seraient-ils systématiquement étiquetés "mauvais"?

Le négationisme est "mauvais", l'acte est mauvais, c'est certain. Mais l'homme peut encore changer. Le réintégrer à l'Eglise peut même l'y aider.
ça ne veut pas dire que l'Eglise soit d'accord avec ses idées, pas plus qu'avec les idées des gens qui votent pour l'avortement dans les assemblées nationales, et qui font plus de morts qu'un évêque négationniste, sans faire couler autant d'encre.

Jésus n'a jamais approuvé les pharisiens, il les a toujours secoués, mais il ne les a jamais évités (sauf pour se protéger quand sa vie était en danger.)

Je trouve que l'Eglise a bien du courage de s'inquiéter du problème du fondamentalisme en son sein.
Y a-t-il une autre institution qui le fasse?

D’autres réconciliations attendent, comme celles de Gaza et d’Israël, du Congo et du Rwanda…
Puissent-elles prendre exemple sur celle-ci, car elle est réelle, si imparfaite soit-elle!

enfin, je crois que plus on recherche l'unité et le dialogue, plus on aide les gens à se rapprocher de la vérité.

Anonyme a dit…

un intégriste de gauche , est-ce que ça existe?....s'il ne s'agissait que de liturgie....mais ce n'est pas ça , c'est plus grave , quid de l'ouverture et de l'oecuménisme de Vatican II (repensons au "peuple perfide" et autre casserole que le concile a su lâcher) .Oui , il y a tellement mieux à faire que de s'occuper de ces gens là...au fait , ont-ils vraiment envie de réintégrer l'Eglise ? puisqu'ils nous disent que c'est eux la vraie Eglise et que c'est nous qui nous fourvoyons.
jiem

HUVET Michel a dit…

Lisez tous le communiqué des évêques de France : aucune langue de bois, et tout est formidablement dit.
Inquiétons-nous aussi du déplorable service de communication du pape.
Courage à nous tous dans cette tempête surréaliste et provoquée par de bien vilains apôtres...

Dom de ter a dit…

Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous (1 Co XII,7)... mais c'est comme le silence, rompu dès que prononcé, ne perd-on pas l'esprit dès qu'on l'invoque ?...

bouchette a dit…

ah !
Merci Marielle !
Et Merci aussi, pour le recul et le silence décidé…

Dom de ter a dit…

Ah! J'oubliais, le dessin de Caran d'Ache (karandache signifie crayon en russe)me fait penser à ces caricatures à propos de l'affiare Dreyfus (surtout n'en parlons pas...ils en ont parlé, et tout est sens dessus-dessous)

do a dit…

4 pages qui éclairent ce que des esprits malveillants tentent d'obscurcir.
http://www.la-croix.com/documents/doc.jsp?docId=2363708&rubId=47602

si on ne lit pas ça, le débat manque de sérieux.

Apparemment, l'évêque négationniste fait de la provoc!
Il ne veut pas être réintégré par l'Eglise.
et il veut empêcher l'Eglise d'intégrer les intégristes.

do a dit…

Des intégristes de gauche?
oui, ça existe!
Dans une école, j'ai eu un directeur qui ne voulait pas qu'on fasse cuire une galette des rois parce que "c'est une coutume cléricale et monarchiste". Sérieusement!
Quand, en plus, on sait que c'est une coutume romaine...

Même des écologistes intégristes, ça existe:
il y en a qui prétendent
(d'où ont-ils tiré ça, je me demande...)
que la terre ne peut nourrir correctement -sans être polluée- que 500 millions d'humains; ils font des pieds et des mains auprès d'instances comme l'ONU pour éradiquer les 5,5 milliards qui restent.
Et les chrétiens sont les premiers visés "parce qu'ils promeuvent les valeurs de la famille" et "qu'ils sont responsables de la pollution en plaçant l'homme au centre de la création".

Hitler voulait une race parfaite, à l'époque, ça faisait bien.
Méfions nous d' "une planète" trop "parfaite"...

On a tous à se méfier de la part d'intégrisme qui est en germe en nous et qui ne demande qu'une grosse épreuve pour sortir de terre.

Julien a dit…

Je suis bien d'accord... Il faut être prudent sur le sujet, et je sais de quoi je parle !
MERCI pour ton commentaire et félicitations pour ta "promotion" sur le blog de la Croix.

Tellou a dit…

Merci de ce post dans lequel je me reconnais en partie. Je n'ai rien mis sur mon blog pour l'instant à ce sujet, gardant les débats au sein de ma fraternité de laïcs. Ca fait mal, ça fait très mal et je me sens de plus en plus démunie. La foi est là ce n'est pas le souci. Mais comment aller prêcher l'amour, comment aller vers ceux qui sont sur le parvis de l'église, qui n'osent pas (plus) rentrer quand l'image de l'Eglise qui est véhiculée est celle-là. L'on me parle du fils prodigue accueilli par son père. Je dois être ce frère qui a du mal à accepter le retour de cet autre frère. Et en même temps, j'aimerai tant le retour d'autres frères au sein de l'Eglise: les divorcés-remariés, les homosexuels, ou tout simplement ceux qui en sont partis un jour, dégoûtés...

Philippe Edmond a dit…

Que peuvent penser de l'Eglise des enfants de divorcés qui constatent qu'elle n'a pas pitié de l'injustice qui leur est faite de les priver de l'union de leurs parents alors qu'elle a pitié de l'adultère de leurs parents?
J'y pense en voyant certains de mes co-paroissiens, mais pas leurs enfants.