jeudi 12 février 2009

Lectures (3)

De mes lectures, j'ai gardé le meilleur pour la fin : Vers une Eglise sans prêtres, de Martine Sévegrand, se dévore comme un document unique et passionnant - une enquête, menée sur tout le XX° siècle et même davantage, qui établit l'ancienneté et la profondeur de la crise du clergé en France (et sans doute à travers toute la "chrétienté"). Mme Sévegrand est une historienne, une vraie, une mordue de la recherche qui a traqué dans d'obscures archives diocésaines tout ce qui pouvait permettre de reconstituer l'histoire de la lente mais irrésistible baisse des effectifs du clergé diocésain depuis cent ans, exhumant des données inconnues (cent prêtres français quittent le ministère chaque année), se risquant à donner des éléments de compréhension, sinon d'explication, du phénomène, et même une projection pour l'avenir (en 2020, au train où ça va, il n'y aura plus en France que 9000 prêtres diocésains... de moins de 80 ans).

Le plus intéressant, pour les Côte d'Oriens, est la seconde partie de l'ouvrage, qui est consacrée au diocèse de Dijon dans les années 60 et 70. Un diocèse moyen, frappé de plein fouet par la crise. De ce travail, on retient l'extraordinaire ébullition qui a saisi les prêtres bourguignons dans ces années-là : réflexion sur l'évangélisation, sur la place des prêtres (plus que de l'Eglise elle-même) dans le monde, sur les relations hiérarchiques au sein du clergé, sur la vie des prêtres... Et moi, je retiens la place qu'y ont tenu tous ces prêtres qui m'ont marqué et me marquent encore (Pierre, Jean, Denis, Guy, allez je ne les cite pas tous), dans la diversité de leurs prises de position mais la fidélité à leurs engagements.

Intéressant aussi est le début d'explication donné : quelque chose qui tourne autour du décalage, puis du fossé, qui s'instaure entre l'Eglise et la société. Ce n'est qu'un commencement, mais c'est justement cette humilité devant les faits qui rend la démarche de Martine Sévegrand pertinente et incontestable. Un petit regret, pour finir : il serait intéressant de mener la même recherche sur les communautés chrétiennes, sans la limiter aux prêtres.

Ici : une recension de cet ouvrage, par Michel Legrain

9 commentaires:

Marc a dit…

L'article de Michel Legrain est vraiment intéressant autour de cette question assez centrale aujourd'hui bien que trop séparé selon moi d'une réflexion plus globale.

Et question bien douloureuse aujourd'hui quand je vois des diocèses, des doyennés et des paroisses qui ne proposent comme autres perspectives de faire venir des prêtres d'ailleurs (nouvelles communautés, pays africains,...) sans pouvoir envisager de vivre sur un autre rythme.

do a dit…

Il y a peut-être plutôt une évolution, qu'une crise. Des laïcs s'engagent dans des communautés nouvelles, et font ce que des religieux (pas les prêtres) faisaient autrefois: pourquoi? Peut-être parce qu’on dispose de plus de temps pour réaliser notre vie de baptisés, alors qu'autrefois, il fallait laisser cela à des célibataires.
Dans les pays où la santé est maintenant gérée dans un cadre professionnel, il convient surtout d'évangéliser le monde de la santé et de la solidarité pour qu'elles restent au service des personnes.

Pour ce qui est du nombre de prêtres, notre société ne suit-elle pas simplement le chemin de la modernité?
hypermarchés, lycées centralisés... Parce que la technique le permet! Pourquoi pas des lieux de culte centralisés?
Dans notre diocèse, les "nouvelles paroisses" regroupent plusieurs anciennes, et on s'y sent mieux, à l'image de nos villes, on y rencontre plus de monde. Les jeunes peuvent-ils se recueillir avec un harmonium poussif et quinze personnes de tous âges? Mon fils, dès 6 ans, voulait bien aller à la messe, mais dans l’église du bourg, parce que, disait-il, « le prêtre parlait de Jésus »... En fait, les micros étaient neufs, et il comprenait enfin les lectures et l'homélie!

J'ai lu quelques lignes sur les prêtres qui partent, et des enfants de prêtres "abandonnés" par eux...
Mais est-ce vraiment un abandon ou le fruit d'un discernement?
Je connais un "fils de prêtre" dont le père a quitté son ministère pour ne pas les abandonner, lui et sa mère: c'est très douloureux. Ce prêtre n'a jamais pu s'habituer à cette vie qu'il n'avait pas choisie pleinement, il a fait de la dépression et a perdu la foi; sa souffrance aurait mérité d'être écrite; ça dissuaderait beaucoup de prêtres de rêver d'une vie de famille idéale...
La mère de mon ami, élevée par une grand-mère très dure, n'est jamais vraiment devenue adulte aux côtés de cet homme, et mon ami a passé toute sa vie dans de grandes souffrances intérieures. Il n'a lui même jamais pu se marier, malgré un très grand désir.
Pour moi, il est probable que sa mère manquait de maturité et d'affection, et qu'elle aurait gagné à être seule avec son enfant le temps de murir, car après cela, elle aurait pu trouver un homme avec lequel fonder un vrai couple.
Ce n'est pas parce qu'on est prêtre ou chrétien que l'on doit assumer seul des erreurs qui nous dépassent et prennent racine dans des situations complexes. Pour qu'un couple se forme, il faut une préparation. Ce qui est fait pour les laïcs devrait l'être d'autant plus pour les prêtres qui veulent quitter leur ministère pour se marier: un accompagnement pour discerner si la véritable vocation est le mariage, et le mariage avec cette personne là, enfant ou pas : Un mariage construit uniquement sur l'arrivée d'un enfant n'est pas plus valide qu'un mariage forcé. Et enfin, librement, oser dire oui, ...mais oser aussi dire non!

Le rôle du prêtre me semble irremplaçable; on a trop vu des laïcs s'arroger des pouvoirs dans des communautés paroissiales sans prêtres, et s'autoproclamer "pasteur" ...alors que toutes les brebis fuyaient vers d'autres pâturages. Les laïcs n'ont ni la formation, ni la grâce du sacerdoce. C'est un mystère, mais je constate que le prêtre n'est pas remplaçable par un laïc. Il peut par contre déléguer pas mal de choses.

DSP a dit…

l'Eglise, l'Eglise...elle a bon dos l'Eglise! Cela me frappe dans nombre de commentaires de lire "le décalage entre l'Eglise et nous", "cette Eglise dans laquelle on ne se reconnait pas"...mais de quoi parle-t-on ? L'Eglise c'est nous non ? Tous les baptisés, pas que le Vatican ou que les prêtres ou que les laïcs...on est tous dans le même bateau, on a tous autant d'importance...et autant de responsabilités, et chacun notre rôle. On a tous une vocation, indispensable et complémentaire à la vie de l'Eglise.Ce n'est pas un libre-service ou un distributeur automatique de sacrements, l'Eglise (sic un ancien aumonier un peu désabusé!)! Les laïc n'ont pas à prendre l'apostolat des prêtres mais peut-être à s'investir un peu plus sur le "fond", cela leur permettra sûrement de sentir plus acteur que spectateur. c'est vraiment comme une famille, on n'est pas obligé d'être d'accord,mais on peut-on doit donner son avis- et il y a quand même quelqu'un qui décide parce que c'est sa responsabilité, mais quoiqu'il arrive on fait toujours partie de sa famille même si on coupe les ponts...!
Quant à la remarque de Marc...je ne vois pas où est le problème ? On a trouvé légitime d'évangéliser les autres pays pendant des siècles...c'est un juste retour des choses non ?!

do a dit…

en fait, l'Eglise, c'est une réalité spirituelle avant tout, et si on s'arrête à ce qu'on en voit de matériel, de mesurable, de performant, ça ne ressemble pas à grand chose... dès le début, d'ailleurs!

Le Royaume n'est pas d'abord numérique, il suffit de voir ce qui arrivait au roi David quand il voulait compter ses ouailles...

C'est avant tout des pionniers qui rencontrent Dieu, qui nous en révèlent quelque chose, puis notre réponse à son appel.
C'est une histoire -d'amour, normalement- entre chaque chrétien, chaque être humain, et Dieu.
C'est l'histoire d'un peuple en marche, de toute l'humanité qui va vers sa rédemption. Et cette rédemption est spirituelle: c'est souvent quand on a tout perdu qu'on est le plus proche de ce que vit Dieu, si on regarde la Croix.
Alors comment évaluer quoi que ce soit? Comment évaluer l'amour de la ménagère qui rentre à l'église pour dire trois mots à Jésus en finissant son marché?
Oui, on peut être vieux, pauvre, ...; mais est-ce une qualité ou un défaut?

OliD a dit…

Il faut que je pense à te prêter "oui-oui joue aux billes" dont la lecture est renversante.

Emmanuel Pic a dit…

Déjà lu

Tellou a dit…

Bonjour,

avez-vous une adresse email où vous contacter directement?
Merci
Fraternellement,

Emmanuel Pic a dit…

@ tellou
je ne donne pas mon adresse perso sur ce site ! mais si vous voulez me joindre, donnez la vôtre, elle ne sera pas publiée, et n'hésitez pas à me dire aussi à quel sujet vous voulez me contacter, cela ne sera pas non plus publié.

Anonyme a dit…

Bonjour mon Père, je souhiterais vous contacter au sujet de la vie après la mort, du problème du Jugement Dernier durant lequel aparemment très peu seront sauvés... Je souhaiterais savoir ce qu'il faut faire ou être pour être sauvés, d'après mes lectures seul le peuple Juif sera sauvé alors que nous sommes tous enfants de Dieu, non? Dieu nous aime n'est-ce-pas? Pourquoi veut-Il nous punir de la sorte dans ce cas? De plus, qu'en sera t'il de nos familles, des êtres qui nous sont chers, devrons nous les voir être condamnés si toutefois nous sommes sauvés? Tout ceci me décourage énormément, je ne comprends plus rien... Je vous laisse mon adresse e-mail dans l'espoir que vous me répondrez: alice21@hotmail.fr
Cordialement.