vendredi 3 octobre 2008

Open bar, open grave.

L'autre soir, je croise Bertrand, complètement bourré. Il est étudiant, c'est de son âge me direz-vous. Comme l'alcool le rend bavard, il m'explique que, à la suite d'un accord entre son école et une association de commerçants dijonnais, pour un petit euro, il a le droit de boire une consommation dans tous les bars qu'il veut en ville. Douze vodkas plus tard, imaginez les dégâts.

C'est peut-être bien ma découverte de la rentrée, ça : l'importance de l'alcoolisme des jeunes. OK, une murge (on dit comme ça chez nous) de temps en temps ce n'est pas bien grave. Mais pour certains, apparemment, ce n'est pas qu'une fois.

Petite question : quel avantage les établissements qui proposent cette formule en retirent-ils ? Avec quelles conséquences sur la santé des étudiants ? Peut-être la question, ainsi posée, permet-elle de mieux mesurer les enjeux ? et de comprendre qu'un jour, ceux qui sont à l'origine de cette campagne pourraient voir leur responsabilité engagée pour les dégâts commis ?

18 commentaires:

Elisabeth a dit…

Je suis étudiante, et peut-être pourrais-je un peu plus vous éclairer sur le problème de l'alcool chez les jeunes. Pour beaucoup (une très large majorité), boire est synonyme de faire la fête. Une fête sans alcool est en fait bien moins folle qu'avec. Les commerçants l'ont bien compris, et c'est pour attirer des clients qu'ils pratiquent ce genre de soirées "1€ la consommation" ou carrément "open bar". C'est sûr qu'1€, pour un étudiant, ce n'est pas cher, alors on n'hésite pas à se resservir beaucoup (trop).

Les commerçants se moquent de combien de vodka boivent le client, tant qu'il ne fait pas de coma éthylique dans leur bar. Comme ils se moquent de mettre 300 personnes dans un local prévu pour 100 personnes. Les soirées étudiantes ramènent du monde, il fait chaud, les étudiants consomment, ils gagnent de l'argent, tout le monde est content.

Alors qui est responsable de cet alcoolisme? Les étudiants qui continuent à boire même quand ils savent qu'ils ne vont pas finir la soirée? Les bars qui ne limitent pas la consommation pour gagner plus d'argent?

Anonyme a dit…

Je dirais que la responsabilité est largement partagée... Voir portée pour l'essentiel par les établissements, qui y voient sans doute un moyen d'augmenter leur popularité.

koz a dit…

Pour commencer, l'application des textes existant permettrait déjà de modérer les établissements : de mémoire, le fait de "servir à boire à une personne manifestement ivre" est sanctionné pénalement. Vous ne me direz pas qu'au bout de 6 vodkas (pour prendre à "mi-course"), l'ivresse ne devient pas manifeste. Si les autorités donnaient instruction à la police de se montrer plus présente dans les bars, les établissements feraient vite le calcul (puisqu'ils risquent également la fermeture administrative).

Anonyme a dit…

Les débitants de boissons et les marques voient dans ces offres une grande campagne marketing. Une bonne aubaine pour les professionnels des alcools.

Sylvie a dit…

Cet été,tristesse et stupéfaction:Un grand mariage bourgeois dans ma famille avec des jeunes beaux,intelligents sortis des grandes écoles françaises et surtout des parents qui s'aiment et qui les aiment....mais qui s'alcoolisent toute la nuit en alternant avec un cocktail à base de cafeine pour tenir le coup.Ils en ont l'habitude apparemment.
Je me suis dit qu'ils avaient déja tout eu: succès,vie commune avec une copine,les bons restaurants,les voyages à l'étranger...
Mais qu'en est-il du plaisir de l'attente,de l'idéal,du rêve,du désir?
Après une éducation religieuse entre guillemets,savent-ils aussi que la foi ça aide à vivre et qu'on y est jamais seul?

Emmanuel Pic a dit…

Quel bonheur, ça réagit...
D'accord avec Koz : le problème c'est que la loi n'est pas appliquée. On se demande bien pourquoi d'ailleurs. Mais c'est sans doute plus facile de contrôler les coffres des voitures pour vérifier que tout le monde a bien son gilet jaune ?
Il ne s'agit pas seulement de la loi sur la consommation d'alcool, amis de celle qui régit la publicité des boissons alcoolisées. Pourquoi est-on tolérant à l'égard de cette publicité-là, alors qu'elle fait bien plus de mal que ce qu'on peut lire dans les journaux ?
L'autre question, c'est de savoir à qui le crime profite. Je crois que les commentateurs proposent une réponse sans équivoque...

Dom de ter a dit…

Le sujet de fond, c'est le sens de SA responsabilité...et non pas : "c'est la faute à quelqu'un d'autre", que ce soit la société (vague), la loi (on se donne à pas cher un air de rebelle), l'autre (avec les relents de racisme qui s'y rattachent)...
Le mieux, c'est de transformer le contrôle de l'alcoolémie en jeu et de voir ainsi qui peut conduire ou pas. Dans une soirée passée avec des amis pour fêter leurs anniversaires, ils avaient distribué des éthylo-test et on avait bien rigolé, mais tous ceux qui étaient "limite" étaient repartis sans conduire. C'est bien à chacun d'entre nous de construire le monde dans lequel on se sent bien ensemble, et non de s'en extraire par une compétition malsaine et individuelle qui ruine le contact avec son semblable...

Thaïs a dit…

et quand on voit certains parents pour qui la fête c'est forcément boire, on comprend !

Anonyme a dit…

On mène une guerre contre le tabac. Pourquoi ne pas faire pareil avec l'alcool ? L'alcool, tout comme le tabac représente un problème de santé public ( ex : comas éthyliques, cancers, sulfites et femmes enceintes, cyrrhose). Plus facile de s'attaquer au tabac qu'à l'alcool ? Décideurs possédant des actions qui rapportent bien dans le milieu de l'alcool et qui par vision unique de leurs porte-monnaies ferment les yeux ?

the masked one a dit…

Attention, les cas que vous soulevez relèvent plus d'une certaine forme de l'alcoolisme mondain et de l'association de l'ivresse à l'amusement. C'est une conduite addictive qui s'apparente plus à une dépendance psychologique ("j'ai besoin d'alcool pour m'amuser") qu'à une dépendance physique. Difficile dans ce cas de comparer l'alcool au tabac et d'adopter les mêmes solutions.

En plus l'alcool, à dose raisonnable, est bon pour la santé (comme la plupart des substances alimentaires, c'est l'abus qui est néfaste).

Tout ça pour dire que, d'une part, le long alignement des mesures contre l'abus d'alcool avec le tabac nest pas une affaire de gros sous, mais un problème méthodologique, et, d'autre part, que c'est la conduite à risque qui doit être visée et là les mesures s'apparentent plus aux problématiques de la protection lors des rapports sexuels (donc campagne d'information etc...).


Et puis on ne va pas interdire l'alcool, la semaine dernière j'ai découvert la cuvée 1605 de liqueur de Chartreuse (comme quoi les pères chartreux ce ne sont pas des rigolos mais ils savent y faire) et c'est délicieusement parfumé, même meilleur que la chartreuse verte classique ! Ce serait dommage !

PS : on prend quand même une amende si le gilet jaune est dans le coffre ! Il doit être dans l'habitacle parce qu'il faut le porter quand on descend de voiture... ;)

koz a dit…

Pourquoi la loi n'est-elle pas plus appliquée ? Parce que, politiquement, il faudrait se cogner la Fédération des Restaurateurs et de l'Hôtellerie etc...

En revanche, sur la publicité, je ne suis aps tout à fait d'accord. Il n'y a pas vraiment de tolérance. Et je ne crois pas que l'on ait encore pu démontrer l'existence d'un effet direct de la publicité sur la consommation.

Ce sur quoi en revanche il faudrait être plus vigilant - et qui est une forme de publicité - c'est sur les "parrainages" de soirées étudiantes, que je trouve particulièrement inacceptable, les étudiants n'ayant besoin de personne, et d'aucune pub, pour se bourrer la gueule.

Anonyme a dit…

De toutes façons, pour l'alcool, comme pour le tabac...comme pour beaucoup d'autres choses, l'Etat est totalement schyzophrène. Il se fait un max d'argent en récoltant les taxes sur l'alcool et va en dépenser ensuite pour soigner les problèmes venant de la surconsommation...et d'ici qu'une campagne anti-alcool marche, il faudra prévoir de subventionner tous les corps de métiers qui y auront perdu en chiffre d'affaire comme pour les bureaux de tabac.

Dominique a dit…

Bonjour !
Ah que c'est triste de devoir boire de l'alcool ou plonger dans toute autre dérive..... "les paradis artificiels" comme les appelait Baudelaire...... afin de fuir la Réalité.
Réalité bien plus dure à affronter, en étant sobre ou lucide.
L'Etat est hypocrite face au problème de l'alcool.... tant que ça profite.
Les établissements (bars etc) se font de l'argent sur cette "misère humaine"...
Ma vie d'étudiante n'est pas si lointaine.... 10 ans en arrière.... et je suis tombée aussi dans ce piège.
Tristes conséquences... hélas.
Mais tout va mieux.

A bientôt !

Anonyme a dit…

je voulais aussi vous parler d'un problème d'alcool que j'ai rencontré cet été dans ma campagne à moi !!! mon mari agriculteur avait demandé de l'aide par l'intermédiaire d'un service de remplacement nous avons eu donc pendant quelques semaine sur la ferme un Mr d'un trentaine d'année marié père de famille il mangeait à midi à la maison très agréable bonne conversation mom mari étant abscent au cours du 1er repas je m'aperçois très vite que ma bouteille de vin rouge descend très vite et il m'en réclame même une 2ème je m'interroge !!!
le soir j'en parle à mon mari qui me dit que dans l'après midi il a bu aussi au moins 5 bieres !!!!
Le Lendemain nous cosntatons tous les deux le même comportement!!!
Eh! là aussi qui est responsable ce monsieur conduit notre matériel agricole nous avons des enfants dans la cour.... j'ai tourné dans ma tête comment je pouvais intervenir et lui dire qu'il buvait un peu trop mais hélas je n'ai pas pu car j'ai compris qu'il pouvait devenir agressif nous avons signaler aux responsables sa conduite et nos intérrogations sur notre responsabilité et si un accident arrive!!!! oui il tient le choque mais jusqu'a quand?
voilà un autre cas ou on se sens impuissant je voulais juste dire aussi qu'a la campagne l'alcool fait aussi de graves dégats

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord avec Dom de ter! Même si sur cette opération les bars sont "critiquables" sont ils les seuls responsables? Chacun doit assumer ce qu'il fait. Les buralistes doivent ils arrêter de vendre du tabac? Les supermarchés doivent ils supprimer toutes les sucreries de leur étalage? Doit on interdire les gens de circuler en voiture? Sous prétexte qu'il faut faire au moins 30 minutes de marche par jour, qu'il faut manger au moins 6 fruits et légumes par jour et que le tabac tue!

Anonyme a dit…

On mène une guerre contre le tabac. Pourquoi ne pas faire pareil avec l'alcool ?

Parce que trop de députés et sénateurs représentent des circonscriptions viticoles.

Tout simplement.

Anonyme a dit…

A ce sujet, je me rappelle d'une anecdote humoristique qui m'a marqué. Pendant la messe d'un dimanche de la fin aout le Père Pic annonce que dimanche prochain c'est la rentrée et qu'à cette occasion il est heureux de nous inviter à prendre le verre de l'amitié a la sortie de la messe.
Le dimanche suivant l'église Saint Pierre est bondée, des gens sont debouts dans le fond de l'église.
Simple coincidence ou le message a fonctionné?
C'était une très bonne idée, merci encore !!

Olivier St Vivant a dit…

Quand j'étais à l'armée, la bière kronembourg coutée 1 franc et la heineken 2 !!! Je buvais la heineken (plus distinguée !!!).

Bref, arrêtons les ptits bourgeois et faux bourgeois qui se bourrent dans les bars ou avec l'alcool de supermaché,
Et soignons les personnes dépendantes même contre leur volonté (ma mère l'a fait avec un de mes oncles, aprés plusieurs années d'hopital et de soins il allait carrément bien, il a voulu reprendre contact avec le seul fils qui lui restait mais celui ci la viré de chez lui, mon oncle est décédé il y a 1 mois, il ne restait plus que ma mère (mais à 600km) et ma grand mère en maison de retraite qu'il allait voir de temps en temps.Il est mort seul).

Désolé pour la longueur, mais comme pour toutes les dérives de notre société, il faut revenir à de vraies valeures, etc...