mercredi 1 octobre 2008

Surtout, ne pas voir la mort.

Mme R... est décédée hier. Sa famille est passée ce matin au presbytère pour préparer la célébration. Comme toujours, les premières paroles sont : "Quelque chose de très simple"... A chaque fois, je ne peux manquer de m'interroger sur ce que signifie cette expression. Est-ce un souvenir du temps où, plus la cérémonie était compliquée, plus elle était coûteuse ? N'est-ce pas plutôt la volonté de s'épargner des moments considérés comme trop douloureux ?

Autour de la table se trouvent les deux filles, et leur vieux papa, qui tient à me parler de leurs soixante-et-un ans de mariage, et un peu de sa longue vie. En 1942, il est raflé, ainsi que trois autres jeunes du quartier, par les Allemands, en représailles pour l'assassinat d'un officier (en réalité abattu par un de ses hommes). Il sont conduits jusqu'au poteau d'exécution, et au dernier moment, alors que les Allemands les mettent en joue, une voiture arrive et ses occupants donnent l'ordre d'arrêter tout.

Vient le moment d'aborder la question de la préparation de la célébration. Il y a des petits-enfants, des arrière-petits-enfants... Mais les plus jeunes ne viendront pas, ce sera trop impressionnant pour eux. D'ailleurs la mamie ne le souhaitait pas.

Que c'est difficile d'aller à contre-courant, de faire comprendre qu'en réalité, tout le monde veut venir, même les petits. Qu'ils ne seront pas impressionnés, et que ce qui leur fait de la peine c'est d'abord la peine de leurs parents, et c'est aussi de se sentir exclus de ce qui va se passer. Que ce sera enfin, et surtout, de ne pouvoir faire leur deuil de mémé Josette en lui disant adieu.

Un livre récent, de la sociologue canadienne Céline Lafontaine, dénonce notre volonté de mettre à mort la mort, et de construire une société "post-mortelle" (aux éditions du Seuil).

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonsoir

je me souviens encore de mes parents qui n'ont pas voulu (alors que j'avais 7 ans à peine)que j'aille à l'enterrement de ma mémé (en fait arière grand mère ). Je l'adorais, j'avais fait mille et unes choses avec elle et cela me manque encore de ne pas avoir été présente. qu'est ce qu'on peut être "cons" face à la mort surtout losrqu'on est adulte !!!

Les enfants et leur rapport à la mort est nettement plus simple : ma fille un jour m'ademandé : " on peut mourrir, maman quand on est bébé ??? " J'ai eu un temps d'hésitation et puis je lui ai expliqué que c'était possible, on ne meurt pas seulement quand on est vieux.
Je ne voulais pas lui mentir et finalement elle a dit à son petit frère " tu vois , c'est simple quand tu meurs quand tu es bébé, au lieu de grandir avec tes parents, tu grandis avec Jésus !"

J'adore ces mots d'enfants et ils sont tellement vrais !



Valérie

casilix a dit…

j'ai toujours pensé qu'il fallait dire aux enfants que la mort fait partie de la vie...ce n'est pas tabou, c'est normal...difficile à accepter surtout quand c'est trop tôt, toujours triste et douloureux pour ceux qui restent... mais normal. Lundi, j'ai emmené mon fils de 7 ans à l'enterrement d'un de mes oncles, âgé de 80 ans. Il le souhaitait, malgré le très long voyage et j'ai trouvé que c'était l'occasion de le "confronter" en douceur avec la disparition ...le situer dans la famille : ceux qui partent et ceux qui arrivent....pourquoi on a de la peine, les relations et les souvenirs qui nous unissent à celui qui part. C'est douloureux et serein en même temps...
Quand nous sommes arrivés, le cercueil n'était pas fermé...je ne le savais pas et j'ai eu un mouvement de recul pour empêcher mon fils de rentrer...trop tard. Il n'a pas été "traumatisé" et a juste dit : il dort, il se repose pour son grand voyage vers le ciel.
Au cimetière la descente du cercueil l'a plus impressionné. Pouquoi on l'enferme dans ce trou, c'est affreux...Je lui ai dit qu'il n'était déjà plus là, il n'y avait que son corps, un peu comme le cocon de la chenille quand elle devient papillon et s'envole vers le ciel.
Réponse : ah oui...il est déjà monté au ciel pendant la messe...et voilà les choses simples se passent simplement.
Notre société refuse la mort car c'est l'une des dernières choses qu'elle ne maîtrise pas...alors elle la nie, la cache à l'hôpital,la "stérilise" ...comme si cela faisait moins mal.
Ma mère est décédée alors que j'étais à l'étranger...je ne lui ai jamais dis en revoir et parfois je la cherche encore...
Comme disait Pierre Dac, "la vie est maladie mortelle qu'on attrape à la naissance"...ça ne sert à rien de faire comme si elle n'existait pas en effaçant tous les rites de passage qui sont là pour nous aider à faire notre deuil.

Anonyme a dit…

C'est parfois difficile de savoir quelle est la bonne décision à prendre pour des enfants. Ça dépend souvent de la vision qu'ils ont de la mort. Je me souviens très bien de la mort de mon oncle: ma mère m'avait annoncé qu'il était mort parce qu'un "vaisseau dans son cerveau s'était cassé". Mes parents n'ont pas voulu que j'aille à l'enterrement, ni moi, ni mon frère et ma sœur. Sur le coup, je leur en ai voulu. Puis, ça s'est tassé, j'ai vu la tombe toute fleurie, j'ai trouvé que c'était un bien joli passage pour pouvoir aller voir Dieu "pour de vrai".

Il y a deux ans, ma grand mère est morte et je suis allée à l'enterrement. Je n'ai jamais été proche de ma grand mère, mais l'enterrement a été pour moi extrêmement dur à tenir. J'étais totalement effondrée. Alors j'ai compris qu'en refusant que j'aille à l'enterrement de mon oncle, mes parents ont surtout voulu m'éviter de souffrir de façon excessive. Je leur en suis reconnaissante, maintenant, parce que j'ai vu à quel point un enterrement pouvait être douloureux.

Alors je pense vraiment que c'est à chaque famille de voir, mais il ne me semble pas indispensable que les enfants soient toujours présents. Il ne s'agit pas de leur cacher la mort, mais plutôt de leur éviter des heures qui ne sont pas très agréables. Moi j'ai trouvé que le choix de mes parents était le bon: nous n'étions pas assez solides pour supporter ça. Mais il n'a jamais été question de nous cacher la vérité de la mort: on quitte la terre pour pouvoir aller vers Dieu, c'est suffisamment magnifique pour qu'on ne nous le cache pas.

Emmanuel Pic a dit…

Permettez-moi cher anonyme, de risquer une autre interprétation : peut-être, si vos parents avaient respecté votre souhait d'être présente aux obsèques de votre oncle, celles de votre grand-mère auraient-elles été moins dures à supporter. C'est en effet magnifique de se dire qu'on quitte la terre pour aller vers Dieu ! Mais la mort est aussi, du point de vue humain, une séparation extrêmement douloureuse que nous devons savoir affronter. La liturgie des funérailles est, précisément, un moment essentiel dans l'approche de cette douleur.

Anonyme a dit…

Vous avez peut-être raison, mon Père. Vous voyez plus de famille que moi confrontées à la mort d'une personne chère.
Mais je pense malgré tout (et je ne suis sûrement pas objective) que mes parents ont eu, pour cette fois, raison. Parce que ce qui m'a fait le plus souffrir lors de l'enterrement de ma grand mère, ce n'était pas la messe, ni le cimetière, mais plutôt la tristesse ambiante. Et c'est plutôt là dessus que je réfléchis aujourd'hui. Parce qu'après tout, pourquoi être triste qu'une personne âgée et malade quitte la terre pour enfin rencontrer l'amour de Dieu? J'ai sûrement eu un manque de discernement sur le moment: si j'avais vraiment pensé à ça avant d'aller à l'enterrement, j'aurai sûrement été moins triste.
Mais je n'aurais jamais été capable d'avoir ce cheminement mental à la mort de mon oncle (j'étais alors beaucoup plus jeune). Les parents peuvent expliquer beaucoup de choses, mais c'est aussi aux enfants de se rendre compte par eux même de ce qui se passe après la mort. Même si on sait que la mort est le commencement d'une vie éternelle auprès de Dieu, je trouve que c'est très difficile de pouvoir vraiment l'accepter. La mort n'a jamais été cachée dans ma famille, mais je suis contente que mes parents m'aient laissée le temps de réfléchir par moi même.

Mais peut-être que j'aurais pu avoir ce cheminement plus tôt, si j'avais été à l'enterrement de mon oncle? Je ne le saurais jamais. Mais aujourd'hui, je pense avoir vraiment pris conscience de ce qu'est la mort (en tout cas, j'ai bien avancé!).

Merci d'avoir pris le temps d'écrire ce commentaire, ça fait toujours plaisir d'avoir l'avis d'un prêtre...

Elisabeth.

Emmanuel Pic a dit…

Là où je vous rejoins, c'est que les enfants sont beaucoup plus sensibles à la détresse de ceux qu'ils aiment (parents), qu'à la mort elle-même. En fait, le désir qu'ont les parents de protéger leurs enfants est une projection de leurs propres peurs...

wassy a dit…

Bonjour à tous,

Très beau billet, plein d'intelligence du vivant. Pour creuser un peu le rapport des enfants à la mort, je vous conseille le livre (déjà ancien, désolé) de Ginette Raimbault : «L'enfant et la mort».

a+
BB.