samedi 11 octobre 2008

Les Tradis (suite).

Réagissons à tous ces commentaires : la question du traditionalisme ne laisse pas indifférent, dirait-on...

"Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père". Peut-on en rester là ? Un de mes confrères me disait la semaine dernière combien il s'inquiétait de la multiplication des chapelles dans l'Eglise. J'y vois une évolution implicite de notre ecclésiologie : grande diversité de cultes et d'approches théologiques, unité de façade (le critère n'est pas la liturgie, ni l'Eglise locale, mais le lien avec Rome, ce qui ne gêne pas grand-monde car Rome est loin). Il serait dommage d'en rester aux constatations, ou aux déplorations. Essayons donc de comprendre ce qui se passe, là.

L'apparente montée du traditionalisme, que je préfère analyser comme un retour à des formes anciennes de dévotion (d'insiste sur le mot "formes", car précisément le fond n'est pas le même), n'est que l'un des symptômes, parmi tant d'autres, du bouleversement des manières de croire. C'est ce que nous disent tous ceux qui, dans une même famille, vivent la diversité des engagements religieux des uns et des autres. Voila qui interroge l'Eglise, en contestant ses modes de fonctionnement traditionnels : je le redis, autrefois ce qui primait c'était l'obéissance à son curé, que l'on ne songeait jamais à opposer au pape ou à l'évêque...

A la racine de ces changements, il y a l'idéal de liberté qui nous habite. De même que chacun est responsable de sa propre vie qu'il construit en toute liberté, de même, dans le monde de la foi, chacun se construit sa petite histoire. Les uns sont charismatiques, les autres sont tradis, d'autres choisissent une Eglise de militants... Cette évolution est absolument impossible à contrarier, car elle repose sur un consensus fondamental que personne ne remettra en cause avant longtemps. Comme toutes les réalités que nous vivons, la vie de foi est aujourd'hui un projet à construire, avant d'être un donné que l'on reçoit de Dieu à travers l'enseignement de l'Eglise.

Nous ne pouvons donc pas nous opposer à ce qu'il y ait des chapelles dans l'unique Eglise du Christ. Comment vivre ensemble ? Telle est la question que nous devons nous poser. La simple tolérance, qui est perceptible dans la plupart des réactions au précédent billet sur ce thème, ne me paraît pas suffisante : elle signifie en fin de compte l'éclatement de l'Eglise catholique en une espèce de Commonwealth insignifiant. La voie de la seule autorité (entendue au sens d'autoritaire aussi bien que d'appel pur et simple à la tradition) est perdue d'avance : car l'essence de la modernité réside précisément dans le refus de l'autorité, de la tradition, de la hiérarchie.

10 commentaires:

Anonyme a dit…

A l'origine de ce changement, il y a aussi l'insistance avec laquelle l'Eglise demande aux laïcs de se former et de prendre des responsabilités en son sein. Ce n'est donc plus une obéissance aveugle (la foi du charbonnier)mais une obéissance éclairée qui est demandée aux fidèles et d'ailleurs plus qu'une obéissance éclairée, une participation active! Ne serait-ce que dans le vocabulaire, on n'assiste plus à la messe, on y participe!

Vous écrivez: "autrefois ce qui primait c'était l'obéissance à son curé, que l'on ne songeait jamais à opposer au pape ou à l'évêque..."
Mais autrefois, savait-on directement ce que disaient les évêques ou le pape, lorsqu'on était un simple laïc comme moi?

Comment un laïc doit-il réagir s'il se tient au courant des directions que le chef de l'Eglise donne et que ces directions sont critiquées ou simplement refusées par l'église locale?

A propos d'obéissance, chaque prêtre ne l'a-t-il pas promise à son évêque et chaque évêque au pape?

C'est sûrement moins confortable pour le prêtre, mais peut-être y a-t-il d'autres relations à nouer que la simple obéissance, peut-être l'obéissance passe-t-elle par une explication?

J'ai eu un curé qui avait l'habitude d'imposer ses décisions, à tel point qu'on avait l'impression d'être pris pour des imbéciles. Quelques années plus tard, dans une autre paroisse, un autre curé avait les mêmes positions, mais il expliquait le pourquoi du comment et cela passait tout seul! Et le résultat tangible était le même, le changement était appliqué, mais on rechignait ici et on l'acceptait là!

Gérard MORICE a dit…

Nous sommes catholiques (universels?....) évitons de nous montrer du doigt les uns les autres ," tu es tradi, je ne le suis pas " et cela bien sur dans les deux sens.
Se connaitre et se reconnaitre me semble une façon de se comprendre et de montrer le visage rayonnant d'une Eglise qui aura su réfléchir au sens profond de sa foi.
Pour cela on a encore rien trouvé de mieux que de mettre les protagonistes autour d'une table pour échanger sur leurs convictions ,leurs valeurs, leurs réussites et leurs échecs.
N'y a t-il pas des deux côtés du mur qui nous sépare des hommes et des femmes à l'image de Dieu?

Anonyme a dit…

Bonjour,

A quoi rime toutes "ces" querelles de clochers ?
Moi, je suis tradi...Moi, je suis progressiste...Moi, je suis...Quoi au fait?

Jésus n'est-il pas venu pour nous laisser un seul et même enseignement de l'Amour de son prochain quel qu'il soit ?

Jésus n'a-t-il pas envoyé ses Disciples à travers le monde ? Et plus loin encore avec Saint Paul...
Franchement, pour avoir vécu une querelle opposant "tradi" et "pro" dans une même paroisse, je n'ai pas envi de revivre ce mur de la honte, oui de la honte qui s'est installé dans notre communauté...Il y a de la place pour tout le monde dans l'Eglise qu'est venue inaugurer sur cette terre Jésus.
Jésus, pour moi, est Un et Indivisible...
Jésus, pour moi, n'est pas l'apanage de tel ou tel groupe de pression.
Car finalement, tout le monde pense détenir LA vérité...Quelle blague, quelle....Là, oui, je m'énerve, et je ne devrai pas...Je suis en train de vous imposé mon point de vue, et ce n'est pas l'endroit, ni le bon sens...

Alors, DE GRÂCE...ARRÊTONS CETTE querelle de clocher...Que ce soit cette forme de procceder, de croire de...peut importe : car au bout du compte c'est bien le même et le Seul Dieu que nous professons. C'est bien le seul et le même Dieu que nous chantons. C'est bien le seul et le même Dieu qui nous adresse cette Parole :
"Allez de par le monde..."


DIDIER.

Emmanuel Pic a dit…

@ Didier
justement, pour éviter les querelles de clocher, c'est important de comprendre pourquoi ces différences de comportement, sans tomber dans le relativisme bêta du "chacun fait comme il le sent". Il me semble que comprendre que le traditionalisme est un produit de la modernité, et qu'il s'inscrit dans les multiples manières de croire aujourd'hui, aide à comprendre ce qui se passe -et aide, espérons-le, ceux qui choisissent ce chemin, à relativiser leurs propres positions.

Anonyme a dit…

Bien sûr qu'il est important de savoir...Mais, n'en faisons pas un préalable à "une querelle de clocher" qui n'a pas et n'aurait pas lieu d'être...

DIDIER.

PS : A nous aussi de relativiser nos propres positions, car nous n'avons pas et n'aurons jamais le monopole de la VERITE

Anonyme a dit…

Les tradis, sorte de mode pour se démarquer. Le snobisme religieux s'exprime à travers les tradis ?

Anonyme a dit…

Miséricorde .MADO

dominique a dit…

je ne sais pas si mon commentaire est passé.Je ne sais pas trop faire. je voulais vous dire que les jeunes ont vécu des expériences que leurs aînés n'ont pas vécues (et inversement):
Expériences destrucrices de l'après 68 où des attilas en herbe avaient tout rasé sur leur passage, les bonnes choses avec les mauvaises.

Quand vous avez été mis à la crèche à 3 mois, à l'école à 3 ans, parce que Simone de Beauvoir avait inventé qu'il fallait que les femmes soient délivrées de leur maternité pour devenir des forces de productions égales aux hommes,
que vous avez cherché l'affection de vos parents toute votre enfance, que vous avez cru la trouver à 16 ans mais que finalement, vous vous êtes juste fait violer,
que vous avez bu et fumé toutes les saletés que des personnes sans conscience ont mis sur votre chemin pour gagner trois sous,
quand vous avez couché avec des tas de gens dont vous ne vous souvenez même plus le prénom,
que vous avez avorté,
que vous avez pratiqué le satanisme ou autre pratiques dérivées,

franchement, quand vous arrivez devant un prêtre de 55-75 ans pour vous confesser et qu'il vous dit en 1 minute 30 "c'est pas grave, vous direz un je vous salue marie",
Puis que vous allez vous celui de votre quartier et qu'il vous envoie chez le psy sans rien vous dire de plus,

et qu'après 3 ans d'errements vous rencontrez le renouveau avec des sessions, des enseignements qui vous expliquent
où vous vous êtes trompés,
et pourquoi ce qui n'est pas bien n'est pas bien,
et qui vous disent que oui, c'est grave, mais que le Seigneur vous pardonne,
et qui prient pour que vous soyez délivrée des voix intérieures qui se font passer pour Dieu mais qui, en fait, vous inspirent de sauter par la fenêtre pour lui prouver votre confiance,
et qui vous expliquent que le démon existe et comment il faut "discerner" entre les mouvements intérieurs qui viennent de Dieu et les autres,
et qui vous suivent,
et qui ne vous prennent pas pour une débile parce que vous vivez des choses qu'ils ne connaissent pas,

eh bien vous finissez par ne plus faire confiance à n'importe qui,
fut-il prêtre, et même évêque.

Il ne s'agit pas de critiquer les prêtres diocésains:
ils ont donné leur vie au Seigneur.
Mais ils ne peuvent pas avoir toutes les compétences, et si des jeunes sont attirés par certaines communautés, il y a vraiment des raisons.
Quant à l'adoration et la prière du chapelet, il y a vraiment des raisons. C'est les lieux où l'on reçoit le plus de guérisons intérieures.
Si vous saviez ce que personnellement j'ai vécu, et ce que j'ai entendu d'autres personnes me dire,
vraiment, vous ne douteriez pas du bien fondé du renouveau
ni même des tradis:
Ils se mettent à genoux devant le Saint Sacrement pour manifester qu'ils croient jusque là en la présence réelle de Jésus dans l'Hostie.
Ce n'est pas idiot; dans ma ville, un prêtre est parti à Bruxelles pour faire une thèse pour démontrer que Jésus n'est pas présent dans le Saint Sacrement!
Un autre expliquait à des catéchistes -qu'il était sensé former- que le Pape (en 2000) était complètement sénile d'avoir remis cette histoire d'indulgences et qu'il ne fallait pas aller à Rome. Il était vicaire général!

si on remet parfois en question l'enseignement de certains prêtres, c'est avec des raisons objectives, ce n'est pas leur autorité, que l'on remet en question, mais l'obéissance ne doit pas être servile, elle doit être éclairée. Sinon, ce n'est pas la peine qu'on ait chacun une conscience.
Le concile Vatican II dit précisément "l'Eglise s'arrête à l'Autel de la conscience".
Quelle prudence!
Aucune autre religion ne se risque à dire cela . C'est propre au christianisme de faire confiance à la conscience de chacun, tout en l'aidant à se former et à se fortifier.

ayez confiance; même si ça doit vous paraître orgueilleux de ma part, de vous donner des conseils, demandez dans la prière au Seigneur qu'il vous éclaire sur le bien fondé de toutes ces tendances actuelles qui attirent les jeunes, il ne peut pas manquer à sa promesse d'exaucer les prières.

dominique a dit…

C'est important de remarquer que, quand on revient à l'Eglise après une vie dissolue, on a plein de défauts (orgueil en tête, puis avidité -d'affection finalement-, impatience, dureté de coeur, ...). C'est obligé. Ce n'est pas qu'on pratique une dévotion pleine de défauts, c'est qu'on pratique, pleins de défauts, une dévotion.

La différence, c'est qu'avant, on avait les mêmes défauts, mais l'Eglise ne nous voyait pas: on n'y mettait pas les pieds.

Personnellement, au début, j'étais très légaliste. Je ne connaissais pas les tradis, ce n'est pas mon milieu social, mais maintenant, quand j'en vois, je vois que je faisais la même chose qu'eux. Je crois que j'en avais besoin pour me ré-éduquer et me rassurer parce que j'avais peur de retomber dans ma vie d'avant.


Et puis au bout d'un certain temps, par des épreuves très douloureuses parfois, le Seigneur m'a retirée de là. Et maintenant, je vis encore d'autres évolutions.

St Paul souligne l'orgueil des nouveaux convertis; ce n'est pas nouveau qu'un converti ne sois pas toujours tout de suite parfait.
Ce qui est nouveau, finalement, c'est les convertis, puisque avant, dans notre pays, tout le monde était chrétien!

Anonyme a dit…

Merci Dominique!

Isabelle