mercredi 4 mars 2009

Histoires d'IVG, histoires d'argent

Une interview du patron de la maternité du CHU, dans le Bien Public de samedi, met courageusement le doigt sur deux non-dits (à défaut d'être des tabous...) : les réticences (pour ne pas parler de refus) du corps médical dans son ensemble à pratiquer des IVG ; la logique de rentabilité qui pousse à ne pratiquer que les actes les plus coûteux - c'est-à-dire les mieux rémunérés. L'article, quant à lui, met l'accent sur l'échec de la contraception que signalent ces difficultés, et suggère qu'on fasse appel aux sages-femmes pour pratiquer les IVG... Tout ça pour dire que le journaliste n'a sans doute pas compris ce que voulait dire le médecin qu'il interroge : tout le monde veut que l'IVG soit libre, mais personne ne veut se charger du sale boulot. Alors, faisons-le faire par les sages-femmes : comme elles n'ont pas prêté le serment d'Hippocrate, elles ne peuvent pas s'en prévaloir pour refuser de faire le travail.

On aimerait que le professeur Sagot aille plus loin dans ce qu'il dénonce. Mais le peut-il vraiment ?

L'interview de Paul Sagot

7 commentaires:

Marc a dit…

C'est évident qu'il y a un gros problème et qu'il est très rare que les médias osent s'aventurer sur ce terrain en interrogeant les médecins et femmes.

Et puis c'est tellement peu "bankable" comme sujet...

The masked one a dit…

On aimerait en effet, parce que vous lui prêtez des intentions qu'il n'évoque pas. On peut très bien interpréter sa déclaration comme une volonté de prise de recul face à la souffrance humaine. Une femme n'a pas recourt à une IVG de gaieté de coeur, c'est un choix douloureux qu'elle accomplira (pour la très grande majorité) qu'une seule fois, c'est un moment très dur. Pour un médecin qui la pratique, c'est une confrontation continuelle à cette souffrance. En aucun cas il n'est question de réticence "éthique" dans cette interview.

je vous donne ce lien très intéressant :
http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/15252/telechargement_fichier_fr_publi_pdf1_pop.et.soc.francais.407.pdf
cette phrase y est très intéressante :
"Finalement, la décision d’avorter, loin de correspondre
à un comportement «égoïste » qui conduirait la
femme à interrompre sa grossesse seulement parce que
celle-ci intervient à un moment qui ne lui convient pas,
traduit l’attention portée aux conditions d’accueil de
l’enfant."

La réaction face à mener à terme une grossesse non désirée est variable en fonction de la "personnalisation" de ce qu'est "son" enfant. Il y a deux points de vue : Donner à cet embryon toutes les chances et Donner à mon nouveau-né toutes les chances. Aucune des deux démarches n'est fondamentalement mauvaise, il y a deux "étiques". Les partisans de la seconde ne disent pas au premier "vous n'avez pas les moyens concrets d'élever un enfant, vous devez avorter" alors pourquoi ceux de la première devrait imposer leur point de vue ?

C'est un choix douloureux, chacun doit être libre de le faire et d'en assumer les conséquences.

Ensuite sur le fait de savoir si les sage-femmes peuvent la pratiquer, c'est un acte médical lourd de conséquences physiques et morales. Un médecin est toujours mieux placé. quelque soit son activité un médecin est confronté à la souffrance humaine (comme un prêtre), et rarement de gaieté de coeur (ce ne sont pas des sadiques). Leur vocation (plus que métier) est de soulager cette souffrance et d'accompagner les gens dans leur décision, pas de les juger ni de leur imposer leurs vues. Alors, il faut saluer le courage et le dévouement de ce M. Sagot, son métier est très difficile, mais il s'acquitte courageusement de sa tache.

géraldine a dit…

en tant qu'infirmière puéricultrice, je trouve scandaleux de vouloir déléguer ce type de soins aux sage-femmes, non pas qu'elles n'en auraient pas la compétence mais à chacun son travail ; l'acte d'IVG est un acte médical.
Confrontée aux femmes ayant subi des IVG, aux conséquences douloureuses de cette démarche, pourquoi ne pas se poser la question de l'accompagnement de la grossesse jusqu'à confier ce futur bébé à l'adoption.
pour en avoir débatu avec un ami médecin, cette démarche serait peut-être moins traumatique que l'IVG. ceci dit c'est loin d'être "bancable" et cela ne va pas dans le sens des économies de la santé.
question éthique et question fric sont souvent incompatibles !

Tellou a dit…

Et encore! Il est plus "rentable" de pratiquer des IVG que de ne pas faire payer la pilule (ou tout autre moyen de contraception)! Pourquoi est-ce que les moyens de contraceptions sont encore payants et chers pour beaucoup? Parce que l'IVG est encore moins cher in fine!

Et pendant ce temps-là le droit des femmes recule...:(

Didier Guillion a dit…

Ah! Sujet difficile.
Quand est ce qu'un être humain commence à être ce qu'il est et non pas autre chose, une excroissance potentiellement humaine ou qui l'a été.
Cela se rapproche de l'euthanasie...
Qui peut choisir de la vie ou de la mort d'autrui ? Surtout quand cette personne ne peut s'exprimer ?
D'un point de vue d'un biologiste quand les chromosomes s'assemblent pour former une vie, un être diploique. La vie est là.
Un être, avec un potentiel, un parcours, un avenir.
Alors est il juste, humain, raisonnable, de le supprimer.
Je dirait "Non". Car la vie est unique, ce n'est pas nous de décider. La vie, il faut la respecter, c'est si merveilleux et si épouvantable parfois, mais ce n'est pas à nous de choisir.

Si j'ai un être qui m'est cher dans les bras, et qu'il me dit "J'ai trop mal, aide moi", je le ferait. J'en souffrirait mais je le ferait, je le sait. Et j'en assumerait les conséquences. Mais quelqu'un qui ne peut rien dire, même pas "non". Résolument, non, je ne pourrait pas.

C'était un avis d'un Athée convaincu.

Cordialement

do a dit…

Ce qui est horrible aussi, c'est de forcer des professionnels de la santé à faire des actes (euthanasie, avortement) qui ont toujours été considérés auparavant comme des assassinats ou des meurtres, sans leur accorder une clause de conscience.
Les personnes qui défendent l'objection de conscience ou la liberté de conscience devraient manifester contre de telles lois.
Or il n'en est rien! C'est bien étrange...

Qu'ils aient le courage de résister, et nous de soutenir, même matériellement, ceux qui perdront leur travail pour ne pas obéir contre leur conscience.
Car c'est un peu comme ça que le régime nazi a pu exister, avec des institutions qui forçaient les consciences...

Anonyme a dit…

et vous pensez quoi de l'excommunication au brésil ?