vendredi 16 novembre 2007

31 octobre



Chacun de mes départs de Kinshasa me fait le même effet : un immense exode, qui aurait jeté sur les routes les survivants d’une catastrophe nucléaire. Kinshasa la belle n’est plus que l’ombre d’elle-même : fantôme de capitale, il lui reste la gouaille de ses habitants, le prestige de ses universités, l’animation grouillante propre aux mégapoles corrompues des terrains de chasse de l’Occident. Combien y sont-ils à vivre dans la rue ? cent mille ? deux cent ? un million ? combien, parmi eux, d’enfants sans famille, vivant de violence et de rapines ?

Notre taxi a fini par démarrer. La route qui relie Kin à Kisantu est goudronnée ; elle se déroule dans un paysage vallonné, sillonne entre les plantations. Nous y croisons d’improbables camions bâchés, des véhicules brinquebalants et bondés, des hommes et des femmes chargés comme des baudets de fardeaux impossibles.

A partir de Kisantu, nous retrouvons la route de terre rouge qui mène au séminaire. A chaque fois, c’est pareil : j’oublie à quel point on est secoué sur ces sentiers barrés d’énormes crevasses, qu’il faut précautionneusement contourner pour éviter l’accident. Au bout du chemin, le château rouge est là : il dresse sa tour unique au cœur de la forêt, vision étrange d’un beffroi belge planté à deux pas de l’équateur.

Nous sommes à Maydi, le plus ancien des séminaires d’Afrique, construit en 1932 par le Baron Carton de Wiart pour y accueillir le futur clergé indigène.

3 commentaires:

David a dit…

cher Emmanuel,
ces billets sont succulents, pertinents et percutants à souhait... continue, continue s'il te plait, qu'un regard ouvre nos horizons!
c'est peut être ça aussi le regard de prêtre... regarder à nouveau ce que tout le monde croit connaître, et le dire.

Emmanuel Pic a dit…

Là franchement ca me fait rougir... D'autant plus que :
1) De mon côté je me demande comment tu fais pour faire toujours des photos aussi géniales
2) Je n'arrive pas à mettre des commentaires sur ton blog...

antonia a dit…

Bonjour,
Je découvre votre blog par hasard, faisant des recherches sur la RDC. Merci pour ces petites tranches de vie, décrites avec simplicité et objectivité. Merci aussi de partager votre regard d'homme d'église, c'est un point de vue rare sur le net !
Très bonne continuation à vous.